Société Tribune. Le peuple que rien n’abat

Tribune. Le peuple que rien n’abat

Entre la qualification des Léopards à la Coupe du monde, la guerre à l'Est et le retour d'Ebola, le Congo reste debout. Tribune signée Litsani Choukran sur la résilience d'un peuple condamné à lutter pour exister.

La Rédaction
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22 juin 2026 à 22h06
Tribune. Le peuple que rien n’abat

Être congolais, ce n’est pas seulement appartenir à une nation. C’est porter une mémoire de feu, une pédagogie de l’épreuve, une vocation presque biblique à traverser la douleur sans jamais déposer les armes de l’espérance. Le destin de ce pays paraît avoir été gravé dans une pierre sévère : ici, rien n’est offert. Tout se conquiert. Tout s’arrache. Et souvent, il nous faut combattre deux fois plus pour recevoir à peine la moitié de ce que d’autres obtiennent sans lutte.

Pourtant, de cette injustice répétée est née une espèce humaine particulière : le Congolais. Résistant par nécessité. Debout par devoir. Vivant par défi.

Notre qualification à la Coupe du monde restera, dans l’histoire des peuples, comme bien plus qu’un exploit sportif. Elle fut une parabole nationale. Une fresque de résilience. Un hymne vivant à la survie et au triomphe.

Nous nous souvenons encore du froid qui s’abattit sur le Stade des Martyrs lorsque nos frères sénégalais vinrent nous rappeler la cruauté du très haut niveau. Nous nous souvenons de Goma meurtrie, de Bukavu ensanglantée, des colonnes de déplacés, des milliers de jeunes Congolais tombés les armes à la main pour empêcher que leur patrie ne disparaisse dans les ténèbres de l’occupation. Pendant que le pays enterrait ses fils, beaucoup pensaient que les Léopards tomberaient avec lui.

Mais le Congo possède un secret que le monde comprend mal : plus la nuit devient profonde, plus il fabrique de lumière.

Alors commença le long chemin de la croix. Les Léopards partirent au Maroc comme on monte vers le Golgotha : sans privilège, sans faveur, sans promesse. Ils affrontèrent successivement les géants du continent. Le Nigeria immense. Le Cameroun indomptable. Des nations données victorieuses avant même le premier coup de sifflet. Et pourtant, là où personne n’accordait au Congo la moindre possibilité, les fils du fleuve renversèrent les pronostics. Non par miracle. Mais par caractère. Par faim. Par refus absolu de capituler.

Et pendant ce temps, à l’Est, l’armée nationale tenait. Rejointe par les Wazalendo, enfants anonymes d’une République qui refuse de mourir. L’arrogance de ceux qui se voyaient déjà à Kalemie, puis à Kinshasa, s’effondra dans ses propres illusions. Les certitudes de conquête devinrent des lamentations densément peuplées. Pour une fois, l’histoire avait changé de camp. Rapidement. Brutalement. Presque divinement.

De Rubaya à Guadalajara, un même symbole traversait désormais le monde : celui d’un peuple qui refuse de se coucher. La Jamaïque ne pouvait rien contre cela. Car on ne joue pas seulement contre onze hommes lorsque l’on affronte le Congo. On joue contre une mémoire collective de souffrance, contre une nation qui a appris à transformer chaque blessure en énergie vitale. Nous étions qualifiés. Enfin.

Mais même dans la victoire, notre destinée semblait refuser de nous laisser respirer. Alors qu’approchait la célébration, Ebola surgit à nouveau. Comme si l’épreuve poursuivait inlassablement ce peuple jusque dans ses moments de gloire. Une équipe héroïque montrée du doigt. Soupçonnée. Placée sous quarantaine. Encore une fois, le Congo devait avancer avec le poids du malheur attaché à ses épaules.

Mais ceux qui connaissent le ventre profond du Congo savent déjà ce qu’il faut faire lorsque tout vacille : lutter. Toujours lutter. Se battre encore. Et ne jamais capituler. Car telle est notre vocation historique. Transformer l’épreuve en école. Transformer la douleur en conscience. Transformer les cicatrices en force collective.

Comme face à tous les malheurs qui ont tenté d’ensevelir cette terre, nous triompherons encore. Non parce que le chemin sera facile. Non parce que le monde nous fera des cadeaux. Mais parce qu’au fond de notre âme nationale subsiste une vérité invincible : le Congo tombe parfois, mais il ne renonce jamais.

Alors, où que vous soyez. Quel que soit votre camp, votre langue, votre province, votre combat ou votre histoire. Souvenez-vous. N’oubliez jamais.

Le salut du Congo ne viendra ni de la division, ni du renoncement solitaire. C’est ensemble que nous traverserons les tempêtes. Ensemble que nous relèverons notre nation. Ensemble que nous vaincrons.


Tribune signée Litsani Choukran. Les opinions exprimées dans cette tribune n’engagent que leur auteur.

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