Sécurité & Défense Mbororo : l’identification s’étend à trois provinces, et le formulaire recense les armes

Mbororo : l’identification s’étend à trois provinces, et le formulaire recense les armes

Jacquemain Shabani annonce la poursuite de l'opération dans le Haut-Uélé, le Nord-Ubangi et le Bas-Uélé. Le formulaire validé collecte l'identité, les liens avec la RDC, les armes et le bétail.

Mbororo : l’identification s’étend à trois provinces, et le formulaire recense les armes
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 31 AOÛT 2026 - 13:11 WAT · 4 min de lecture

L’opération se poursuit dans trois provinces. Le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani, a annoncé que l’identification des éleveurs transhumants communément appelés Mbororo se déroule dans le Haut-Uélé, le Nord-Ubangi et le Bas-Uélé.

Elle est conduite par une commission interministérielle, avec l’implication des autorités provinciales et locales. L’objectif énoncé est de doter l’État de données fiables sur « leur présence, origines, localisations et les itinéraires empruntés par les troupeaux ».

Ce que le formulaire enregistre

Le contenu de la collecte en dit plus long que ses objectifs. Le formulaire validé par la commission interministérielle prévoit de recueillir les données relatives à l’identité des migrants, à leurs liens avec la République démocratique du Congo, ainsi qu’aux armes et au bétail.

Ces deux derniers items déplacent la nature de l’exercice. Recenser des troupeaux relève du dénombrement agricole. Recenser des armes relève de la cartographie sécuritaire. L’opération n’est donc pas un simple comptage de population, mais un état des lieux de ce qui circule avec elle.

La méthode a été rodée au Nord-Ubangi. Le 17 août à Gbadolite, quarante identificateurs y ont achevé leur formation, sous la supervision du général de brigade Déo Baleke, envoyé de Kinshasa. Ils utilisent KoboCollect, un outil numérique de collecte de données, et ont été formés au code de conduite de l’agent public de l’État, issu du décret-loi n° 017/2002 du 3 octobre 2002, dont les formateurs ont rappelé les principes d’impartialité, de respect de la dignité humaine et de confidentialité.

Une frontière de 1 100 kilomètres

Parmi les finalités énumérées par le vice-Premier ministre figure la prévention des entrées sur le territoire. Cet objectif se heurte à une donnée géographique connue : la frontière entre la RDC et la Centrafrique s’étend sur 1 100 kilomètres. Deux mémorandums ont été signés en août avec Bangui, l’un sur la formation, l’autre sur le renseignement militaire, en application d’un accord de coopération conclu en octobre 2024.

La dimension régionale du dossier est établie depuis longtemps. En juin 2025, le président de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, Gilberto da Piedade Verissimo, alertait à Kinshasa : « Depuis quelque temps, la transhumance est utilisée dans notre sous-région à des fins criminelles, notamment le trafic d’armes. » Un sommet régional sur la transhumance à risques était alors annoncé sur le sol congolais.

Un terrain où la violence a circulé dans les deux sens

L’identification intervient dans des territoires marqués par des affrontements répétés. Les archives de BETO en gardent les deux versants. L’armée a annoncé vouloir passer à l’offensive contre des éleveurs détenteurs illégaux d’armes de guerre, et un militaire a été tué dans une embuscade attribuée à des présumés Mbororo à Ndorezi. Dans l’autre sens, la population d’Ango, dans le Bas-Uélé, a incendié un camp d’éleveurs, et un ultimatum de trois jours leur avait été signifié pour quitter la zone.

C’est ce que le vice-Premier ministre désigne par « les conflits liés à la transhumance » et par la nécessité de « préserver la cohabitation entre les communautés ». Il y ajoute la préservation de l’environnement et le renforcement de la gouvernance de la mobilité du bétail. « Dans nos territoires, la sécurité de nos populations passe aussi par une meilleure connaissance des réalités du terrain pour une action coordonnée de l’État », écrit-il.

Quatre éléments manquent pour mesurer la portée de cette opération. Le nombre de personnes déjà identifiées dans les trois provinces n’a pas été communiqué. Aucun calendrier d’achèvement n’a été rendu public. La composition et la base juridique de la commission interministérielle n’ont pas été publiées. Et rien n’a été dit de ce qui suivra l’identification : régularisation, cantonnement, reconduite à la frontière ou encadrement de la transhumance, ce sont quatre suites possibles, et aucune n’a été annoncée.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…