RDC – Yusubu Kasereka, enfant de guerre devenu messager de paix : « J’ai choisi la musique plutôt que les armes »
RDC – Yusubu Kasereka, enfant de guerre devenu messager de paix : « J’ai choisi la musique plutôt que les armes »
AFP
Dans l’Est de la République démocratique du Congo, région ravagée par les conflits depuis plus de deux décennies, certains refusent de céder à la haine. C’est le cas de Yusubu Kasereka, jeune artiste originaire de Goma, qui a décidé de faire de la musique un instrument de paix, de résistance et d’unité.
Dans un entretien exclusif accordé à BETO.CD ce mardi 27 mai 2025, YusuBu raconte un parcours de vie marqué par les traumatismes, mais aussi par la résilience. Pour lui, la musique est plus qu’un art : c’est un langage universel capable de toucher là où les discours politiques échouent. « La musique traverse les frontières, elle parle aux cœurs, même à ceux des bourreaux », affirme-t-il.
Grandir au milieu des balles
Né à Goma et élevé à Rutshuru, Yusufu a connu dès son plus jeune âge les affres de la guerre. Déplacements forcés, peur constante, violences indescriptibles : son enfance a été rythmée par les conflits successifs du RCD, du CNDP et aujourd’hui du M23.
« Je suis né dans la guerre, et le pire, c’est que je grandis encore dans la guerre. J’ai vu des corps gisant au sol, des femmes violées, des amis fauchés par les balles. Mais j’ai choisi de transformer cette colère en message de paix, pas en vengeance. J’ai choisi la musique », témoigne-t-il avec gravité.
Refusant de répondre à la violence par la violence, Yusufu a décidé de canaliser sa révolte dans la création artistique. Son objectif : éveiller les consciences, dénoncer les injustices et semer l’espoir dans les cœurs meurtris.
Pour porter son message, Yusubu s’est entouré d’autres jeunes artistes congolais issus de villes dévastées par la guerre – Butembo, Beni, Goma – au sein du collectif Musique Beyond. Ensemble, ils ont composé Sous les mêmes étoiles, une chanson poignante qui transcende les langues et les frontières.
« Sous les mêmes étoiles, nous rêvons de paix, nous ressentons les mêmes douleurs. C’est un appel à l’humanité partagée, un rappel que malgré nos différences, nous sommes tous liés », explique-t-il.
Créée au cœur d’une zone de conflit, cette œuvre se veut un cri d’espoir et un plaidoyer pour l’unité. Elle invite à la solidarité, au patriotisme, à l’humanisme. « Ce n’est pas juste une chanson. C’est un cri du cœur, un outil de guérison collective », ajoute l’artiste.
Une voix contre l’oubli
À travers sous les mêmes étoiles, Yusubu et son collectif refusent d’être réduits au statut de victimes. Ils choisissent d’élever leurs voix pour ceux qu’on n’entend pas, pour rappeler que la paix est un droit fondamental et que l’unité est la seule voie vers la reconstruction.
« Notre ennemi profite de notre division. Mais une communauté unie est invincible. L’unité, c’est la fondation de l’humanisme que nous prônons », conclut-il.
Dans un pays où trop de jeunes sont enrôlés dans des milices ou perdus dans le silence de la peur, Yusubu Kasereka incarne une autre voie : celle de l’art au service de la paix. Sa voix, née au cœur du tumulte, résonne aujourd’hui comme un espoir pour toute une génération.
Azarias Mokonzi
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