Lifestyle « Le temps des accords est révolu » : l’AFC/M23 et le Rwanda préparent un pouvoir parallèle dans l’Est de la RDC
Lifestyle

« Le temps des accords est révolu » : l’AFC/M23 et le Rwanda préparent un pouvoir parallèle dans l’Est de la RDC

Un rapport explosif du Groupe d’experts de l’ONU, parvenu à BETO.CD, révèle que l’AFC/M23 rejette tout règlement négocié et prépare, avec l’appui du Rwanda, l’instauration d’un pouvoir parallèle dans l’Est de la RDC. Objectif : créer une région autonome en contournant l’État congolais.

« Le temps des accords est révolu » : l’AFC/M23 et le Rwanda préparent un pouvoir parallèle dans l’Est de la RDC
AFP

Litsani Choukran
Kinshasa - 4 JUILLET 2025 - 14:03 WAT · 5 min de lecture
🔓Il vous reste 4 articles premium ce mois-ci. Accès illimité →

Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations Unies sur la République démocratique du Congo, parvenu à la rédaction de BETO.CD, révèle une rupture assumée et stratégique de la part de l’AFC/M23 et de ses parrains rwandais vis-à-vis du processus de paix. Loin de participer de bonne foi aux négociations régionales, le mouvement rebelle organise un pouvoir parallèle dans les territoires conquis de l’Est congolais, avec pour ambition claire la création d’une entité autonome sous contrôle indirect de Kigali.

Un refus délibéré de toute solution négociée

Selon le rapport onusien, l’AFC/M23 n’a pas fait preuve d’un engagement sincère envers un règlement négocié de la crise. Des déclarations internes relayées par des responsables du mouvement ainsi que des membres influents du gouvernement rwandais confirment une ligne dure : « L’AFC/M23 ne quitterait pas les zones occupées, quel que soit le résultat des négociations »,
« Le temps des accords est révolu ».

Ces propos n’ont rien d’anecdotiques. Ils sont enseignés de manière systématique lors des formations d’endoctrinement destinées aux nouveaux agents politico-administratifs du mouvement (annexe 4). À travers des documents saisis par le Groupe d’experts – notamment des carnets de formation identiques de 2024 et 2025 –, il apparaît que le rejet des accords est désormais une doctrine. Un passage explicite d’un carnet affirme ainsi : « Notre point faible, c’était de signer des accords. Cette fois, ce ne sera pas le cas. Le temps des accords est révolu ».

Ce discours idéologique s’est traduit dans les faits par des retraits stratégiques répétés ou des boycotts assumés des processus de paix, qui ont miné les efforts diplomatiques successifs menés depuis Nairobi et Luanda.

Des revendications anciennes recyclées dans un projet séparatiste

Les premières attaques du M23 en novembre 2021 reprenaient officiellement des revendications liées à l’inapplication des accords de Nairobi de 2013, notamment en matière d’amnistie, de retour des réfugiés, de récupération des biens et de réinsertion.
Mais comme le rappelle le rapport, l’intégration des cadres militaires dans les FARDC et l’obtention de postes politiques, deux des principales revendications actuelles du mouvement, n’étaient pas prévues par cet accord. Pire encore : une liste noire officielle publiée par Kinshasa en 2013 interdisait toute réintégration à certains anciens commandants du M23 – dont le colonel Sultani Makenga, aujourd’hui à la tête de l’AFC/M23.

Les carnets de formation obtenus par les Nations Unies révèlent une vision politique claire et une stratégie de long terme. Les objectifs généraux inculqués aux recrues incluent :

  1. La neutralisation des FDLR ;
  2. Le retour des réfugiés ;
  3. Le renversement du « pouvoir dictatorial ».

Les objectifs spécifiques énoncés dans les sessions de formation sont encore plus révélateurs :

  • Instauration d’un système démocratique propre ;
  • Autogestion des populations locales ;
  • Unification nationale autour d’une vision unique ;
  • Création de nouvelles entités administratives ;
  • Lancement d’une campagne de réveil patriotique.

Un projet d’autonomie sous parrainage rwandais

Le rapport va plus loin en révélant que ces objectifs sont censés se concrétiser par la création d’une région autonome à l’Est de la RDC. Cette ambition se traduit sur le terrain par l’instauration de structures administratives parallèles dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23, comme l’attestent les annexes 16 à 19 du rapport. Ces structures incluent notamment la gestion de l’ordre public, la fiscalité locale et l’autorité territoriale – autant de fonctions régaliennes usurpées à l’État congolais.

Des sources proches du gouvernement rwandais ont confirmé aux enquêteurs de l’ONU que des figures-clés comme Patrick Karuretwa (conseiller spécial du président Paul Kagame) et James Kabarebe (ancien ministre de la Défense) ont soutenu cette stratégie de fait accompli, expliquant que les négociations n’étaient qu’un moyen de « gagner du temps ».

Le rapport du Groupe d’experts jette une lumière crue sur l’hypocrisie du processus de paix en cours. Derrière les discours conciliants et les tables de dialogue, l’AFC/M23 a décidé unilatéralement de tourner la page des négociations, préférant une logique d’imposition territoriale.

En rejetant toute issue négociée, en formant des agents politico-administratifs à gouverner sans l’État, et en consolidant des institutions parallèles, le mouvement entérine une sécession de facto dans l’Est de la RDC. Il appartient désormais à Kinshasa et à la communauté internationale de reconnaître la gravité de cette stratégie insidieuse, avant qu’elle ne débouche sur une nouvelle fragmentation durable du territoire congolais.

À propos de l'auteur
Litsani Choukran
Litsani Choukran
Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…