Rentrée scolaire : neuf élèves sur 255 à Mvuazi, 1 100 pour un tiers de la place à Bunia
Le pays attendait près de 31 millions d’élèves le 1er septembre. Les relevés de la première semaine donnent neuf présents sur 255 dans le Kongo Central et trois fois la capacité sur un site de déplacés de l’Ituri.
Une salle de classe en RDC. Photo du ministère de l'Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté.
AFP
Neuf élèves se sont présentés le premier jour à l’école primaire 1 INERA Mvuazi, à Mbanza-Ngungu, dans le Kongo Central. L’établissement en attendait 255. Les neuf étaient tous des garçons ; aucune fille n’est venue.
Le pays attendait près de 31 millions d’élèves pour la rentrée du mardi 1er septembre 2026, dans 60 provinces éducationnelles. Cinq jours plus tard, les remontées de terrain dessinent une rentrée à deux vitesses, dont l’écart ne tient pas seulement à l’insécurité.
Quatre-vingt-trois élèves pour vingt-huit salles
Les chiffres relevés dans les établissements au cours de la première semaine se rangent en deux séries opposées.
- Mbanza-Ngungu, EP1 INERA Mvuazi : 9 élèves présents sur 255 attendus
- Kinshasa, EP Barumbu I : une quinzaine d’élèves le matin du 1er septembre
- Gemena, Institut Picot : 83 élèves le premier jour, pour 28 salles de classe
- Gemena, complexe privé Les Aiglons : plus de 365 élèves dès le premier jour
- Kananga, complexe La Renaissance : 298 salles de classe pour plus de 7 500 élèves, rouvert après cinq ans de réhabilitation
- Bunia, école Saint-Luc, site de déplacés de Kigonze : 1 100 élèves, plus de trois fois sa capacité
Un établissement privé de Gemena rassemble en une matinée quatre fois plus d’élèves qu’un institut public de la même ville doté de vingt-huit salles. À Bunia, une école de site de déplacés accueille trois fois sa capacité pendant qu’un établissement du Kongo Central ouvre pour neuf enfants.
Ce que dit le calendrier, et ce qu’il coûte
Le calendrier scolaire 2026-2027, signé à Kinshasa le 26 juin 2026 par le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, fixe un volume légal de 222 jours ouvrables au primaire, au secondaire et au technique, et de 192 jours au maternel, « totalisant ainsi le minimum de 900 heures de présence effective à l’école ». Il s’appuie sur les articles 21 et 84 de la loi-cadre n° 14/004 du 11 février 2014 de l’enseignement national.
Ces 222 jours ne se rattrapent pas. Le premier trimestre du primaire court du 1er septembre au 22 décembre 2026 et compte 94 jours. Chaque semaine perdue en début d’année est une semaine soustraite au volume légal, dans un calendrier dont les dates d’examens sont déjà fixées : l’ENAFEP les 8 et 9 juin 2027, le TENASOSP les 3 et 4 juin, la session ordinaire de l’Examen d’État du 21 au 24 juin.
L’inspecteur général de l’Éducation nationale, Hubert Kimboza, avait rappelé l’obligation la veille de la rentrée : « Le calendrier scolaire nous oblige à ouvrir les portes des écoles ce mardi 1er septembre 2026 à 7 heures. »
« Ils font passer d’abord la première semaine »
Sur le terrain, les responsables décrivent un décalage devenu coutumier. Le directeur de l’EP1 INERA Mvuazi le formule sans détour : « Nous sommes là avec les enseignants, mais il n’y a aucun élève jusque-là. C’est devenu une coutume, ils font passer d’abord la première semaine et ils surprennent les gens la semaine suivante. On les voit inonder l’école le lundi d’après. »
Une inspectrice de la même circonscription, Esther Kitala, en tire un appel aux parents : « Nous demandons à ce que les parents nous envoient les enfants, même avec les vieux uniformes, ils peuvent toujours venir étudier. Les enseignants les attendent, ils sont là jusqu’à 12h50. Ils ont préparé des matières, parce que le nombre des jours requis pour une année scolaire est fixé et ne change pas. »
À Kinshasa, un enseignant de l’EP Barumbu I dresse le même constat : « L’esprit du calendrier est là, il a été prévu que les enfants rentrent le 1er septembre. Les enseignants et tout le monde sont là, nous sommes là, sauf que la rentrée est trop timide : ce matin, nous n’avons enregistré qu’une quinzaine d’élèves. »
L’uniforme, le cartable, et ce qui reste après
La phrase de l’inspectrice sur les vieux uniformes désigne la variable qui gouverne la présence en septembre. À Goma, deux semaines avant la rentrée, un commerçant du centre commercial de Birere décrivait un marché à l’arrêt : « Il y a peu de parents qui achètent. On a même diminué le prix de certains articles. Le cartable qu’on vendait à 25 dollars, vue la situation d’aujourd’hui, on est obligé de diminuer. On met ça à 10 dollars. »
Un cartable ramené de 25 à 10 dollars sans que la demande reparte mesure une contraction du pouvoir d’achat, pas une baisse de prix.
Le calendrier scolaire pose, en son point VII.2 consacré à l’égalité des chances, une règle claire : « Il est strictement interdit de refuser l’accès en classe aux élèves en difficulté de paiement des frais. » Le même document fixe deux phases d’inscriptions gratuites en classes de recrutement, du 7 au 11 juillet et du 20 au 25 août 2026.
Soixante-dix-huit cantines, trois par province
Le dispositif annoncé pour cette année comporte 78 cantines scolaires pilotes, soit trois par province, inscrites dans la Stratégie nationale d’alimentation scolaire 2025-2030. Le président de la République en a posé la première pierre d’une, à l’école primaire Sona Pangu de Kinshasa, le vendredi 4 septembre.
Soixante-dix-huit cantines pour près de 31 millions d’élèves : le rapport est de une pour environ 400 000. Le dispositif est présenté comme pilote.
À Kiwanja, au Nord-Kivu, le Programme alimentaire mondial a relancé les cantines après trois ans d’interruption. C’est le seul rétablissement de repas scolaires signalé cette semaine dans une zone affectée par le conflit.
Deux bidons d’eau par jour
À l’école Saint-Luc du site de déplacés de Kigonze, à Bunia, les reporters présents le 4 septembre ont compté près d’une centaine d’élèves dans certaines salles et jusqu’à quatre enfants par petit banc. L’établissement reçoit deux bidons d’eau par jour, puisés sur le site lui-même, qui est en pénurie. Il ne dispose ni de thermomètre frontal ni de gel hydroalcoolique, alors que des cas suspects et confirmés d’Ebola sont signalés sur le site.
Dix-huit sous-divisions éducationnelles classées à haut risque épidémique relèvent cette année d’un mécanisme d’enseignement à distance léger : feuilles de travail imprimées et distribuées, contenus diffusés par les radios locales et communautaires, écoles maintenues ouvertes comme points de service éducatif. La fréquence de distribution annoncée diffère selon les sources officielles, toutes les quatre semaines selon le ministère, toutes les deux semaines selon l’Agence congolaise de presse.
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