Riposte Ebola : douze attaques recensées par l’OMS depuis le 17 mai, huit incendies de structures documentés
L'Organisation mondiale de la santé recense douze attaques contre les soins de santé depuis le 17 mai. Les rapports de situation congolais, l'ACP et Radio Okapi permettent d'en dater huit incendies volontaires de structures.
Riposte Ebola : douze attaques recensées par l’OMS depuis le 17 mai, huit incendies de structures documentés
AFP
L’Organisation mondiale de la santé a écrit le 14 août, dans son point épidémiologique sur l’épidémie de maladie à virus Ebola Bundibugyo : « Since the declaration of the Ebola public health emergency of international concern (PHEIC) on 17 May 2026, 12 attacks on health care have been recorded, with additional reports under verification. » Douze attaques contre les soins de santé recensées depuis la déclaration de l’urgence de portée internationale, d’autres signalements restant à vérifier.
Les rapports de situation de l’Institut national de santé publique, les dépêches de l’Agence congolaise de presse et les comptes rendus de Radio Okapi permettent de dater huit incendies volontaires de structures ou d’installations de la riposte entre le 21 mai et le 18 août, auxquels s’ajoutent l’incendie d’une ambulance et une tentative déjouée. Au moins douze véhicules de la riposte ont été touchés, dont quatre ambulances.
Huit incendies en trois mois
Le premier incendie est celui du centre d’isolement de l’hôpital général de référence de Rwampara, à la périphérie sud-ouest de Bunia, le 21 mai en milieu de journée. Deux tentes montées par une organisation médicale ont brûlé, un corps calciné a été retrouvé, plusieurs malades ont fui et un agent a été blessé par un jet de pierres. La police a tiré des coups de sommation.
Dans la nuit du 22 au 23 mai, vers 23 heures, les tentes d’isolement construites avec l’appui de Médecins sans frontières à l’hôpital général de référence de Mongbwalu, dans le territoire de Djugu, ont brûlé. Treize malades sur vingt-huit ont fui. Le 25 mai, le porte-parole du gouverneur militaire de l’Ituri, le lieutenant Jules Ngongo, déclarait : « Nous instruisons, au nom du gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya N’kashama, les services compétents de poursuivre toutes ces personnes et de les arrêter, car elles sont déjà identifiées. » Il ajoutait : « N’attaquez pas les structures sanitaires et ne cherchez pas à récupérer les corps. »
Le 30 juin, à Bafwabango, au point kilométrique 51 de la zone de santé de Nia-Nia, dans le territoire de Mambasa, un centre de traitement a été incendié après un refus de remise d’un corps. Le médecin chef de zone, le docteur Joseph Pemanakue, décrivait le lendemain : « Le centre incendié hébergeait deux patients confirmés positifs à Ebola ainsi que sept cas suspects. Les neuf patients ont fui la structure et demeurent introuvables, faisant craindre une propagation accrue de l’épidémie au sein de la communauté. » Dix jours plus tard, le rapport de situation du 10 juillet notait que le centre de santé du même point kilométrique avait été saccagé « pour la deuxième fois », et que les activités de riposte y étaient suspendues.
Dans la nuit du 6 au 7 juillet, la chambre d’isolement des cas suspects de l’hôpital général de référence de Kitatumba, à Butembo, a été incendiée après l’agression à l’arme blanche du policier de garde. Des équipements médicaux ont été détruits et les forces de sécurité ont maîtrisé le feu. Un couteau, un bidon de cinq litres d’essence et des allumettes ont été retrouvés sur place. Radio Okapi rapporte que l’attaque a été menée par des hommes armés présumés appartenir aux groupes Wazalendo. Les services de sécurité ont annoncé l’ouverture d’une enquête. Aucun résultat n’a été rendu public.
Butembo a connu trois autres incendies. Le poste de santé Zawadi Mapendo, dans la commune de Bulengera, le 27 juillet, sur fond de rumeur accusant un agent d’infecter ses patients. Le centre hospitalier Crinovic, à Kavikene, dans la nuit du 28 au 29 juillet, après une accusation portée contre son directeur. Le centre hospitalier Bora Maisha, au quartier Mukalangirwa, dans la nuit du lundi 17 au mardi 18 août. Un infirmier de cet établissement, Philémon Kakule, racontait : « C’est la nuit de lundi au mardi que les assaillants sont venus et ont brûlé la structure. Les prestataires des soins ont tous fui. Il y avait un cas d’Ebola qui a été confirmé dans notre structure et comme la population environnante n’a pas encore pris conscience de l’existence de la maladie, il y a eu avant des incompréhensions. Un de nos trois bâtiments actifs a été complètement incendié avec tous les matériels de notre laboratoire et les patients ont tous fui. »
Le huitième incendie a visé un point de contrôle en construction à l’entrée nord de Bunia, dans la nuit du 28 au 29 juin.
Quatre de ces huit incendies ont visé Butembo. La zone de santé de cette ville affiche la létalité la plus élevée du pays, 85,6 %, devant Beni à 75,8 % et Katwa à 68,1 %, quand Bunia est à 29,8 %. Les violences ne vont pas toutes dans le même sens : les rapports de situation des 6 et 7 juin consignent un infirmier tué par un militaire à Mungbere.
Les équipes d’enterrement, cible constante
Les équipes chargées des enterrements dignes et sécurisés reviennent dans presque tous les rapports. Le 1er juin vers 15 heures, au cimetière de Nyamurongo, quartier Simbilyabo à Bunia, des secouristes de la Croix-Rouge ont été passés à tabac et un cercueil ouvert de force. Insecurity Insight date le même incident du 30 mai. Le rapport du 2 juin compte cinq blessés, Radio Okapi quatre grièvement blessés, et une personne ayant touché la dépouille a été placée en quarantaine. Le 7 juin, au même cimetière, deux personnes ont été grièvement blessées et deux véhicules endommagés.
Le 1er juin, à Katana, dans le territoire de Kabare au Sud-Kivu, une équipe a été attaquée, le cercueil abandonné et le corps manipulé par la communauté. Le 15 juillet, à Musenze au Nord-Kivu, une équipe transportant un corps a été attaquée. Le 16 juillet, au pont Muchanga, sur le retour du cimetière de Nyamurongo, une équipe a été attaquée ; cet incident figure au tableau des défis de tous les rapports de situation publiés du 16 juillet au 4 août, puis disparaît. Le 31 juillet, au quartier Kyaghala à Butembo, des jeunes ont ouvert un cercueil et manipulé le corps. Le 18 août à Isiro, dans le Haut-Uélé, deux volontaires secouristes ont été hospitalisés après avoir été agressés par la famille d’un défunt, et deux véhicules saccagés. Le président de la Croix-Rouge du Haut-Uélé, Coco Abome, déclarait le lendemain : « Je déplore l’incident survenu hier, là où nous avions risqué de perdre deux secouristes, ils ont été agressés corporellement par les membres de la famille du défunt, les deux volontaires secouristes sont en train de suivre les soins à la clinique universitaire et doivent passer pour les examens de la radiographie et poursuivre d’autres soins appropriés. »
L’évêque du diocèse de Butembo-Beni, monseigneur Melchisédech Sikuli Paluku, s’adressait le 16 août à ceux qui reprennent les corps : « Qu’est-ce qu’ils cherchent avec les corps ? Qu’est-ce qu’on veut avoir ? Il serait plus cohérent si, après cela, ils restent dans leur maison et qu’ils n’aillent pas dans les familles amener la maladie là-bas. »
Le rapport de situation du 7 août compte six enterrements dignes et sécurisés non réalisés en Ituri, à Aru, Mangala et Mandima, un échec au Nord-Kivu au centre de traitement de Kitatumba, et un corps emporté par sa famille à Isiro.
Trois ambulances à Kandoy, une détruite
Le 17 août au soir, à Kandoy, dans le secteur de Ndo, territoire d’Aru, zone de santé de Biringi. Un convoi venu chercher deux cas suspects a été pris à partie par des motards. La médecin chef de la zone de santé, le docteur Cléopâtre Tumba, en donnait le bilan : « La situation qui s’est passée à Kandoy, l’acte de vandalisme est déplorable par rapport non seulement à la structure sanitaire, mais aussi aux engins roulants dont trois ambulances, deux ont été caillassées et une ambulance a été totalement incendiée et actuellement hors d’usage. » Elle ajoutait : « Mais il y a aussi eu des blessés, dont la plupart des cas sont des Ougandais. Tous les malades qui étaient dans la structure sanitaire vandalisée se retrouvent actuellement dans la cité suite à cet acte. »
Le président de l’Union nationale des associations culturelles pour le développement de l’Ituri, Michel Meta, demandait le 19 août : « Nous avons voulu que les auteurs de ce désordre soient arrêtés et que l’administrateur du territoire d’Aru se mobilise pour que ces jeunes qui ont créé beaucoup de dégâts contre la riposte en territoire d’Aru, précisément dans la zone de santé de Biringi soient tous interpellés. »
Le 1er août, au quartier Cité Belge, dans la commune de Bungulu à Beni, une ambulance transportant une patiente suspecte a été caillassée et le chantier du nouveau centre de traitement visé par une tentative d’incendie. Le chargé de communication de la coordination de la riposte à Beni, Philémon Kambale, en tirait les conséquences : « Ces manifestants sont venus jusqu’au nouveau centre de traitement en construction avec l’intention de l’incendier. Cela nous a poussés à suspendre toutes les activités sur le chantier et à renvoyer les travailleurs à la maison pour éviter le pire. »
Trois décomptes, trois périmètres
Les totaux disponibles ne se recouvrent pas. L’Organisation mondiale de la santé en compte douze depuis le 17 mai, selon la définition de son système de surveillance des attaques contre les soins de santé. Le responsable de la riposte, le docteur Akilimali, en comptait quatre au 18 juillet, mais pour les seuls centres de traitement et pour la seule Ituri : « Depuis le début de cette épidémie, quatre centres de traitement Ebola ont été victimes d’attaques. Ces incidents ont perturbé la prise en charge des patients et exposé les prestataires ainsi que nos partenaires à de graves risques sécuritaires. » Il ajoutait : « La santé ne doit pas être prise en otage par les conflits ou les considérations politiques. »
L’organisation de données Insecurity Insight, qui alimente le Humanitarian Data Exchange, en compte trente-cinq entre le 21 mai et le 4 août, dont onze visant des centres de traitement, cinq incendies volontaires, neuf agents blessés et douze enlevés. Son décompte inclut les grèves de prestataires et les blocages, que l’organisation mondiale ne retient pas. Son propre total varie d’un rapport à l’autre : entre deux publications successives, le nombre d’attaques passe de vingt-neuf à trente-cinq tandis que le nombre de centres de traitement attaqués recule de treize à onze et celui des incendies de huit à cinq.
À Butembo, une organisation locale de défense des droits humains, le Réseau pour les droits de l’homme, avançait le 12 août par la voix de son coordinateur Muhindo Wasivinywa : « Plusieurs incidents d’agressions des agents et incendies des structures sanitaires sont enregistrés presque chaque jour en ville de Butembo. Quatre structures sanitaires ont été incendiées et plus de sept tentatives empêchées. »
Aucune institution congolaise ni onusienne ne publie de bilan humain consolidé de ces attaques. Le seul décompte disponible est celui d’Insecurity Insight, neuf agents blessés et douze enlevés au 4 août. L’organisation mondiale recense au 9 août 155 infections confirmées et 45 décès chez les agents de santé, mais ce chiffre relève de la transmission du virus, non des violences.
Ce que la désaffection coûte aux soins ordinaires
Le Fonds des Nations unies pour l’enfance a chiffré le 6 août l’effet sur le recours aux soins, sur les données d’avril à juin. L’utilisation des services de santé essentiels recule de 42 % dans les principaux foyers, Bunia, Mongbwalu, Nizi et Rwampara, et de 13 % à l’échelle de l’Ituri. La première dose du vaccin contre la rougeole chute de 69 % à Mongbwalu. Les accouchements assistés en établissement reculent de 38 % à Bunia, 30 % à Rwampara et 70 % à Nizi. Les premières consultations prénatales baissent d’environ 28 % dans ces trois zones. Plus de trois cents enfants sont morts de la maladie. Le représentant de l’organisation, John Agbor, écrivait : « Les données suggèrent que la crainte de l’infection, combinée aux perturbations des services, dissuade de nombreux enfants et leurs familles de se faire soigner. »
Le rapport de situation du 15 août compte 2 187 refus de dépistage au Nord-Kivu, soit 2,78 % des personnes présentées, contre 2 018 le 10 août. Il recense quatorze incidents communautaires au Nord-Kivu, tous non résolus et tous dans la zone de santé de Musienene, dix-sept aires de santé identifiées comme zones à problèmes, et des refus d’enterrement digne et sécurisé dans deux aires de santé du Haut-Uélé, avec un corps retiré par la communauté à Tuluba. Le bulletin d’analyse des tendances infodémiques du centre d’opérations d’urgence, pour la semaine du 1er au 8 août, cote le risque infodémique comme critique en Ituri et élevé à Kinshasa, au Nord-Kivu et au Bas-Uélé.
Un dispositif de protection, et une task force armée
La mission onusienne a déployé une base opérationnelle mobile à Mongbwalu à partir du 4 juin, et une autre à Marabo, dans le territoire d’Irumu, après les violences de Nyankunde du 15 juillet. Le rapport du 15 août signale que la sécurité du point de contrôle situé à la limite entre l’Ituri et le Haut-Uélé, à Nia-Nia, a été renforcée avec l’appui de la 32e région militaire. Le rapport du 12 août porte au tableau des défis la « non-prise en charge des éléments de police affectés aux CTE de Katwa et de Kitatumba ». Ceux des 14 et 15 août reprennent la même difficulté dans d’autres termes.
Le 10 août, à Butembo, une task force a été constituée par des Volontaires pour la défense de la patrie et des leaders de groupes de pression, structurée autour du conseiller du gouverneur chargé des relations avec la société civile. Le porte-parole adjoint de la synergie des Wazalendo du Grand Nord, Guy Ngabo, annonçait le 11 août à l’Agence congolaise de presse : « Toutes ces personnes dangereuses, dont les images circulent sur les réseaux sociaux en train de manipuler des corps contaminés, doivent se mettre d’elles-mêmes en quarantaine. Dans le cas contraire, si nous les croisons en circulation dans la communauté, nous les contraindrons, de gré ou de force, à l’isolement. »
Une seule vague d’interpellations a été rendue publique en trois mois : le 11 juin, la police annonçait à l’Agence congolaise de presse l’arrestation de cinq personnes soupçonnées d’avoir séquestré un médecin de la riposte au village Toutou, dans la zone de santé de Rwampara. Le gouverneur militaire de l’Ituri avait ordonné des poursuites le 25 mai. La procureure générale près la Cour d’appel de l’Ituri, Edoxy Maswama, a instruit ses magistrats en juin de poursuivre toute personne diffusant de fausses informations ou entravant la riposte. Le maire de Beni, Jacob Nyofondo Te Kodale, annonçait le 20 juin : « Je mets en garde toute personne ou tout groupe d’individus qui tentera d’empêcher les équipes de la riposte d’exercer leurs activités. La police est instruite de l’arrêter et de le traduire en justice. » Aucune audience ni condamnation liée à ces attaques n’a été rendue publique.
Deux des huit incendies ne figurent dans aucun rapport de situation congolais, ni avant ni après : celui du poste de santé Zawadi Mapendo, le 27 juillet, et celui du centre hospitalier Crinovic, dans la nuit du 28 au 29 juillet, tous deux à Butembo.
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