Sanctions américaines : Kinshasa remercie Trump et interpelle les sponsors du Rwanda
Dans un communiqué du 28 octobre 2026, le gouvernement salue les sanctions américaines contre le ministère rwandais de la Défense et Zigama, remercie nommément Donald Trump, et appelle États, organisations internationales, sponsors sportifs et investisseurs à réexaminer leurs relations avec Kigali. Il fait état de plus de 800 redditions FDLR depuis janvier 2025 et exige un retrait rwandais sans conditions préalables.
De gauche à droite, Félix Tshisekedi, Donald Trump et Paul Kagame, dans le Bureau ovale à Washington avant la signature de l’accord de paix | ©️ Présidence RDC.
AFP
Le gouvernement congolais a salué, dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères publié à Kinshasa le 28 octobre 2026, la décision du Trésor américain de sanctionner le ministère rwandais de la Défense et Zigama Credit and Savings Society. Il y remercie nommément les États-Unis et leur président, Donald Trump, « pour leur leadership et leur engagement en faveur de la paix et de la stabilité dans la région des Grands Lacs ».
Le texte reprend les constats du Trésor : plusieurs milliers de soldats rwandais déployés au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, des opérations menées aux côtés du M23, des équipements militaires fournis, l’acheminement vers Kigali d’or extrait des territoires sous contrôle du mouvement et des transactions de plusieurs dizaines de millions de dollars au bénéfice de l’AFC/M23.
« Quel que soit son nom d’emprunt »
La formule est la plus politique du communiqué. Ces constats, écrit le gouvernement, sont conformes à ceux du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC et confirment que « le M23, quel que soit son nom d’emprunt, demeure armé et financé depuis Kigali ».
Elle répond à la même préoccupation que celle exprimée la veille par Washington. Le département d’État a exigé que le Rwanda cesse de soutenir le M23 « et tout groupe armé successeur », seize jours après la constitution du Front pour la refondation de la nation à Goma.
Le gouvernement ajoute que l’armée rwandaise et ses supplétifs continuent de violer l’intégrité territoriale du pays, de tuer des civils, de commettre des violences sexuelles et de piller les ressources naturelles.
L’appel aux sponsors sportifs et aux investisseurs
C’est l’élément nouveau du texte. Kinshasa constate qu’« un environnement international excessivement permissif continue de protéger le Rwanda et d’entretenir son image soigneusement façonnée de modèle de réussite, en contradiction flagrante avec les souffrances qu’il provoque ».
Le gouvernement appelle en conséquence « les États, les organisations internationales et les partenaires commerciaux, y compris les sponsors sportifs et les investisseurs, à réexaminer leurs relations avec le Rwanda » et à s’assurer qu’elles sont compatibles avec leurs engagements en faveur de la paix.
La mention des sponsors sportifs vise un terrain déjà ouvert. Le 23 octobre, deux sénateurs américains écrivaient à la NBA pour lui demander de réexaminer son partenariat avec le gouvernement rwandais, en évoquant un risque de complicité de blanchiment par le sport.
Ce que Kinshasa met en face : plus de 800 redditions
Le communiqué fait état des engagements congolais, en particulier sur la neutralisation des FDLR. Depuis janvier 2025, « plus de 800 personnes, comprenant des combattants FDLR et leurs dépendants, se sont rendues à la MONUSCO », à la suite des efforts de sensibilisation et de démobilisation menés par les autorités.
Le dossier est au cœur du calendrier en cours. Du 20 au 22 octobre, à Garmisch en Allemagne, des planificateurs militaires congolais et rwandais ont finalisé un plan de neutralisation des FDLR sous l’égide des États-Unis. Des redditions sont régulièrement enregistrées dans le Grand-Nord.
L’exigence : un retrait sans conditions préalables
Le gouvernement rappelle que le retrait des forces rwandaises est une obligation découlant de l’Accord de Washington et de la résolution 2773 du Conseil de sécurité, adoptée à l’unanimité en février 2025.
Il avance un argument opérationnel : le maintien de ces troupes aux côtés de l’AFC/M23, dans les zones mêmes où doivent se dérouler les opérations contre les FDLR, entrave la mise en œuvre des mécanismes convenus. La RDC exige donc « le retrait effectif et sans conditions préalables de l’ensemble des troupes rwandaises de son territoire ».
Le texte conclut sur la détermination du gouvernement, sous l’autorité du chef de l’État, à mettre fin à l’agression et à restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national. Le lendemain, à Moscou, Félix Tshisekedi employait la même formule devant le sommet Russie-Afrique.
Odon Bakumba
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