Après le crash de Walikale : ce que l’aviation congolaise dit d’elle-même
Les sources divergent sur l'identité du survivant et sur la destination du vol accidenté le 24 juillet. Cette confusion en dit long : tous les transporteurs congolais restent interdits dans l'espace européen pour carences de surveillance, et aucun rapport d'enquête technique n'est publié.
Photo d'archive
AFP
Quatre jours après le crash du Let L-410 de Tracep Aviation dans le territoire de Walikale, les informations disponibles sur ce vol divergent selon les sources. La presse congolaise, citant une source proche de l’aviation, indique que le commandant de bord a survécu et que le copilote est mort. Les bases de données spécialisées de sécurité aérienne rapportent l’inverse. Sur la destination, la presse locale évoque le territoire de Shabunda, quand la fiche technique de l’appareil mentionne un vol de Beni vers Kasongo.
Ces écarts ne sont pas anecdotiques. Ils mesurent l’absence d’une source officielle unique dans les heures qui suivent un accident, alors que le déroulé est documenté avec précision par des bases étrangères. La fiche technique de l’appareil est formelle : « A Tracep Aviation Let L-410, registration 7Q-GMR performing a flight from Beni to Kasongo (DR Congo), had departed Beni at 12:11L ». L’équipage a signalé une panne moteur environ dix minutes après le décollage, et l’épave a été localisée dans la zone de Kamaninge, près du village de Buruko.
Cet accident s’inscrit dans un cadre réglementaire qui n’a pas bougé depuis des années. Tous les transporteurs aériens certifiés en République démocratique du Congo sont interdits d’exploitation dans l’espace aérien de l’Union européenne. L’interdiction ne vise pas telle ou telle compagnie pour une faute précise : elle frappe en bloc les transporteurs d’un État dont l’autorité de l’aviation civile est jugée incapable d’exercer une surveillance suffisante, ce que Bruxelles qualifie de « carences graves dans la surveillance de la sécurité ».
La RDC fait partie des seize États concernés par ce régime collectif. Au total, 154 transporteurs figuraient sur la liste de sécurité aérienne européenne en juin 2026, dont 126 au titre de cette inscription en bloc, après un pic à 169 en début d’année. La liste est réexaminée tous les trois mois, ce qui signifie qu’une sortie est techniquement possible à chaque révision, à condition que l’autorité nationale démontre sa capacité de contrôle. Le pays avait d’ailleurs été retiré de la zone rouge de la sûreté aérienne internationale, distinction qui porte sur la sûreté et non sur la sécurité des vols.
Le point que le crash de Walikale met en lumière est précisément là. Une interdiction fondée sur la surveillance se lève par des preuves de surveillance : certification des opérateurs, contrôle de la navigabilité, formation des inspecteurs, et publication des rapports d’enquête après chaque accident. Or aucun rapport d’enquête technique n’a été rendu public en RDC pour les accidents récents, et l’accident du 24 juillet n’a donné lieu, à ce stade, qu’à des déclarations de sources non identifiées.
Tant que les circonstances d’un accident sont établies par des bases de données étrangères plutôt que par une commission nationale, le pays reste dans la catégorie des seize États frappés en bloc. La sortie de la liste ne se joue pas à Bruxelles à la prochaine révision trimestrielle, elle se joue dans la publication d’un rapport sur le vol du 24 juillet.
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