Enrôlement des jeunes par le M23/AFC : Kinshasa exige une enquête « urgente » de l’ONU
L’enrôlement massif des jeunes par le M23
AFP
Le gouvernement congolais hausse le ton contre Kigali. Dans une déclaration rendue publique ce jeudi 3 juillet, signée par la ministre des Droits humains, Chantal Chambu Mwavita, Kinshasa accuse l’armée rwandaise et ses alliés du M23/AFC de commettre de « graves violations du droit international humanitaire » dans les zones sous leur emprise.
Selon la ministre, les forces rwandaises et leurs supplétifs du M23/AFC continuent de perpétrer des exactions massives contre les civils. « Ces jeunes sont extorqués, menacés, séparés de leurs familles, et utilisés à des fins militaires comme boucliers humains, porteurs de munitions ou combattants de circonstance », a-t-elle dénoncé.
Face à cette situation alarmante, la ministre appelle la Commission des Nations Unies aux droits de l’homme à ouvrir une enquête urgente sur ces actes, qualifiés de « barbarie inacceptable ». Elle rappelle que ces pratiques violent non seulement le droit international humanitaire et la Constitution de la RDC, mais aussi plusieurs traités internationaux ratifiés par le pays, notamment la Convention relative aux droits de l’enfant.
Les faits documentés dressent un tableau accablant. Le samedi 28 juin, à Rubaya, une cité minière du territoire de Masisi, plus de 300 jeunes, dont de nombreux mineurs, ont été arrêtés lors d’un bouclage opéré par les éléments du M23/AFC, puis emmenés vers une destination inconnue.
Dans le groupement de Lugendo, en territoire de Kabare (Sud-Kivu), plus de vingt jeunes ont également été enlevés dans des circonstances similaires. Présentés ensuite publiquement dans la cité de Birava, lors d’un meeting des rebelles, ils ont été exhibés comme des « volontaires ayant rejoint la rébellion ».
« Cette mise en scène cynique ne peut dissimuler la réalité : il s’agit bel et bien de recrutements forcés, opérés en violation flagrante des droits fondamentaux des enfants et des jeunes congolais », a déploré la ministre.
Face à ces violations massives des droits humains, Chantal Chambu Mwavita a exhorté le gouvernement dirigé par la Première ministre Judith Suminwa à mobiliser toutes les institutions compétentes – judiciaires, sécuritaires, politiques et civiles – pour restaurer l’autorité de l’État et mettre fin à l’exploitation des jeunes par les groupes armés.
« En ma qualité de ministre des Droits humains, je réaffirme la détermination du gouvernement à protéger, restaurer et faire respecter la dignité, la sécurité et les droits de notre population. Nous agirons avec fermeté pour que la loi prévale et que justice soit rendue », a-t-elle assuré.
Mais cette volonté se heurte à une réalité préoccupante. Dans une correspondance adressée au Conseil des droits de l’homme, la mission d’enquête onusienne a alerté sur une grave crise financière entravant sa capacité à documenter les crimes commis en RDC. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) attribue cette impasse à des arriérés de contributions de plusieurs États membres, combinés à la baisse significative de l’aide américaine depuis l’ère Trump. Résultat : les opérations de terrain sont quasiment paralysées.
Silas MUNGINDA