Sécurité & Défense Cessez-le-feu : Kinshasa envoie trois officiers des FARDC siéger au mécanisme de vérification à Goma

Cessez-le-feu : Kinshasa envoie trois officiers des FARDC siéger au mécanisme de vérification à Goma

Un véhicule transportant des militaires dans la ville de Goma au Nord-Kivu. Ph.droits tiers
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 14 JUILLET 2026 - 13:49 WAT · 5 min de lecture

Trois officiers de l’armée congolaise reprennent le chemin de Goma, mais cette fois sans armes. Selon un document du ministère de la Défense et des récits concordants sur les réseaux, des officiers des Forces armées de la RDC dépêchés de Kinshasa sont arrivés dans la capitale du Nord-Kivu, tenue par l’AFC/M23 depuis le début de 2025, pour représenter le gouvernement au sein du mécanisme chargé de suivre le cessez-le-feu. Leur voyage aurait été facilité par la Représentante spéciale adjointe des Nations unies, Vivian van de Perre. Une image encore rare, celle de militaires loyalistes se rendant en territoire rebelle au nom de la paix.

Le cadre de ce déplacement figure dans une lettre du vice-Premier ministre de la Défense, Guy Kabombo Muadiamvita, adressée le 2 juillet 2026 au chef de la Mission onusienne. Le ministre y remercie la MONUSCO pour sa disponibilité à transporter, par son vol du 13 juillet, trois officiers désignés par la partie congolaise comme membres du mécanisme, le lieutenant-colonel Ben Epule Cosmas, chef d’équipe, et les majors Lokuli Bofanda Fredy et Kitoko Dimonekene André. À l’heure de la publication, la MONUSCO n’a pas communiqué de son côté sur cette arrivée, qui reste donc attestée par le seul document ministériel.

La structure que ces officiers doivent rejoindre porte un nom technique, le mécanisme conjoint de vérification élargi, connu sous son sigle EJVM ou MCVE. Organe de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, il est chargé d’enquêter, avec l’accord des parties, sur les violations du cessez-le-feu et les mouvements de troupes, afin de prévenir l’escalade. Longtemps resté au ralenti, il a été redynamisé et surtout transformé dans sa version élargie, dite « plus », par un mémorandum d’entente signé en Suisse, à Montreux, en avril 2026. Sa nouveauté tient à l’intégration directe des deux camps, l’armée congolaise et l’AFC/M23 y siégeant désormais côte à côte.

Ce mécanisme est l’un des rares acquis concrets du processus de paix. Il découle des pourparlers de Doha, facilités par le Qatar, les États-Unis et l’Union africaine, et s’appuie sur la résolution 2808 du Conseil de sécurité, qui autorise la MONUSCO à soutenir la mise en œuvre du cessez-le-feu. La Mission onusienne a d’ailleurs matérialisé cet appui en juin, en dotant l’EJVM plus de nouveaux bureaux et d’équipements à Goma. « Un EJVM plus bien équipé sera plus fort, plus résilient et mieux à même de remplir son mandat essentiel, bâtir la confiance entre les parties par un suivi et une vérification impartiaux du cessez-le-feu », soulignait alors Gani Are, chef du bureau de la MONUSCO à Goma.

La portée du geste est d’abord symbolique. Que des officiers de l’armée congolaise se rendent à Goma pour y travailler aux côtés de l’ex-rébellion, du commandement du mécanisme et des facilitateurs internationaux matérialise un premier pas de mise en œuvre du volet vérification issu de Doha et de Montreux. Vivian van de Perre, qui avait atterri à Goma en février, premier vol onusien depuis la prise de la ville, prépare depuis lors ce dispositif de suivi. La coexistence, sur le terrain technique de la vérification, précède ici toute réconciliation politique.

La prudence reste néanmoins de mise, car le cessez-le-feu que ces officiers viennent surveiller continue d’être violé. À l’heure de leur déploiement, les combats entre l’AFC/M23 et les Wazalendo se poursuivaient dans le Masisi et le Kalehe, une accalmie n’ayant été observée qu’après trois jours d’affrontements, tandis que d’autres accrochages secouaient le Sud-Kivu. La MONUSCO a elle-même posé ses conditions pour un suivi crédible, l’arrêt des frappes de drones, la fin du brouillage des signaux GPS et la pleine liberté de mouvement de ses équipes. La Mission a réaffirmé « l’importance d’un mécanisme crédible, transparent et opérationnel de suivi et de vérification du cessez-le-feu », un objectif encore loin d’être atteint.

Le déplacement de ces trois hommes ne met donc pas fin à la guerre, et n’en constitue pas davantage la garantie. Il installe seulement, dans une ville sous contrôle rebelle, les rouages d’un mécanisme censé constater les violations plutôt que les empêcher. Entre l’espoir d’un suivi impartial et la réalité d’un front toujours actif, la RDC engage un pari discret, celui de faire vivre un embryon de vérification là où les armes n’ont pas cessé de parler.

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B
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