L’AFC/M23 au Dialogue : l’impossible inclusivité qui risque de tout faire capoter!
L’AFC/M23 au Dialogue : l’impossible inclusivité qui risque de tout faire capoter!
AFP
En acceptant, le 17 juillet, le principe d’un dialogue national inclusif, Félix Tshisekedi a ouvert une séquence politique que l’opposition a saluée comme une victoire. La Coalition Article 64 a suspendu sa marche du 22 juillet, estimant avoir obtenu satisfaction sur l’une de ses revendications. Mais le mot qui qualifie ce dialogue, inclusif, est contesté là où il compte le plus. Ceux qui font la guerre dans l’Est, ou qui en sont les figures centrales, refusent d’y prendre part ou en sont écartés.
La dynamique en faveur d’une issue négociée s’était pourtant installée. Depuis des mois, la conviction s’est imposée chez de nombreux acteurs qu’une solution purement militaire ne suffirait pas à mettre fin à plus de trente ans de violences. La Conférence épiscopale nationale du Congo et l’Église du Christ au Congo ont multiplié les consultations avec les forces politiques, la société civile et les anciens chefs d’État. La MONUSCO, des chancelleries occidentales et africaines, les processus de Doha et de Washington ont tous plaidé pour une solution politique complémentaire des efforts diplomatiques. En donnant son accord, le chef de l’État a fait de ce dialogue le cadre d’un consensus national à rechercher sur les questions sécuritaires et institutionnelles.
Le premier refus est venu du principal mouvement armé. Dans une déclaration diffusée autour du 20 juillet et reprise le lendemain, Corneille Nangaa, coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo, alliée politique du M23, a exclu toute participation. La solution, affirme-t-il, ne se trouve pas dans « un dialogue ou des compromis hypocrites » avec un pouvoir qu’il accuse « de ne jamais respecter ses engagements ». Il dit privilégier une transformation en profondeur des institutions, autour d’une armée capable de défendre le territoire, d’une police protectrice, d’une justice indépendante et d’une administration efficace, plutôt qu’une négociation avec le gouvernement en place. Ce refus n’est pas une surprise, l’AFC écarte de longue date toute discussion subordonnée au pouvoir actuel, mais il vise cette fois nommément le forum annoncé. Il intervient quatre jours après que les Nations unies ont sanctionné Nangaa et cinq autres responsables de groupes armés.
De toute façon, le dialogue tel que le conçoit Kinshasa n’est pas ouvert à tous. Le gouvernement en a fixé le critère d’accès, la position de chacun face à l’agression rwandaise, ce qui exclut d’emblée l’AFC/M23. L’inclusivité revendiquée bute ainsi sur une porte fermée des deux côtés, par le mouvement qui refuse d’entrer et par le pouvoir qui refuse de l’admettre.
Le camp de Joseph Kabila occupe une position voisine, à la marge. Sa plateforme, « Sauvons la RDC », lancée à Nairobi en octobre 2025, conteste ce qu’elle appelle le monopole politique du président et soutient la médiation des Églises, jugée plus équilibrée. Mais l’ancien président, condamné à mort par contumace et présenté par l’accusation comme lié à l’AFC/M23, ce que son camp conteste, est exclu par le gouvernement du processus qu’il dit vouloir. Là encore, une composante de l’opposition se retrouve hors du cadre censé réunir tout le monde.
Reste le facteur qui échappe à toute table congolaise, le Rwanda. Paul Kagame continue de lier le sort du M23 aux intérêts de son pays. Devant les cadres de son parti, le 17 juillet, il prévenait que vouloir « faire disparaître le M23 » reviendrait à viser le Rwanda lui-même. Kigali maintient ses préoccupations sécuritaires à sa frontière, en particulier la présence des rebelles hutu des FDLR, quand les Nations unies documentent la présence de troupes rwandaises en RDC et que Washington a sanctionné l’armée rwandaise. Tant que cette dimension demeure, aucune concertation entre Congolais ne suffit à désarmer la guerre.
C’est là que se dessine le paradoxe du moment. Le dialogue annoncé s’adresse d’abord à la crise institutionnelle et politique interne, celle qui oppose le pouvoir à l’opposition autour de la Constitution et de la gouvernance. Mais les protagonistes de la guerre, eux, restent à l’extérieur, par refus ou par exclusion. Un forum peut ainsi régler la querelle de Kinshasa sans toucher aux combats du Kivu, deux ordres de problèmes qui ne se rencontrent pas. La quête de paix et la quête d’un arrangement politique intérieur suivent, pour l’heure, des chemins parallèles.
Les prélats catholiques et protestants héritent de la tâche la plus difficile, faire de l’inclusivité autre chose qu’un mot. Ils devront convaincre des acteurs qui refusent la table, ou obtenir qu’on y admette ceux qu’on en écarte, sans quoi le dialogue risque de n’être qu’un rendez-vous entre partenaires déjà d’accord sur le principe. La Coalition Article 64 a d’ailleurs assorti son report d’un ultimatum, le 15 août, pour que le processus soit réellement convoqué. Entre un dialogue qui avance et une guerre qui se poursuit, l’écart reste, à ce jour, entier.
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