Politique Massacre des civils à Rutshuru : Mukwege fustige l’inaction de Kinshasa et la confiance accordée aux accords de Washington et de Doha
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Massacre des civils à Rutshuru : Mukwege fustige l’inaction de Kinshasa et la confiance accordée aux accords de Washington et de Doha

Le prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege.
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 10 AOÛT 2025 - 08:31 WAT · 3 min de lecture

Le prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege, a exprimé ce dimanche 10 août son inquiétude face au rapport des experts des Nations unies documentant le massacre de 319 civils, dont 48 femmes et 19 enfants, perpétré entre le 9 et le 21 juillet dernier dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu, par des éléments du M23 et des Forces de défense rwandaises.

Dans une déclaration relayée sur son compte X, l’ancien candidat à l’élection présidentielle s’est dit « horrifié » par la dégradation de la situation sécuritaire, rappelant que les populations de l’est de la RDC continuent de payer « un lourd tribut » à la guerre. Selon lui, « le dernier rapport onusien sur la RDC démontre une nouvelle fois que ces actes reflètent la barbarie à laquelle le peuple congolais est confronté depuis trois décennies ».

« Pendant ce temps, à Kinshasa, l’action gouvernementale donne l’impression d’une succession de tâtonnements, loin de la fermeté et de la vision stratégique qu’exige la gravité de la situation. Une inertie qui, aux yeux de nombreux observateurs, pourrait coûter cher à la République démocratique du Congo face à une crise qui s’enlise », a déclaré celui que l’on surnomme le « Réparateur des femmes ».

Mukwege accuse également les autorités congolaises de fonder leurs espoirs sur les cessez-le-feu annoncés dans le cadre des accords de Washington et de Doha. Il estime que ces arrangements ne sont qu’« une trêve de façade » qui endort la vigilance de la communauté internationale tout en offrant un boulevard aux forces agresseuses pour consolider leurs positions.

« Pendant ce temps, les rebelles poursuivent leur progression jusque dans de nouvelles localités du Sud-Kivu. Les espoirs placés dans les prétendus cessez-le-feu issus des accords de Washington et de Doha se sont avérés n’être qu’une façade qui ne fait qu’endormir la vigilance internationale et laisser le champ libre aux agresseurs, tandis que Kinshasa s’obstine dans une série de tâtonnements sans fin, semblant incapable de mesurer l’ampleur de l’enjeu », a-t-il poursuivi.

Le lauréat du prix Nobel appelle à l’unité nationale et à une prise de conscience des autorités pour ériger un véritable rempart face à ce qu’il qualifie de « projet d’extermination du peuple congolais et de balkanisation du pays ».

« Personne ne viendra sauver le Congo à notre place. Combien de Congolais devront encore être sacrifiés pour que la classe politique congolaise prenne conscience et transcende les intérêts partisans afin de se dresser en rempart contre ce projet d’extermination et de balkanisation ? », s’est-il interrogé.

Le rapport du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme, rendu public fin juillet 2025, fait état de la mort de 319 personnes dans le groupement Binza, chefferie de Bwisha (Rutshuru), une zone sous l’emprise des rebelles de l’AFC/M23. Ces massacres auraient été commis dans le cadre d’opérations contre les combattants hutus rwandais des FDLR. La plupart des victimes seraient des agriculteurs.

Silas MUNGINDA

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