Sécurité & Défense Résolution 2773 : dix-neuf mois après, l’inventaire de ce qui a été exécuté et de ce qui ne l’a pas été

Résolution 2773 : dix-neuf mois après, l’inventaire de ce qui a été exécuté et de ce qui ne l’a pas été

Adoptée à l’unanimité le 21 février 2025, la résolution 2773 exigeait le retrait des troupes rwandaises et la fin des administrations parallèles. Dix-neuf mois plus tard, le Groupe d’experts de l’ONU évalue entre 14 000 et 18 000 les soldats rwandais déployés dans les Kivus.

Une séance du Conseil de sécurité des Nations unies à New York.

United Nations Security Council members vote on a resolution about Yemen's security at UN Headquarters in the Manhattan borough of New York City, New York, U.S., December 21, 2018. REUTERS/Carlo Allegri
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 23 SEPTEMBRE 2026 - 12:40 WAT · 6 min de lecture

Le 21 février 2025, à sa 9865e séance, le Conseil de sécurité des Nations unies adoptait à l’unanimité la résolution 2773. Elle condamnait l’offensive de l’AFC/M23 menée avec le soutien de la Force de défense rwandaise et exigeait le retrait immédiat des troupes rwandaises du territoire congolais. Dix-neuf mois plus tard, le rapport du Groupe d’experts de l’ONU transmis au Conseil le 30 juin 2026 évalue entre 14 000 et 18 000 le nombre de soldats rwandais déployés au Nord-Kivu et au Sud-Kivu à la fin de 2025, sans retrait significatif observé depuis. Voici l’inventaire, ligne par ligne, de ce que cette résolution a obtenu et de ce qu’elle n’a pas obtenu.

Ce que le texte exigeait

La résolution posait deux exigences centrales et nommait les responsables. Le retrait sans condition de la Force de défense rwandaise du territoire congolais. La cessation immédiate des hostilités par l’AFC/M23 et son retrait des zones occupées. Elle y ajoutait le rétablissement de l’autorité de l’État congolais et l’arrêt de la mise en place d’administrations parallèles dans les territoires conquis.

Le vote fut acquis à l’unanimité des quinze membres. C’est un point qui compte pour la suite : aucune des capitales qui auraient pu bloquer le texte ne l’a fait, et aucune ne peut aujourd’hui invoquer une réserve de départ.

Le retrait exigé n’a pas eu lieu

C’est la première ligne de l’inventaire, et la plus lourde. Le rapport du Groupe d’experts sur la RDC transmis au président du Conseil de sécurité le 30 juin 2026 évalue entre 14 000 et 18 000 le nombre de soldats rwandais déployés dans les deux Kivus à la fin de 2025, et ne relève aucun retrait significatif depuis.

Le même document décrit l’AFC/M23 comme un mouvement politico-militaire fort d’environ 30 000 combattants, qui a réorganisé les territoires qu’il contrôle en trois zones de défense et qui y administre des services publics, dont l’électricité et l’eau, en lieu et place des entreprises de l’État.

Les administrations parallèles se sont consolidées

La résolution demandait leur arrêt. Elles se sont au contraire structurées. Nous avons documenté cet État dans l’État : nominations de chefs de quartier, code fiscal propre, 378 personnes installées comme magistrats.

Il y a eu un mouvement en sens inverse, et il faut le porter au compte du bilan : l’AFC/M23 s’est retiré d’Uvira, puis de la plaine de la Ruzizi. Mais le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme a constaté que ces retraits n’ont pas amélioré la protection des civils, en raison de représailles, de nouveaux déplacements et de l’intensification des hostilités dans les hauts plateaux.

Ce que le Conseil a fait depuis

Le Conseil n’est pas resté immobile, mais il a agi sur les instruments, pas sur les exigences.

Le 30 juin 2025, à sa 9951e séance, il adoptait à l’unanimité la résolution 2783, qui proroge d’un an le régime de sanctions sur la RDC et le mandat du Groupe d’experts. Le 19 décembre 2025, il prorogeait le mandat de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RDC jusqu’au 20 décembre 2026, là encore à l’unanimité.

Autrement dit, en dix-neuf mois, le Conseil a reconduit ses outils d’observation et de sanction, et il a maintenu sa mission de maintien de la paix. Il n’a pas adopté de nouveau texte contraignant sur les deux exigences non satisfaites.

Ce que la protection des civils est devenue

Le 26 mars 2026, la représentante spéciale adjointe du Secrétaire général pour la protection et les opérations, Vivian van de Perre, décrivait devant le Conseil une situation « extrêmement tendue ». Elle signalait l’usage croissant de drones offensifs et de brouillage des systèmes de positionnement par satellite, 173 cas de violences sexuelles liées au conflit confirmés depuis décembre 2025 pour 111 victimes, 6,4 millions de déplacés et 26,6 millions de personnes en insécurité alimentaire attendues sur l’année.

Au premier semestre 2026, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme a documenté 2 996 violations et atteintes affectant 6 189 victimes, en précisant que la baisse apparente de 10 % ne traduit pas nécessairement une amélioration. Et l’état de siège reste en vigueur en Ituri et au Nord-Kivu, prorogé de quinze jours en quinze jours.

Ce que la RDC demande au Conseil

Le 26 juin 2026, devant le Conseil de sécurité, l’ambassadeur de la RDC auprès des Nations unies, Zénon Mukongo Ngay, faisait le même constat en des termes plus directs : « Sur le terrain, la coalition M23-RDF continue d’occuper des localités congolaises, d’établir des administrations parallèles et de brandir la menace de nouvelles conquêtes militaires. »

Sa demande tenait en une phrase : « Ma délégation appelle à la mise en œuvre intégrale et sans condition de la résolution 2773-2025, notamment en ce qu’elle exige le retrait sans condition de la force de défense rwandaise du territoire congolais et la cessation immédiate des hostilités par le M23. »

Pourquoi cette résolution revient dans le débat intérieur

Le texte de février 2025 n’est pas seulement un dossier diplomatique. Il est redevenu, cet été, un argument dans la discussion congolaise sur le dialogue national. Denis Mukwege place son application en tête de la séquence qu’il propose, avant toute négociation intérieure, dans la note stratégique dont nous avons détaillé les quatre points.

La logique est celle de l’ordre des étapes. Tant que le retrait n’est pas acquis, une partie du territoire échappe à l’autorité de l’État, et toute consultation nationale se tient sans les populations qui vivent sous une autre administration.

Ce qu’il faudra vérifier

Trois échéances sont datées et vérifiables. Le mandat de la MONUSCO expire le 20 décembre 2026 : sa reconduction, ou sa modification, dira ce que le Conseil retient de dix-neuf mois d’application. Le prochain rapport du Groupe d’experts donnera une nouvelle évaluation des effectifs déployés, comparable à celle de juin 2026. Et le régime de sanctions, prorogé d’un an en juin 2025, appelle une décision dont la liste des personnes et entités désignées sera le seul indicateur concret de ce que le Conseil est prêt à faire.

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B
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