Économie Inga III : quinze ans d’études, des milliards promis, et pas une turbine de plus
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Inga III : quinze ans d’études, des milliards promis, et pas une turbine de plus

Un nouveau contrat d'études relance Inga III. Mais derrière les milliards promis et les bailleurs qui reviennent, le plus grand barrage du monde attend toujours sa première pierre.

Le Grand Inga | ©️ BBC
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 20 JUIN 2026 - 10:26 WAT · 3 min de lecture

Sur le fleuve Congo, à Inga, le débit pourrait alimenter une bonne partie de l’Afrique. Depuis quinze ans, il reste un potentiel sur le papier. Inga III, censé en capter une première part, n’a toujours pas posé sa première pierre. Les études, elles, s’empilent.

Une étude de plus vient d’être commandée. Selon Africa Intelligence, Kinshasa a confié au groupe américain AECOM un contrat de 4,7 millions de dollars, de gré à gré, pour relancer les études préparatoires : mise à jour des options techniques, évaluation de la demande électrique bancable, reconnaissances géologiques du site. BETO n’a pas confirmé ce contrat de façon indépendante. Le nom d’AECOM, lui, n’a rien d’inédit. Entre 2011 et 2013, le groupe avait déjà mené, avec le français EDF, l’étude EDIRA qui a servi de socle au lancement du Grand Inga. Douze ans plus tard, on recommence par une étude.

L’argent, pourtant, est revenu sur la table. En juin 2025, la Banque mondiale a approuvé une enveloppe d’un milliard de dollars pour le Programme de développement d’Inga 3, dont une première tranche de 250 millions. L’institution avait claqué la porte du projet en 2016, faute de garanties sur sa gouvernance. Son retour change l’échelle des moyens. Le coût du seul Inga III dépasse les dix milliards de dollars ; celui du Grand Inga, dans sa version maximale, approche les quatorze.

Le projet recouvre en réalité plusieurs barrages. Inga III, dans sa première phase dite Basse Chute, doit produire 4 800 mégawatts. Ce n’est qu’une marche. Le Grand Inga, pensé en sept phases, viserait une puissance qui ferait du site le plus grand complexe hydroélectrique du monde, devant le chinois des Trois-Gorges. L’Afrique du Sud, qui compte acheter 2 500 des 4 800 mégawatts de la première phase, en reste le client de référence. Sans acheteur garanti sur la durée, aucun bailleur ne signe.

Reste l’obstacle qui bloque tout, le choix du constructeur. En 2018, Kinshasa avait annoncé un accord avec un consortium unique, né de la fusion forcée de deux rivaux, le chinois China Three Gorges et l’espagnol ProInga, conduit par Cobra, filiale du groupe ACS. Marier deux concurrents par décret n’a jamais tenu, et la discorde sino-espagnole a gelé le dossier. L’arrivée plus récente de l’australien Fortescue, présenté un temps comme opérateur unique, a rebattu les cartes et tourné la page du monopole chinois noué sous Joseph Kabila. À chaque changement d’attelage, le compteur des études repart de zéro.

Pour la RDC, Inga n’est pas qu’un barrage. Le pays affiche l’un des taux d’accès à l’électricité les plus bas du continent, de l’ordre d’un habitant sur cinq. Dans le même temps, son sous-sol, premier producteur mondial de cobalt et premier producteur africain de cuivre, réclame une énergie abondante pour alimenter la transformation locale promise à chaque forum minier. Le lithium, les usines de batteries, la plaque tournante des minéraux critiques : tout cela suppose des mégawatts qu’Inga est censé fournir et que le réseau actuel n’a pas.

Le contrat confié à AECOM relance donc moins un barrage qu’un cycle. Celui des plans remis à jour, des bailleurs qui reviennent, des constructeurs qui changent, et d’un chantier qui attend. Entre l’ambition affichée et le béton coulé, Inga mesure, mégawatt après mégawatt jamais produit, la distance que la RDC n’a pas encore parcourue.

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B
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