Politique Agression rwandaise: Babah Mutuza accuse Washington, Doha et Kigali de préparer la «balkanisation»
Politique

Agression rwandaise: Babah Mutuza accuse Washington, Doha et Kigali de préparer la «balkanisation»

Agression rwandaise: Babah Mutuza accuse Washington, Doha et Kigali de préparer la «balkanisation»
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 30 SEPTEMBRE 2025 - 21:07 WAT · 3 min de lecture

Alors que les tensions militaires et diplomatiques persistent entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, malgré la signature de l’accord de Washington, l’analyste politique indépendant Dr Babah Mutuza Lusungu met en garde contre le danger de l’émiettement du Nord-Kivu, prélude selon lui à une éventuelle «balkanisation» du pays.

Dans un entretien accordé à BETO.CD ce mardi 30 septembre 2025, le chercheur estime que la prolongation de cette crise offre au Rwanda l’opportunité de mûrir son vieux projet d’annexion d’une partie du territoire congolais, particulièrement en raison de la richesse fiscale et minière de cette région.

« Tant que le Nord et le Sud-Kivu restent occupés et durablement ensanglantés, le Rwanda y prélève chaque mois des millions de dollars. Cela alimente la croissance de son économie tandis que certains Congolais qui collaborent avec les groupes rebelles ne récupèrent que des miettes. Si le président Tshisekedi prolonge son mandat au-delà du délai constitutionnel, il pourrait, sous pression, concéder une partie de la RDC au Rwanda. Dans 10 ou 15 ans, une portion de notre territoire pourrait réclamer l’autodétermination, et ce serait l’éclatement du Congo », a averti Dr Mutuza.

L’analyste souligne que le Rwanda profite de la durée de la crise pour renforcer ses positions. Selon lui, ce plan s’inscrit dans une stratégie soutenue par certaines grandes puissances mondiales. « Le carrefour du pillage de la RDC, c’est le Rwanda, mais il agit pour le compte des puissants de ce monde, notamment l’Union européenne et les États-Unis. Ils ne veulent pas exercer de réelle pression sur Kigali, car ils en sont les principaux bénéficiaires. Ils se posent à la fois en juges et en parties : ils condamnent du bout des lèvres les exactions tout en finançant le Rwanda à travers le secteur minier. C’est un projet savamment planifié, et croire que la solution viendra de ces mêmes acteurs est une erreur fatale », a-t-il affirmé.

À ses yeux, l’accord de Washington restera «lettre morte» face à la succession des violences. D’où son appel à une solution endogène. « Comment voulez-vous que la diplomatie aboutisse auprès de ceux qui alimentent le conflit ? Cet accord n’apportera que la paix sur papier, tandis que sur le terrain, les massacres se poursuivront. Le président de la RDC a l’obligation de convoquer un dialogue intercongolais inclusif, rassemblant toutes les couches de la société, afin de trouver une réponse à la crise et d’améliorer notre gouvernance, défaillante depuis des décennies », a-t-il insisté.

Cette analyse intervient dans un contexte où, malgré les engagements pris par les parties au conflit, les violences continuent de ravager l’est du pays, laissant planer l’ombre d’une fragmentation territoriale de la RDC.

Azarias Mokonzi

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…