Emploi en RDC : les universités forment-elles pour un marché du travail qui n’existe pas encore ?
Chaque année, les universités congolaises mettent de nouveaux diplômés sur le marché, mais l’économie peine à les absorber. Entre inadéquation des formations et faible création d’emplois formels, le problème dépasse désormais le seul enseignement supérieur.
Emploi en RDC : les universités forment-elles pour un marché du travail qui n’existe pas encore ?
AFP
Le décalage entre l’université et l’emploi revient au centre du débat en République démocratique du Congo. À l’occasion de la Semaine de l’étudiant organisée à Kinshasa, le vice-Premier ministre chargé de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a insisté sur la nécessité de créer des millions d’emplois pour une population majoritairement jeune et de mieux connecter les compétences aux besoins de l’économie.
Le constat n’est pas nouveau. Chaque année, des milliers de jeunes quittent les établissements d’enseignement supérieur avec des diplômes en droit, économie, sciences sociales, communication ou dans d’autres filières, sans parvenir nécessairement à intégrer rapidement le marché du travail. Radio Okapi relevait encore en mars les difficultés rencontrées par de nombreux diplômés pour décrocher un premier emploi.
Des diplômes qui ne correspondent pas toujours aux besoins
Une partie du problème se trouve dans l’adéquation entre les compétences enseignées et celles recherchées par les employeurs. Des spécialistes des ressources humaines interrogés en avril par Radio Okapi estimaient que les programmes de l’enseignement supérieur congolais ne répondent pas toujours aux besoins du marché. Certains jeunes disposent ainsi d’un diplôme universitaire sans maîtriser toutes les compétences techniques ou professionnelles demandées lors du recrutement.
Cette inadéquation devient d’autant plus problématique que les secteurs sur lesquels la RDC veut bâtir sa transformation économique réclament des profils spécialisés. Mines et transformation locale, agriculture et agro-industrie, énergie, infrastructures, logistique, numérique ou services financiers nécessitent notamment des ingénieurs, techniciens, informaticiens, agronomes et spécialistes capables de répondre à des besoins industriels précis. Le gouvernement cherche par exemple à développer les chaînes de valeur agricoles et à renforcer la production locale, notamment dans les filières du maïs et du soja.
L’université ne porte cependant pas seule la responsabilité. Même une parfaite adaptation des cursus ne suffirait pas si l’économie ne crée pas suffisamment de postes. En juin, Radio Okapi soulignait que le chômage et le sous-emploi touchent particulièrement les jeunes et qu’une grande partie de la population active demeure dans le secteur informel. Autrement dit, la RDC fait face simultanément à un problème de compétences et à un problème de volume d’emplois disponibles.
Former autrement, mais surtout créer des emplois
La question devient alors celle de la transformation du modèle universitaire. Une meilleure association des entreprises à la définition des programmes, davantage de stages obligatoires, le développement des formations techniques et professionnelles et un suivi régulier des métiers recherchés pourraient rapprocher les diplômés des besoins des employeurs. Les universités pourraient également mesurer le taux d’insertion professionnelle de leurs anciens étudiants, plutôt que d’évaluer leur performance uniquement au nombre de diplômés produits.
Mais réformer l’université sans transformer l’économie déplacerait simplement le problème. Former davantage d’ingénieurs n’aura qu’un effet limité sans industrie capable de les employer ; multiplier les agronomes ne suffira pas sans investissements dans l’agriculture et l’agro-industrie ; développer les compétences numériques ne créera pas automatiquement des entreprises technologiques capables d’embaucher massivement.
C’est là que l’appel de Mukoko Samba prend toute sa portée. La question n’est finalement pas seulement de savoir si les universités congolaises forment dans les secteurs où l’économie crée des postes, mais aussi si l’économie congolaise crée suffisamment de postes correspondant aux compétences que ses universités peuvent produire. Sans transformation simultanée de l’enseignement supérieur et de la structure productive, la RDC risque de continuer à former une jeunesse de plus en plus diplômée, mais confrontée à un marché formel trop étroit pour l’absorber.
Odon Bakumba
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