Nord-Kivu: HRW accuse le M23 et le Rwanda des massacres de plus de 140 civils près du parc Virunga
Ph. Illustration du panneau indiquant les limites du parc national de virunga— tiers
AFP
Le rapport détaille des exécutions sommaires et ciblées de civils, survenues dans des zones agricoles et des villages sous contrôle du M23. Les estimations locales suggèrent que le nombre total de victimes dans le territoire de Rutshuru depuis juillet pourrait dépasser 300, marquant l’une des pires vagues de violence depuis la résurgence du M23 à la fin de 2021.
Human Rights Watch a mené une enquête approfondie entre la mi-juillet et la mi-août, interviewant 36 personnes dont 25 témoins, ainsi que des militants locaux, travailleurs médicaux et personnel de l’ONU. L’organisation a également analysé des vidéos et photographies, consulté des médecins légistes et vérifié les récits grâce à des cartes et images satellites.
Le rapport souligne l’urgence d’une action internationale pour protéger les populations civiles et garantir une enquête indépendante. HRW a écrit aux autorités rwandaises le 7 août et à Bertrand Bisimwa, chef du M23, le 8 août, mais n’a reçu aucune réponse. L’Alliance Fleuve Congo (AFC), coalition incluant le M23, a nié les accusations le 7 août, et le Rwanda a rejeté toute implication de son armée, affirmant qu’un groupe rival du M23 était responsable des meurtres.
Les massacres documentés se sont produits dans les localités de Busesa, Kakoro, Kafuru, Kasave, Katanga, Katemba, Katwiguru, Kihito, Kiseguru, Kongo, Lubumbashi, Nyamilima, Nyabanira et Rubare. Des témoins rapportent que le M23 obligeait les habitants à enterrer les corps dans les champs ou à les laisser sans sépulture, privant les familles de funérailles dignes. Des corps de femmes et d’enfants ont même été jetés dans la rivière Rutshuru.
Ces exactions semblent s’inscrire dans une campagne militaire ciblant les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé à majorité hutue, et ont surtout visé des civils hutus et, dans une moindre mesure, nandes, soulevant de graves préoccupations quant à un possible nettoyage ethnique.
Les opérations militaires du M23 ont été menées par le 1er Bataillon de la 1re Brigade, sous le commandement du colonel Samuel Mushagara et du général de brigade Baudoin Ngaruye, ce dernier faisant l’objet de sanctions de l’ONU pour crimes de guerre. Les habitants ont également identifié la participation directe de soldats rwandais lors de ces attaques, confirmée par des sources militaires et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.
Human Rights Watch appelle le gouvernement rwandais à autoriser des experts médico-légaux internationaux et de l’ONU à préserver et analyser les preuves de crimes de guerre. L’ONG exhorte également le Conseil de sécurité de l’ONU, l’Union européenne et les gouvernements à condamner ces violations, imposer de nouvelles sanctions et s’assurer que les responsables soient traduits en justice. Les bailleurs de fonds qui fournissent une assistance militaire au Rwanda sont invités à revoir leurs programmes pour éviter de soutenir indirectement ces violations.
Ces massacres surviennent peu après un accord de paix préliminaire signé le 27 juin entre la RD Congo et le Rwanda, qui prévoit la neutralisation des FDLR et la protection des civils, tout en facilitant la liberté de mouvement de la MONUSCO. Human Rights Watch insiste sur le fait que cet accord ne peut tolérer les crimes de guerre et que les responsables doivent être poursuivis.
« Les massacres perpétrés par le M23, soutenu par le Rwanda, révèlent l’écart entre la rhétorique internationale et la réalité sur le terrain », conclut Clémentine de Montjoye, de Human Rights Watch. « Les auteurs de crimes de guerre doivent faire l’objet d’enquêtes approfondies et être traduits en justice. »
Samuel Nakweti