Partis & Coalitions Dialogue national : la CENCO réunit Muyaya, Fayulu et Mushobekwa dans la salle de l’accord de 2016

Dialogue national : la CENCO réunit Muyaya, Fayulu et Mushobekwa dans la salle de l’accord de 2016

Le Centre Interdiocésain accueille le 16 septembre 2026 un panel à trois voix sur le dialogue convoqué par le chef de l’État. Le bâtiment a donné son nom à l’accord politique du 31 décembre 2016, négocié sous médiation des évêques. Cette fois, la CENCO reçoit sans organiser.

Dialogue national : la CENCO réunit Muyaya, Fayulu et Mushobekwa dans la salle de l’accord de 2016
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 16 SEPTEMBRE 2026 - 15:44 WAT · 7 min de lecture

La Conférence épiscopale nationale du Congo réunit le mercredi 16 septembre 2026, au Centre Interdiocésain de Kinshasa, trois personnalités venues de trois camps pour un panel sur les enjeux du dialogue convoqué par le chef de l’État. Le bâtiment qui les accueille a donné son nom à l’accord politique de la fin 2016, négocié sous la médiation des évêques. Cette fois, la CENCO reçoit, elle n’organise pas.

Trois camps à la même table

La composition du panel a été annoncée par la CENCO sur son compte officiel. Patrick Muyaya, ministre de la Communication et des Médias et porte-parole du gouvernement, y représente l’exécutif. Martin Fayulu, président de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement et figure de la coalition Lamuka, y vient au titre de l’opposition. Marie-Ange Mushobekwa, ancienne ministre des Droits humains et cadre du Front commun pour le Congo, complète le plateau.

Les évêques présentent la rencontre comme un échange entre « trois panélistes issus de courants différents », organisé à l’occasion de la Journée Justice et Paix 2026.

Le lieu a donné son nom à l’accord du 31 décembre 2016

Le Centre Interdiocésain n’est pas une salle de conférences comme une autre dans la vie politique congolaise. C’est là qu’a été signé, le samedi 31 décembre 2016, l’Accord politique global et inclusif du Centre Interdiocésain de Kinshasa, texte qui porte le nom du bâtiment.

Les discussions s’y étaient tenues sous la médiation de la CENCO. Les archevêques Marcel Utembi et Fridolin Ambongo, alors président et vice-président de la conférence épiscopale, avaient signé le document en qualité de médiateurs.

L’accord réunissait deux ensembles de signataires : ceux de l’accord du 18 octobre 2016, c’est-à-dire la Majorité présidentielle, deux ailes de l’opposition et la société civile, puis les non-signataires de ce texte qui y avaient adhéré, dont le Rassemblement des forces politiques et le Front pour le respect de la Constitution.

Le comité du dialogue de 2026 relève du chef de l’État

Le dispositif de 2026 est construit autrement. Une ordonnance du 13 septembre 2026 a créé le comité d’organisation du Dialogue national : un coordonnateur, un coordonnateur adjoint, des membres et un secrétariat technique de onze experts, tous désignés par le président de la République.

« Le comité exerce sa mission sous l’autorité directe du président de la République et lui rend régulièrement compte », a rapporté Tina Salama, porte-parole du chef de l’État.

En 2016, la médiation était extérieure aux parties. En 2026, l’organisation relève de l’une d’elles.

La CENCO et l’ECC avaient porté leur propre initiative

Avant ce comité, les deux principales confessions chrétiennes du pays avaient lancé le Pacte social pour la paix et le bien vivre ensemble. La démarche a donné lieu à trois mois de consultations, dans plusieurs provinces et auprès des diasporas en Afrique, en Europe et en Amérique.

Une délégation conjointe a remis les conclusions de ce travail au président Félix Tshisekedi, le samedi 21 juin 2025, à la Cité de l’Union africaine. Elle était conduite par le révérend docteur André-Gédéon Bokundoa-Bo-Likabe, président national de l’Église du Christ au Congo, et comprenait Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO, le pasteur Éric Nsenga et l’abbé Georges Kalenga.

Selon le compte rendu publié par la CENCO, le chef de l’État avait alors accepté le principe d’un dialogue national inclusif entre fils et filles du pays, et une équipe présidentielle spéciale avait été désignée pour travailler avec les responsables religieux à la mise en œuvre du Pacte social.

Le gouvernement défend un dialogue tenu dans le pays

Patrick Muyaya a exposé la position de l’exécutif le 3 septembre 2026 sur Radio Okapi, dans l’émission Dialogue entre Congolais. « Ce dialogue ne sera pas une messe de plus à l’étranger, mais un débat au cœur du pays », a déclaré le porte-parole du gouvernement.

« C’est un dialogue entre Congolais, qui va traiter des problèmes de Congolais », a-t-il ajouté. Il a décrit une méthode partant des chefs-lieux de provinces pour se conclure à Kinshasa, avec des recommandations remontées des citoyens.

Martin Fayulu oppose Doha à Kinshasa

Quatre jours plus tard, le 7 septembre, dans la même émission, Martin Fayulu a contesté ce format. Les consultations provinciales ne peuvent, selon lui, tenir lieu de dialogue national. Il réclame un « véritable dialogue national inclusif et souverain » portant sur la crise sécuritaire et sur la crise institutionnelle.

Sa critique centrale porte sur une contradiction de périmètre. « Pourquoi négocier avec l’AFC/M23 à Doha, mais refuser de parler avec eux à Kinshasa ? », a-t-il demandé. Il rappelle dans le même mouvement que le M23 est soutenu par le Rwanda.

Marie-Ange Mushobekwa pose la même question depuis l’autre bord

Deux jours après Martin Fayulu, le 9 septembre, Marie-Ange Mushobekwa a défendu l’inclusion de l’AFC/M23 dans le dialogue. « On ne peut pas faire la paix avec ses amis », a déclaré l’ancienne ministre, qui reconnaît par ailleurs que la question de la justice pour les crimes de guerre reste posée.

Le 8 septembre, elle avait détaillé les conditions posées par le Front commun pour le Congo pour participer : la libération des prisonniers politiques, l’arrêt des poursuites visant opposants, journalistes et défenseurs des droits humains, une médiation de la CENCO et de l’ECC appuyée par l’Union africaine et les Nations unies, et la tenue des travaux dans un pays tiers neutre.

Les deux panélistes de l’opposition viennent de familles politiques adverses. Ils posent la même question au panel du 16 septembre : celle de la place de l’AFC/M23 dans un dialogue tenu à Kinshasa.

La journée nationale Justice et Paix a été fixée au 21 septembre

La Journée nationale Justice et Paix a été instituée par la Commission épiscopale Justice et Paix de la CENCO, dans une annonce du 10 septembre 2025. Elle est fixée au 21 septembre de chaque année.

« Désormais, chaque 21 septembre, tout le réseau Justice et Paix Congo célébrera cette journée nationale, dédiée à la paix, à la démocratie et au vivre-ensemble en République démocratique du Congo », déclarait Cyrille Ebotoko, secrétaire exécutif de la commission. Le panel du 16 septembre est annoncé au titre de l’édition 2026.

Le panel se tient au lendemain des marches et de la rentrée parlementaire

La veille, le 15 septembre, la Coalition Article 64 avait appelé à manifester. Les marches ont été interdites à Lubumbashi, à Kananga et à Kisangani. À Kinshasa, le point de chute a été déplacé du Palais du peuple vers le boulevard Triomphal. La coalition avait rejeté le dialogue proposé par le chef de l’État le 28 août 2026.

Le même jour, la session ordinaire de septembre s’ouvrait au Palais du peuple et la Première ministre y déposait un projet de budget 2027 chiffré à 56 929 milliards de francs congolais, qui comporte une ligne consacrée au dialogue national.

Le dialogue est annoncé pour une durée maximale de trois mois, avec des consultations dans les vingt-six provinces.

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