À une semaine du 30 juin, la querelle sur la révision oppose l'Église, le pouvoir et l'opposition. État des forces.
Plier, mais jamais rompre : ces Léopards ont le visage du Congo
À deux jours des 66 ans de l'indépendance, l'édito de Litsani Choukran : des éliminatoires à la remontée d'Atlanta, les Léopards ont incarné le destin d'un peuple qui plie sans jamais rompre. La résilience, l'autre nom de la RDC.
Il y a, dans la façon dont un ballon refuse de franchir une ligne, quelque chose qui ressemble à un pays. Cette nuit, à Atlanta, menés dès la dixième minute, un but d’abord refusé par la machine froide de la vidéo, les Léopards ont ployé comme ploie le roseau sous le vent mauvais de l’Est. Ils n’ont pas rompu. Et j’ai cru voir, sur la pelouse trop verte et trop éclairée du Mercedes-Benz Stadium, le visage entier du Congo.
On dira que ce n’est qu’un match. On aura tort. Une sélection nationale est un miroir, et celui-ci nous a renvoyé, en quatre-vingt-dix minutes, l’image que nous portons depuis des décennies : tomber, encaisser, douter, puis se relever d’un coup de reins que personne n’avait vu venir. Wissa, deux fois. Mayele, surgi du banc. Trois buts pour répondre à un seul, et une remontée qui a fait trembler les fenêtres, de Kinshasa à la diaspora.
Le parcours de cette équipe, des éliminatoires à la nuit d’Atlanta, raconte la même histoire que la nôtre. À l’Est, l’agression rwandaise et son bras armé, le M23, tiennent des villes entières, Goma parmi elles ; les massacres s’y comptent encore, et les déplacés par millions. Ebola a rouvert ses plaies. Le choléra tue sur plusieurs fronts. À cela s’ajoutent nos propres querelles, celles d’une classe politique qui se déchire quand le pays voudrait qu’on le défende. Le tableau est lourd. Il est réel.
Et pourtant le Congo tient. Il tient comme il a toujours tenu, par cette obstination que nos langues ont mille façons de nommer et que le football, cette nuit, a traduite mieux qu’aucun discours. « Déception ya Léopards eleki déception ya mobali », murmure-t-on chez nous : la déception des Léopards dépasse celle d’un homme trahi. C’est dire si nous les aimons d’un amour qui ressemble à de la douleur. Cet amour, ici, n’a jamais empêché de se relever.
J’ai longtemps cru que rien ne réconciliait un pays si vaste, si blessé, si divers. Le ballon, parfois, y parvient. « Cela montre que le football peut être une colle qui unit les gens », confiait à CNN le journaliste Prosper Heri Ngorora, en regardant un Est meurtri jubiler pour les mêmes couleurs que Kinshasa. Le temps d’une remontée, les fractures se sont tues. Le Kivu et le Katanga, la capitale et l’exil, ont crié d’une seule gorge.
Dans deux jours, le 30 juin, le Congo aura soixante-six ans. Soixante-six ans d’une indépendance arrachée et jamais tout à fait tranquille, faite de chutes et de redressements, de deuils et de fêtes qui éclatent à deux heures du matin. Que ces Léopards nous tendent, à la veille de cet anniversaire, l’image d’une équipe revenue de loin n’est pas une coïncidence que je veux interroger. C’est une coïncidence que je choisis de lire.
Plier, jamais rompre. Voilà ce qu’ils ont écrit cette nuit, et voilà ce que nous écrivons, nous, depuis 1960. La résilience n’est pas une vertu de carte postale ; c’est un travail, une fatigue, une colère ravalée et changée en course vers l’avant. C’est l’autre nom de la République démocratique du Congo.
Au coup de sifflet, là-bas, des hommes en sueur se sont effondrés dans les bras les uns des autres. Ici, les avenues n’ont pas désempli avant l’aube. Il restera, de cette nuit, plus qu’un score et qu’une qualification qui se dessine. Il restera la preuve, une fois de plus, qu’un peuple qu’on disait à terre avait seulement pris son élan. Le ballon est rentré. Le pays, lui, n’est jamais sorti.
Litsani Choukran, Fondateur de BETO
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