Économie Corridor de Lobito : ce que recouvre le milliard de dollars américain annoncé par l’ambassade
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Corridor de Lobito : ce que recouvre le milliard de dollars américain annoncé par l’ambassade

L'ambassade des États-Unis à Kinshasa présente le tronçon congolais comme soutenu par un milliard de dollars. Le document du DFC parle d'une lettre d'intérêt, pas d'un prêt.

Le corridor ferroviaire de Lobito reliant la RDC au port atlantique angolais.

Corridor de Lobito : ce que recouvre le milliard de dollars américain annoncé par l’ambassade
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 27 AOÛT 2026 - 14:36 WAT · 7 min de lecture

L’ambassade des États-Unis à Kinshasa a marqué par une réception la signature du contrat de concession du tronçon congolais du corridor de Lobito. Dans un message publié le 27 août 2026 sur son compte X, elle écrit : « Soutenu par un financement de 1 milliard de dollars du gouvernement américain, Mota-Engil est désormais prêt à réhabiliter la ligne ferroviaire du Corridor de Lobito, qui reliera les exportations congolaises aux États-Unis et au reste du monde. »

Ce milliard existe dans un document public. Il n’y a pas la forme que la formule suggère.

Une lettre d’intérêt, pas un prêt

Le chiffre vient d’un communiqué de la U.S. International Development Finance Corporation, l’agence américaine de financement du développement, publié le 5 décembre 2025. Le texte annonce une lettre d’intérêt avec Mota Engil Engenharia e Construção África pour la réhabilitation, l’exploitation et le transfert de la ligne Dilolo-Sakania. La phrase qui porte le montant est conditionnelle : « The project, which may seek up to $1 billion in DFC financing following full review, would connect to the Lobito Atlantic Railway in Angola. » Le projet, en français, pourrait solliciter jusqu’à un milliard de dollars de financement du DFC après examen complet.

Trois réserves tiennent dans cette seule phrase : pourrait solliciter, jusqu’à, après examen complet. Le communiqué qualifie d’ailleurs l’opération de projet proposé.

Le contraste avec le volet angolais est net. Pour la section entre le port de Lobito et la frontière congolaise, le DFC a signé le 17 décembre 2025 un prêt senior garanti de 553 millions de dollars sur quinze ans, au bénéfice de Lobito Atlantic Railway. Le bouclage financier a été annoncé le 3 juillet 2026 par l’Africa Finance Corporation, à 753 millions de dollars, en comptant 200 millions de la Banque de développement d’Afrique australe. Là, il y a un emprunteur, un instrument, un montant arrêté et une date de signature. Pour le tronçon congolais, aucun de ces quatre éléments n’a été rendu public.

Ce que l’administration américaine écrivait en juillet

Le 16 juillet 2026, après l’approbation du dossier par le Conseil des ministres congolais, le Bureau des affaires africaines du Département d’État publiait sur son compte X un message repris par l’ACP : « Nous espérons que la cérémonie de signature finale sera organisée au plus vite afin que la mise en œuvre puisse commencer, que le soutien de la DFC soit finalisé, et que les avantages de ce projet transformateur puissent se concrétiser. »

Six semaines séparent ce souhait de la formule de l’ambassade. Aucun document public ne rend compte de ce qui s’est passé entre les deux. Le conseil d’administration du DFC n’a annoncé aucune approbation pour la ligne Dilolo-Sakania, l’agence n’a publié aucune fiche de projet pour ce tronçon, et aucun accord de prêt n’a été rendu public.

Ce qui a été signé le 26 août

La signature a eu lieu le mercredi 26 août 2026 à Kinshasa, à la Cité de l’Union africaine, lors d’un point de presse en présence de Félix Tshisekedi et de son homologue angolais João Lourenço. Selon l’ACP, l’accord a été signé pour la partie congolaise par le vice-Premier ministre chargé des Transports, le ministre du Budget, celui des Finances et celui du Portefeuille. Le chef de l’État a présidé la cérémonie.

« Aujourd’hui, nous avons franchi une étape majeure avec la signature du contrat de concession relatif à la ligne ferroviaire Dilolo-Sakanya, composante essentielle du tronçon congolais de ce corridor stratégique », a déclaré Félix Tshisekedi. Il a ajouté, sur les garanties : « Ce contrat ne privatise pas la Société Nationale des Chemins de Fer du Congo. Il ne crée pas davantage un monopole ferroviaire. La ligne restera ouverte aux opérateurs qualifiés, dans des conditions transparentes, équitables et non discriminatoires. »

João Lourenço a resitué l’ensemble : « Le Corridor de Lobito n’appartient ni à l’Angola ni à la RDC. C’est un projet transnational qui apporte des bénéfices à tous les pays du continent et contribue également à l’économie mondiale. »

Deux chiffres pour un même chantier

Le compte rendu de la 95e réunion du Conseil des ministres, tenue le 31 juillet 2026, fixe la ligne Dilolo-Sakania à 1 004,5 kilomètres et estime le montant global du projet à 1,258 milliard de dollars, pour une concession de trente ans et une capacité portée à terme à 13,7 millions de tonnes par an.

Le communiqué que Mota-Engil a adressé au marché le 26 août depuis Porto donne d’autres nombres : une section d’environ 1 037 kilomètres et, sur la durée de la concession, un investissement total qui « is expected to amount to approximately USD 1.8 billion ». L’écart avec le chiffre du Conseil des ministres atteint 43 %. Aucune source officielle ne rapproche les deux montants.

Du côté congolais, l’État prend au moins 10 % du capital de la société de projet et perçoit une redevance de concession de 7,5 % du chiffre d’affaires annuel brut, sans garantie souveraine ni garantie de revenu minimum.

L’entreprise, et son deuxième actionnaire

Mota-Engil est un groupe portugais coté à Euronext Lisbonne, dont la filiale Mota-Engil Africa a signé le contrat congolais. Sa présentation institutionnelle donne, au 30 avril 2026, la répartition de son capital : 40,32 % à la holding de la famille Mota et 31 % à China Communications Construction Company, un conglomérat public chinois entré au capital en 2021.

Le corridor congolais est ainsi confié à une entreprise dont le deuxième actionnaire est chinois, dans un dispositif que Washington présente comme un instrument de sécurisation de ses propres approvisionnements.

Le cadre diplomatique

Le corridor est nommément inscrit dans l’accord de partenariat stratégique signé entre les États-Unis et la RDC le 4 décembre 2025. Son préambule salue l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda conclu à Washington le 27 juin 2025, puis énonce : « Recognizing the Sakania-Lobito Corridor as a strategic infrastructure project for the Parties that connects the Democratic Republic of the Congo to the Atlantic Ocean. » Le même texte reconnaît l’intérêt américain à bâtir des chaînes d’approvisionnement sûres et durables en minerais critiques.

Le message du 27 août reprend cette logique en la nommant : un accès sécurisé aux minerais critiques le long du corridor renforce, écrit l’ambassade, la sécurité économique et nationale des États-Unis.

Ian J. McCary, qui a organisé la réception, est chargé d’affaires à Kinshasa depuis le 20 janvier 2026. Le poste d’ambassadeur des États-Unis en République démocratique du Congo est vacant, selon le rapport du Département d’État sur les affectations d’ambassadeurs publié en août 2026.

Ce qui reste à établir

Le texte du contrat de concession et celui de la convention de collaboration n’ont pas été publiés. Le nom des quatre ministres signataires n’a pas été communiqué par l’ACP. Et le DFC n’a pas indiqué où en est l’examen ouvert par sa lettre d’intérêt de décembre 2025. BETO a sollicité l’ambassade des États-Unis à Kinshasa sur ce point.

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B
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