Banques et finances Marchés boursiers : la RDC pose les fondations d’une nouvelle architecture financière

Marchés boursiers : la RDC pose les fondations d’une nouvelle architecture financière

La République démocratique du Congo se prépare à mettre en place sa première Bourse. La promulgation de la loi relative aux marchés boursiers ouvre la voie à la création d’un marché destiné notamment à faciliter le financement des entreprises et l’investissement des Congolais.

Le Ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunder Li-Botayi, lors de participation à une matinée économique organisée par la Banque mondiale.
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 10 SEPTEMBRE 2026 - 17:26 WAT · 5 min de lecture

Portée par le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, la réforme vise à doter la RDC d’une véritable place financière et à offrir au pays de nouveaux mécanismes de financement de son économie. La loi n°26/034 du 20 août 2026 relative aux marchés boursiers, promulguée par le président de la République, Félix Tshisekedi, et publiée au Journal officiel, constitue le socle juridique de cette nouvelle architecture financière.

Selon le ministère des Finances, ce texte fixe le cadre nécessaire à l’organisation, au fonctionnement, à la supervision et à la régulation du marché boursier congolais. L’objectif est notamment de permettre à une partie de l’épargne disponible d’être directement orientée vers le financement des entreprises et des investissements productifs.

Transformer les épargnants en investisseurs

Avec le développement du marché des capitaux, les Congolais devraient progressivement disposer d’une nouvelle possibilité de placement de leur épargne. Au-delà des dépôts bancaires classiques, ils pourront notamment acquérir des titres émis par des entreprises et participer ainsi à leur financement.

À terme, des particuliers pourraient, selon les entreprises admises à la cote et les instruments proposés, investir dans des sociétés actives notamment dans les mines, les télécommunications, les banques, l’agro-industrie ou encore les infrastructures.

Cette évolution, apprend-on, permettrait aux Congolais de ne plus être uniquement des consommateurs des biens et services produits par les entreprises opérant dans leur pays, mais également, dans certains cas, d’en devenir actionnaires et de bénéficier de la valeur créée.

Une alternative au crédit bancaire pour les entreprises

Pour les entreprises, la mise en place d’un marché boursier devrait permettre de diversifier les sources de financement. Une société suffisamment structurée pourra lever des capitaux sur le marché, en complément de ses fonds propres, des crédits bancaires ou des financements provenant de partenaires extérieurs.

L’accès à la Bourse impliquera toutefois des exigences en matière de transparence et de gouvernance. Les entreprises candidates à la cotation devront notamment fournir une information financière fiable, publier leurs comptes et se conformer aux règles qui seront établies par les autorités du marché.

En juin 2026, le Gouvernement congolais a conclu un accord de coopération avec la Société financière internationale (SFI), membre du Groupe de la Banque mondiale, pour accompagner le développement du marché des capitaux. Cet appui porte notamment sur le cadre réglementaire et institutionnel, les infrastructures du marché, la formation des acteurs ainsi que la préparation des premières opérations.

Un marché également tourné vers les marchandises

La nouvelle architecture prévoit non seulement une bourse des valeurs mobilières, mais également un marché des marchandises.

Cette dimension pourrait revêtir une importance particulière pour la RDC, dont l’économie repose largement sur les ressources naturelles. Les produits miniers et agricoles, notamment le cuivre, le cobalt, le café ou le cacao, pourraient progressivement bénéficier de mécanismes destinés à améliorer la transparence des prix, la traçabilité et la formalisation des échanges.

L’enjeu est de rapprocher davantage le système financier de l’économie productive et de permettre aux capitaux disponibles de contribuer au financement des secteurs créateurs d’emplois et de valeur ajoutée.

Le défi de la confiance

Si le cadre juridique est désormais posé, la réussite de la future Bourse de Kinshasa dépendra surtout de sa capacité à attirer des entreprises et des investisseurs.

La crédibilité de l’autorité de régulation, la qualité des entreprises admises à la cote, la transparence de l’information financière et la protection des investisseurs seront déterminantes pour installer la confiance.

Le développement d’une culture boursière auprès de la population constituera également un défi. La mise en place d’une Bourse ne pourra produire ses effets que si les entreprises trouvent un intérêt à lever des capitaux sur le marché et si les épargnants sont suffisamment informés et rassurés pour y investir.

Les premières opérations de cotation et de transaction sont envisagées entre juin et décembre 2027. La RDC ne dispose donc pas encore d’une Bourse pleinement opérationnelle, mais construit progressivement les institutions et les mécanismes nécessaires à son fonctionnement.

À terme, l’ambition est de permettre à l’épargne congolaise de contribuer davantage au financement des entreprises opérant dans le pays et d’offrir aux citoyens la possibilité de participer à la propriété d’une partie de la richesse créée sur le territoire national.

Au-delà de l’exploitation de ses minerais, la RDC cherche ainsi à construire progressivement une économie capable de mobiliser son propre capital pour financer son développement.

Christian Okende

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