Diplomatie Le Cabinet du président interdit à ses membres tout contact avec l’ambassade de Belgique

Le Cabinet du président interdit à ses membres tout contact avec l’ambassade de Belgique

Une note circulaire du 15 octobre 2026, signée du directeur de cabinet Anthony Nkinzo Kamole, interdit « jusqu’à nouvel ordre » tout contact direct ou indirect avec l’ambassade et son personnel. Elle intervient au lendemain des perquisitions de la justice belge.

Le Cabinet du président interdit à ses membres tout contact avec l’ambassade de Belgique
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 16 OCTOBRE 2026 - 10:42 WAT · 5 min de lecture

Les membres du Cabinet du président de la République ont interdiction de parler à l’ambassade de Belgique. C’est l’objet d’une note circulaire n° 26/004 du 15 octobre 2026, signée à Kinshasa par le directeur de cabinet Anthony Nkinzo Kamole, dont BETO a obtenu copie.

Le texte est bref et son dispositif tient en une phrase : « À dater de ce jour, il est demandé à l’ensemble des Membres du Cabinet du Président de la République, dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions, de s’abstenir, jusqu’à nouvel ordre, de tout contact direct ou indirect avec l’Ambassade du Royaume de Belgique en République Démocratique du Congo, ainsi qu’avec son personnel diplomatique et administratif. »

Qui est visé, et par quelle voie

La note s’adresse nommément aux directeurs de cabinet adjoints, aux conseillers spéciaux, aux coordonnateurs des services spécialisés, aux conseillers principaux et conseillers, aux responsables des services personnels et de l’Office privé du chef de l’État, et à « tous autres Membres du Cabinet ». Copie pour information est adressée au président de la République au Palais de la Nation et au secrétaire général près la Présidence.

Une soupape est prévue. « En cas de nécessité dûment justifiée, toute démarche ou communication devra être autorisée et exclusivement emprunter le canal officiel du Ministère des Affaires Etrangères, conformément aux usages diplomatiques et aux règles régissant les relations entre Etats. » Le manquement « exposera son auteur aux sanctions administratives et disciplinaires appropriées ».

Sur la forme, la note ne fait que rappeler une règle ordinaire : les États se parlent par leurs ministères des Affaires étrangères. Sur le fond, elle désigne une ambassade et une seule, et elle pose une interdiction assortie de sanctions. Ce n’est ni une rupture des relations diplomatiques, ni une expulsion, ni une déclaration de persona non grata. C’est une mesure interne à la Présidence, et c’est ce qui la rend inhabituelle.

La veille, la justice belge perquisitionnait

La note est datée du lendemain d’une opération judiciaire belge. Le mercredi 14 octobre 2026, le parquet fédéral belge a confirmé que plusieurs perquisitions avaient été menées simultanément à Bruxelles et dans plusieurs communes du Brabant flamand et du Brabant wallon, à des adresses liées au président Félix Tshisekedi et à des membres de sa famille. L’instruction est ouverte du chef de blanchiment, sur plainte déposée en juillet 2025 par des ONG du Katanga et d’anciens cadres de la Gécamines.

Le parquet fédéral n’a communiqué ni identités, ni montants, ni nombre de perquisitions, invoquant le secret de l’instruction et la présomption d’innocence. Aucune des personnes concernées n’est inculpée à ce stade. Le 15 octobre, l’épouse du chef de l’État, Denise Nyakeru, a fait savoir par ses avocats qu’elle s’étonnait de la perquisition menée à leur domicile familial en Belgique, qu’elle conteste fermement les griefs adressés à elle-même et à plusieurs membres de la famille, et qu’elle apportera son entière collaboration à la justice belge.

La note circulaire n’établit aucun lien avec cette affaire. Elle n’en donne d’ailleurs aucun motif.

Ce que Bruxelles avait fait trois semaines plus tôt

Un autre fait éclaire la séquence. Le 22 septembre 2026, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, le ministre belge des Affaires étrangères Maxime Prévot a annoncé le rétablissement des relations diplomatiques entre la Belgique et le Rwanda, rompues par Kigali en mars 2025 après les sanctions européennes liées à l’est du Congo. Bruxelles continue d’accuser Kigali de soutenir l’AFC/M23 et les sanctions restent en vigueur, mais la Belgique perdait là son statut d’allié exclusif de Kinshasa dans la région.

Le discours belge sur l’Est vise désormais les deux capitales : le soutien rwandais à l’AFC/M23 d’un côté, la coopération de l’armée congolaise avec des groupes armés de l’autre, FDLR comprises. Kinshasa, de son côté, réclame l’application intégrale de la résolution 2773 et refuse que le désarmement des FDLR soit posé en préalable au retrait rwandais.

Un précédent, et ce qu’il a coûté

Kinshasa a déjà frappé Bruxelles au point de contact. En janvier 2018, la RDC notifiait la fermeture de la Maison Schengen, le centre de visas que la Belgique opérait pour dix-sept États européens et la Norvège, et demandait à l’agence de développement Enabel d’en tirer les conséquences. Les vols de la compagnie belge avaient été réduits. La Maison Schengen est restée fermée environ un an, jusqu’à un accord technique signé à Kinshasa en février 2019, sous un autre président.

La mesure de 2018 visait un consulat et une agence de coopération. Celle du 15 octobre 2026 vise les agents congolais eux-mêmes. Et le précédent porte un avertissement de méthode : en 2018 déjà, la diplomatie belge avait indiqué ne pas avoir authentifié la note qui circulait.

Les silences

Au moment où nous écrivons, la Présidence congolaise n’a pas communiqué sur cette note, le ministère congolais des Affaires étrangères non plus. Du côté belge, ni l’ambassade à Kinshasa ni le service public fédéral des Affaires étrangères n’ont réagi, ni aux perquisitions, ni à la note. BETO a sollicité les deux parties.

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B
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