Qui était Kalev Mutond, le patron du renseignement de Joseph Kabila mort à Paris
Mort à Paris le 5 octobre selon une source familiale, Kalev Mutond a dirigé l’Agence nationale de renseignements pendant près de huit ans, le mandat le plus long à ce poste. Sanctionné par Washington en 2016 et par Bruxelles en 2017, visé ensuite par des poursuites pour tortures, il n’a jamais été jugé.
Kalev Mutond, ancien administrateur général de l'ANR. Photo droit aux tiers.
AFP
Kalev Mutond, ancien administrateur général de l’Agence nationale de renseignements, est mort lundi 5 octobre 2026 à Paris, selon une source familiale. Pendant près de huit ans, cet homme né dans le sud du Katanga a dirigé le service de renseignement civil de la République démocratique du Congo, ce qui en fait le titulaire du mandat le plus long à ce poste. Les circonstances de son décès n’ont pas été précisées.
Un homme de maison, monté par l’intérieur
Kalev Mutond n’a pas été parachuté à la tête de l’ANR. Il y a gravi les échelons avant d’en prendre la direction en octobre 2011, et c’est précisément ce qui le distingue : il connaissait la maison de l’intérieur, ses hommes, ses dossiers et ses méthodes.
Sa longévité dit le reste. Huit années à la tête d’un service de renseignement, dans un pays où les postes sécuritaires changent souvent de titulaire, ne s’obtiennent pas sans la confiance du sommet. Kalev Mutond était décrit comme l’un des plus proches de Joseph Kabila.
Ce que dirigeait le « super flic »
Le surnom qui lui est resté, celui de « super flic », disait moins une fonction de police qu’une position dans l’appareil d’État. L’ANR est le service de renseignement intérieur et extérieur du pays. Elle ne relève ni de la police ni de l’armée, et son administrateur général rend compte directement au chef de l’État.
C’est cette ligne hiérarchique courte qui fait du poste l’un des plus puissants de l’État congolais. Elle explique aussi pourquoi le nom de son titulaire a été associé, pendant toute une décennie, aux interpellations d’opposants, de militants et de journalistes.
Deux sanctions, quatorze mois d’écart
En 2016, le Trésor américain inscrit Kalev Mutond sur sa liste de sanctions. En 2017, l’Union européenne fait de même. Les deux mesures sont motivées par des violations des droits humains.
Il faut en dire la nature exacte : une sanction de cet ordre est une décision administrative, qui gèle des avoirs et interdit un territoire. Elle n’est pas un jugement, elle ne suppose pas de procès et elle n’établit pas de culpabilité pénale. Elle marque en revanche une mise à l’index diplomatique, et elle a visé Kalev Mutond alors qu’il était encore en fonction.
Après l’alternance, des poursuites sans procès
Le changement de pouvoir a ouvert contre lui un volet judiciaire. Kalev Mutond a été visé par des poursuites pour tortures et arrestations arbitraires. Un avis de recherche a été émis, puis suspendu en août 2023.
Aucune juridiction n’a donc tranché. Et la règle qui s’applique désormais est la même pour tous : le décès de la personne poursuivie éteint l’action publique. Les faits reprochés ne seront pas jugés, ce qui laisse les plaignants sans la décision qu’ils attendaient.
Cette question dépasse un seul dossier. Le ministre de la Justice a fait de la crédibilité de l’appareil judiciaire son chantier, et un projet de loi anticorruption de 144 articles est parti en commission le 28 septembre. Les procédures ouvertes contre d’anciens responsables sont l’un des tests de ce chantier.
Un appareil qui a survécu à l’homme
Kalev Mutond a quitté l’ANR en 2019. Les pratiques que les sanctions lui imputaient, elles, continuent d’être documentées par les organismes de suivi. Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme a recensé 2 996 violations au premier semestre 2026, dont une part est attribuée à des agents de l’État.
C’est la limite de tout portrait d’un responsable sécuritaire : il décrit un homme, alors que ce qui lui a été reproché relève d’un système. La mort de l’un ne règle pas la question de l’autre.
Ce qu’il faudra établir
Cinq éléments manquent et sont établissables auprès de la famille, du parquet général près la Cour de cassation, du Trésor américain et du Conseil de l’Union européenne. La date de naissance de Kalev Mutond et son parcours avant l’ANR. Le lieu et la cause du décès. L’état exact des procédures ouvertes contre lui au jour de sa mort, et le motif de la suspension de l’avis de recherche en août 2023. Le maintien ou la levée des sanctions américaines et européennes. Et la position des parties civiles, désormais privées de procès.
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