Quand la BCC paie 16 millions USD pour une dette initiale de 32 242 dollars
Quand la BCC paie 16 millions USD pour une dette initiale de 32 242 dollars
AFP
Une affaire datant des années 1990 illustre une fois de plus les dérives dans la gestion de la dette publique congolaise. Selon des informations révélées par Africa Intelligence, une dette initiale de 32 242 dollars due à un ancien professeur de la coopération grecque sous le régime de Mobutu Sese Seko a été transformée, au fil des années, en une créance faramineuse de 16 millions de dollars.
Tout commence en août 1992 lorsqu’un tribunal de grande instance à Bunia reconnaît que l’État zaïrois (l’actuelle RDC) doit 32 242 dollars à Dimitrios Cardacos, professeur engagé dans le cadre de la coopération grecque. Cette somme représentait des arriérés de salaire. Renté en Grèce, Dimitrios Cardacos n’a jamais perçu son dû jusqu’à sa mort, quelques années plus tard.
Un accord controversé
L’affaire aurait pu en rester là, mais les héritiers de l’ancien professeur ont relancé le dossier en 2006. Cette fois, un nouveau jugement fait bondir la créance à 5,1 millions de dollars, une somme considérablement augmentée, vraisemblablement par l’accumulation d’intérêts et de pénalités.
En quête d’un règlement, les héritiers se tournent vers Konstantinos Zounis, un ressortissant grec, qui devient leur représentant dans cette affaire. En 2017, Zounis parvient à négocier un protocole d’accord avec Henri Yav Mulang, alors ministre des finances. Le montant validé lors de cette négociation atteint un niveau stratosphérique : 16 millions de dollars. Cependant, dans cet accord, une partie de la dette est annulée, ramenant la somme à 5 millions de dollars, payable par tranches jusqu’en 2024.
Depuis 2017, la Banque centrale du Congo (BCC) a déjà décaissé 4,8 millions de dollars dans le cadre de cet accord. Les versements effectués au fil des années apparaissent parmi les 2 900 paiements recensés par la BCC, portant sur des dettes sociales de l’État congolais remontant parfois à plusieurs décennies.
L’histoire de Dimitrios Cardacos et de ses héritiers met en lumière la mauvaise gestion persistante de la dette publique congolaise. Ce cas soulève plusieurs interrogations :
- Comment une dette initiale de 32 242 dollars a-t-elle pu atteindre les 16 millions ?
- Quels mécanismes de contrôle ont échoué à empêcher une telle inflation des montants ?
- Pourquoi des dettes datant de plusieurs décennies continuent-elles d’alourdir les finances publiques ?
Alors que le gouvernement s’efforce de redresser les finances publiques, des dossiers comme celui-ci rappellent l’urgence de renforcer la transparence et le contrôle des dépenses publiques afin d’éviter des scandales similaires à l’avenir.