Agression rwandaise : deux sénateurs américains somment la NBA de revoir son partenariat avec Kigali
Dans une lettre du 23 octobre 2026 à Adam Silver, deux sénateurs américains demandent à la NBA de réexaminer son partenariat avec le gouvernement rwandais. Ils invoquent le déploiement de 18 000 soldats rwandais dans l’Est congolais, le commandement du M23 par Kigali selon les experts de l’ONU, et le virage de la politique américaine. La ligue, disent-ils, risque la complicité de blanchiment par le sport.
Agression rwandaise : deux sénateurs américains somment la NBA de revoir son partenariat avec Kigali
AFP
Deux sénateurs américains ont écrit le 23 octobre 2026 au commissaire de la National Basketball Association, Adam Silver, pour lui demander de réexaminer le partenariat commercial de la ligue avec le gouvernement rwandais. Ils écrivent être « de plus en plus alarmés » par l’approfondissement de cette relation « malgré l’invasion par le Rwanda de la République démocratique du Congo voisine, son soutien continu à un groupe rebelle qui a commis des crimes de guerre, et les changements majeurs qui en ont résulté dans la politique américaine à l’égard du Rwanda ».
La lettre, qui fait suite à un premier courrier adressé en 2024, avertit que la ligue « risque de devenir complice d’une opération de blanchiment par le sport menée par un gouvernement rwandais qui viole systématiquement les droits humains ». Cela, écrivent les deux élus, « est contraire à l’esprit du sport américain ».
La promesse de la NBA en 2024, et ce qui a changé depuis
Les sénateurs rappellent la réponse publique de la ligue en septembre 2024. Le commissaire adjoint Mark Tatum avait alors déclaré que si les politiques américaines venaient à changer concernant les activités commerciales au Rwanda ou sur tout autre marché de la Basketball Africa League, les actions de la NBA changeraient en conséquence.
C’est précisément ce qui s’est produit, soutiennent les auteurs du courrier, qui dressent la liste des faits intervenus depuis.
Dix-huit mille soldats et le commandement du M23
Citant le rapport final du groupe d’experts des Nations unies remis le 6 juin 2026 en application de la résolution 2783, la lettre fait état d’un déploiement rwandais pouvant atteindre 18 000 soldats dans l’Est congolais. Le même rapport conduit les sénateurs à écrire que le Rwanda « semble désormais commander entièrement » le M23.
Le courrier énumère ensuite, documents de Human Rights Watch et de l’Oakland Institute à l’appui, les exécutions sommaires de centaines de civils, les viols de masse, le recrutement d’enfants soldats et les actes de torture attribués au mouvement armé, « tout en s’emparant illégalement de Goma, de Bukavu et de vastes portions de l’Est de la RDC ».
Il retient aussi plus de cinq millions de déplacés et dix millions de personnes exposées à la famine dans les zones tenues par le M23, ainsi qu’une offensive lancée par le Rwanda et le M23 la semaine suivant la signature des accords de Washington en décembre 2025, qui a jeté 200 000 civils de plus sur les routes.
Rubio, Waltz, les sanctions et les sponsors partis
Les sénateurs rappellent que le secrétaire d’État Marco Rubio a jugé en décembre 2025 que les actions du Rwanda constituaient « une violation claire des accords de Washington », et que l’ambassadeur des États-Unis aux Nations unies, Mike Waltz, a déclaré que « le Rwanda conduit la région vers davantage de guerre ».
Depuis, Washington a sanctionné les Forces rwandaises de défense et la principale raffinerie d’or du Rwanda pour leur appui au M23, interdit de voyage de hauts responsables rwandais, annulé une conférence d’investissement impliquant le Rwanda et un partenariat sanitaire américano-rwandais. L’Union européenne et le Royaume-Uni ont également sanctionné des responsables et des entreprises.

Sur le terrain du sport, la lettre note que les clubs de football Arsenal et le Bayern Munich ont mis fin à leurs contrats de sponsoring avec le Rwanda en 2025, en raison de l’invasion de l’Est congolais.
La question posée à Adam Silver
De ces faits, les deux élus tirent une question : la relation commerciale de la NBA avec le gouvernement rwandais reste-t-elle compatible avec la politique américaine sur laquelle la ligue a elle-même dit s’appuyer ? Ils relèvent qu’en dépit des controverses, la NBA a renforcé son engagement.
Les pages du courrier rendues publiques s’arrêtent sur ce constat. La NBA n’a pas encore publié de réponse à ce second courrier.
Une demande que Kinshasa porte depuis février 2025
La démarche recoupe celle du gouvernement congolais. En février 2025, la ministre d’État aux Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner avait écrit au même Adam Silver pour demander la résiliation du contrat de sponsoring avec le Rwanda. La Basketball Africa League, créée par la NBA et la Fédération internationale de basket-ball, compte Kigali parmi ses places fortes, et la marque Visit Rwanda figure parmi ses partenaires.
Rédaction
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