RDC-Angola : les banques centrales branchent leurs paiements pour fluidifier le commerce frontalier
À Luanda, la Banque centrale du Congo et la Banque nationale d'Angola ont signé un mémorandum d'entente pour interconnecter leurs systèmes de paiement. Objectif affiché, réduire les délais et les coûts des transactions entre deux voisins qui partagent une longue frontière et un commerce encore largement informel.
Le siège abritant la Banque centrale du Congo à Kinshasa | ©️ BCC
AFP
LUANDA, 8 juillet 2026. Dans la capitale angolaise, les gouverneurs de la Banque centrale du Congo (BCC) et de la Banque nationale d’Angola (BNA) ont paraphé un mémorandum d’entente. André Wameso Nkualoloki a signé pour Kinshasa, Manuel António Tiago Dias pour Luanda. L’accord installe un cadre permanent de coopération entre les deux instituts d’émission, avec une cible opérationnelle, rendre les paiements transfrontaliers plus rapides, plus sûrs et moins chers.
Le premier chantier concerne l’interconnexion des systèmes de paiement. Une meilleure connexion des infrastructures financières doit raccourcir les délais et abaisser les coûts des règlements d’un pays à l’autre, tout en sécurisant les opérations. Pour le gouverneur angolais, l’enjeu est aussi de sortir de l’ombre une partie des flux. Il a lié l’accord à une plus grande formalisation des échanges commerciaux entre les deux pays.
« Nous estimons que les conditions sont désormais réunies de notre côté », a expliqué Manuel António Tiago Dias, gouverneur de la BNA, lors de la cérémonie de signature. Il a ajouté que les deux banques travailleraient à faire dialoguer leurs plateformes, pour que « les transactions pourront ainsi être effectuées de manière plus sûre, plus rapide et à moindre coût ». Son homologue congolais, André Wameso Nkualoloki, a estimé que le protocole traduit le poids réel des échanges entre les deux peuples, et que les nouveaux mécanismes de paiement à mettre en place accéléreront le commerce bilatéral.
Le mémorandum va au-delà des seuls paiements. Il couvre la politique monétaire et de change, la gestion des réserves internationales, les études économiques, la supervision bancaire, la réglementation prudentielle et la gestion des risques. Les deux institutions se donnent aussi un objectif de moyen et long terme, la convertibilité de leurs monnaies nationales, condition d’une vraie fluidité des règlements entre le franc congolais et le kwanza. Un forum bilatéral d’échange d’informations est prévu, de même qu’une coopération renforcée dans la surveillance des établissements financiers actifs des deux côtés de la frontière, pour prévenir la contagion d’éventuelles crises bancaires.
Le texte réserve enfin une place à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, ainsi qu’à l’inclusion et à l’éducation financières. Ces volets pèsent lourd pour la RDC, encore inscrite sur la liste grise du Groupe d’action financière et qui vient d’annoncer son adhésion au Groupe Egmont, le réseau international des cellules de renseignement financier.
L’accord n’est pas isolé. Reconduit à la tête de la BCC le 1er juillet, André Wameso Nkualoloki multiplie les corridors de paiement régionaux. En mars 2026, la banque centrale congolaise avait déjà signé avec la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) un cadre sur la régulation bancaire et les paiements. Le mémorandum de Luanda prolonge cette logique vers le sud, du côté de l’Angola, membre de la SADC et débouché maritime naturel pour une partie du commerce congolais.
Reste la marche entre la signature et l’usage. Un mémorandum fixe une intention, pas un calendrier de mise en service ni un volume d’opérations. Les équipes techniques des deux banques doivent maintenant définir les priorités et arrêter un programme de travail. C’est à ce stade que se jugera l’écart entre l’accord de Luanda et le quotidien des importateurs qui, aujourd’hui encore, règlent leurs fournisseurs angolais par des circuits lents et coûteux.
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