Passeport léopard (4/12) : Jorthy Mokio, le choix du cœur contre la montre FIFA
Entré deux minutes sous le maillot belge en mars 2025, Jorthy Mokio, 18 ans, a choisi la RDC. « Une question de ressenti », dit le prodige de l'Ajax, désormais suspendu à l'horloge FIFA.
Le 20 mars 2025, à la 88e minute d’un match déjà perdu, un garçon de dix-sept ans est entré sur la pelouse sous le maillot de la Belgique. Ligue des Nations, barrage face à l’Ukraine, 3-1 pour les visiteurs, première soirée de Rudi Garcia sur le banc des Diables Rouges. Deux minutes de jeu, une feuille de match, et ce qui ressemblait au premier pas d’une carrière internationale toute tracée. Personne, ce soir-là, n’aurait parié que ces cent vingt secondes resteraient l’unique souvenir belge de Jorthy Mokio.
Un an plus tard, le médian de l’Ajax Amsterdam a tourné le dos aux Diables. Dans un entretien au quotidien néerlandais De Telegraaf, repris en mai 2026, il a annoncé qu’il défendrait désormais les couleurs de la République démocratique du Congo, le pays de ses parents. « J’ai choisi de suivre mon instinct et de me rendre disponible pour le Congo. J’espère donc pouvoir les représenter bientôt », a-t-il déclaré.
Rien, dans son parcours, ne poussait pourtant vers Kinshasa. Des U15 aux U21, Mokio a disputé vingt-deux rencontres avec les sélections belges. Il est un pur produit de la filière belge, celle qui l’a formé, sélectionné, montré. Mais il n’est pas le premier à la remonter à contre-courant. Noah Sadiki, Théo Bongonda, Ngal’ayel Mukau, Matthieu Epolo, Michel-Ange Balikwisha, Mario Stroeykens: tous ont porté le maillot des équipes d’âge belges avant de choisir la RDC. Une génération entière de fils du Congo, née et grandie en Belgique, qui a fini par écouter autre chose que la logique sportive.
Chez Mokio, cette autre chose porte un nom. « Avant tout une question de ressenti », a-t-il confié. « Ils ont déjà manifesté de l’intérêt, mais j’étais alors trop jeune pour faire un choix définitif. Avec le temps, mon attachement au pays de mes racines s’est renforcé. Je sens que le moment est venu de l’écouter et de donner une direction à mon projet. » Le vocabulaire n’est pas celui d’un calcul de carrière. C’est celui d’un retour.
Reste la montre. En montant au jeu ce soir de mars 2025, mineur et pour quelques minutes, Mokio a goûté à la sélection A belge. Le règlement de la FIFA impose, dans ce cas, un délai avant de valider un changement de nationalité sportive, une période d’attente qui pourrait courir jusqu’en 2028, sauf recours devant la FIFA ou le Tribunal arbitral du sport. Le prodige de l’Ajax le sait, et il l’assume sans forcer le trait. « La question demeure de savoir si cela sera possible, compte tenu du règlement », a-t-il glissé. « C’est formidable que le Congo ait réussi à se qualifier. Si c’est faisable et que je suis sélectionné, je serai bien sûr prêt. Et sinon, je soutiendrai l’équipe d’ici, avec les supporters. »
Son cas dit tout de la nouvelle bataille des Léopards. La RDC ne se contente plus d’attendre que ses binationaux frappent à la porte: elle va les chercher tôt, dans les académies et les sélections de jeunes d’Europe, et travaille à un statut particulier pour sa diaspora. Mokio, dix-huit ans, colosse polyvalent capable de tenir le milieu comme la charnière, est exactement le profil qu’un pays veut arracher avant qu’un autre maillot ne se referme.
La Belgique, elle, retiendra une entrée de jeu à la 88e minute et une soirée sans lendemain. Le Congo, s’il gagne sa course contre le calendrier, tiendra peut-être l’un des espoirs les plus cotés de sa génération. En attendant que l’horloge FIFA veuille bien tourner, Jorthy Mokio patiente, le regard déjà tourné vers un maillot qu’il n’a pas encore porté.
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