RDC : cent jours après, l’OMS qualifie l’épidémie d’Ebola de « progression la plus rapide » de l’histoire du pays
Cent jours après la déclaration de l'épidémie, l'OMS recense plus de 5 200 cas et parle de la progression la plus rapide jamais observée en RDC. L'Ituri concentre 85 % des cas et 79 % des décès, et six décès sur dix surviennent hors des hôpitaux.
RDC : cent jours après, l’OMS qualifie l’épidémie d’Ebola de « progression la plus rapide » de l’histoire du pays
AFP
Cent jours après la déclaration de l’épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo, l’Organisation mondiale de la santé publie un communiqué d’alerte. Daté du lundi 24 août 2026, il indique que plus de 5 200 cas ont été enregistrés, et fait de cette flambée l’épidémie d’Ebola à la progression la plus rapide jamais observée dans le pays. Le décompte place la déclaration de l’épidémie autour du 16 mai.
Selon l’OMS, environ 90 cas confirmés ont été enregistrés chaque jour en moyenne au cours des trois premiers mois. Une cadence supérieure à celle des grandes flambées de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest et de 2018-2020 en RDC.
Le directeur général de l’OMS estime que l’épidémie peut encore être maîtrisée. « We can bring the Ebola outbreak under control but only through scaled-up action in affected communities », déclare Tedros Adhanom Ghebreyesus. Le directeur régional pour l’Afrique, Mohamed Janabi, situe la riposte à un point de bascule : « This outbreak has reached a defining moment. »
Six semaines à 260 décès, dont 156 hors des hôpitaux
La mortalité reste le point noir. L’OMS indique que les décès survenus dans les communautés représentent environ 60 % des 260 décès hebdomadaires enregistrés au cours des six dernières semaines. Le calcul donne près de 156 morts par semaine hors des structures de santé.
Ce chiffre mesure une défaillance précise. Un malade qui meurt chez lui n’a été ni détecté à temps, ni orienté vers un centre de traitement, et son enterrement expose sa famille et son quartier au virus, la charge virale étant maximale après le décès. Six morts sur dix échappent ainsi au dispositif au moment où il compte le plus.
La géographie de cette mortalité est concentrée. L’Ituri rassemble 85 % des cas et 79 % des décès de l’épidémie, selon le communiqué de l’OMS. La province où le virus a été détecté reste celle qui paie le prix le plus lourd, cent jours plus tard.
Des progrès sont enregistrés dans la riposte. Les capacités de laboratoire, la prise en charge des patients et le suivi des contacts ont été renforcés. Ce dernier indicateur est passé de 9 % durant la première semaine de l’épidémie à 84 % au 18 août. Il mesure la part des personnes exposées qui sont effectivement retrouvées et surveillées, autrement dit la capacité des équipes à couper les chaînes de transmission avant qu’elles ne produisent de nouveaux cas.
Deux comptages, et un écart qu’il faut lire
Les chiffres nationaux ne coïncident pas avec ceux du communiqué. L’Institut national de santé publique fait état, à la même date, de « 5 458 cas confirmés et 2 606 décès », pour un taux de létalité de 47,7 %, sur six provinces touchées. Il compte 1 182 patients déclarés guéris et 798 encore en isolement ou hospitalisés, et porte le suivi des contacts à 84,7 %.
L’écart entre « plus de 5 200 » et 5 458 tient aux dates d’arrêt des décomptes, l’OMS retenant une situation antérieure de quelques jours à celle de l’institut congolais. Les deux séries décrivent la même épidémie.
Une autre donnée mérite d’être posée à côté du total. Quatre-vingt-dix cas confirmés par jour pendant trois mois donneraient un cumul très supérieur aux 5 458 cas recensés au centième jour, qui correspondent à une moyenne de l’ordre de 55 cas quotidiens. La cadence de 90 cas avancée par l’OMS décrit donc un rythme de pointe, non une moyenne tenue sur toute la période.
Une propagation partie de Mongbwalu
L’épidémie avait été détectée en Ituri, dans la zone de santé de Mongbwalu. Elle s’est depuis étendue à six provinces.
Les premiers bilans communiqués par les autorités congolaises et l’OMS au début du mois de juin faisaient état de 381 cas confirmés et d’au moins 63 décès, soit une létalité proche de 17 %. Elle est aujourd’hui de 47,7 %. En moins de trois mois, le nombre de cas a été multiplié par plus de quatorze et la létalité a presque triplé.
L’Ituri demeure l’épicentre, et des cas ont été signalés au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. La propagation a suscité des inquiétudes régionales, en particulier en Ouganda voisin.
Face à cette progression, l’OMS lie explicitement la sortie de crise au travail de terrain. Renforcer la surveillance, le dépistage, la prise en charge et le suivi des contacts ne suffira pas sans l’adhésion des communautés touchées, celles-là mêmes où surviennent aujourd’hui six décès sur dix.
Silas Munginda
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