Charbon bactéridien à Vitshumbi : une alerte sur le lac Édouard, sans vaccination de routine du bétail depuis plus de dix ans selon l’OMS
Un hippopotame retrouvé mort le 8 août 2026 à Vitshumbi, cité de pêcheurs installée sur la rive sud-ouest du lac Édouard, dans le parc national des Virunga, a été testé positif au charbon bactéridien, selon Radio Okapi, dont la dépêche comporte une coquille sur l'année.
Les bords du Lac Kivu, RDC. Photo ©️Ariadne Van Zandbergen
AFP
Un hippopotame retrouvé mort le 8 août 2026 à Vitshumbi, cité de pêcheurs installée sur la rive sud-ouest du lac Édouard, dans le parc national des Virunga, a été testé positif au charbon bactéridien, selon Radio Okapi, dont la dépêche comporte une coquille sur l’année. L’alerte a été lancée par la zone de santé de Kibirizi et rendue publique le 17 août. Des habitants auraient consommé une partie de la viande avant l’intervention des services sanitaires. Les autorités sanitaires recherchent les personnes ayant manipulé l’animal ou mangé sa chair, et demandent de signaler toute lésion cutanée ou fièvre. Aucun cas humain n’a été rapporté à ce stade.
La dépêche ne nomme ni médecin-chef, ni laboratoire, ni communiqué. Au 18 août, la liste des notifications immédiates en Afrique de l’Organisation mondiale de la santé animale, dont la dernière entrée date du 4 août, ne comporte aucune notification congolaise de charbon pour 2026, alors que la RDC en avait déposé en 2021, en 2024 et en 2025. Le site de l’Institut congolais pour la conservation de la nature est en maintenance, et ni le ministère de la Santé publique ni le parc des Virunga n’ont rien publié sur leurs sites.
Du 22 mars au 4 mai 2025, l’OMS a recensé 54 hippopotames, 10 buffles et 5 vaches morts
L’épisode a un précédent proche et documenté. Le 22 mars 2025, des carcasses sont détectées dans le parc des Virunga. Le 29 mars, des échantillons prélevés sur ces carcasses sont positifs à Bacillus anthracis au laboratoire vétérinaire de Goma. L’évaluation rapide des risques publiée par l’Organisation mondiale de la santé le 15 mai 2025 fixe le bilan animal de la séquence : « Between 22 March and 4 May, a total of 54 hippopotamuses, 10 buffaloes, and five cows were found dead in and around the park, particularly in a village, located between Lake Edward and the Ugandan border. » Fin mai, le bureau régional de l’OMS pour l’Afrique portait le décompte à 60 hippopotames, 27 buffles, 9 chèvres et une vache. Le parc des Virunga a chiffré à 65 les hippopotames perdus sur l’ensemble de l’année 2025.
Côté humain, la même évaluation dénombrait, entre le 13 et le 30 avril 2025, dix-sept cas humains, dont seize suspects et un confirmé, et un décès dans quatre zones de santé du Nord-Kivu, soit une létalité de 5,9 %. Au 26 mai, le bureau régional de l’OMS pour l’Afrique en comptait vingt-quatre suspects. En avril 2025, le médecin-chef de la zone de santé de Lubero, le docteur Cyrille Mumbere, décrivait ainsi la situation à l’Agence congolaise de presse : « Nous avons déjà identifié six cas des personnes présentant les symptômes de l’anthrax (maladie du charbon) et l’une est morte dans une structure sanitaire locale. Les cas suspects sont pris en charge dans les structures locales en attendant les résultats du laboratoire et tous sont notifiés dans l’aire de santé de Kasalala. »
Le cycle est plus ancien encore. En avril 2021, dix hippopotames et un buffle avaient été retrouvés morts dans le même parc, selon un communiqué de l’Institut congolais pour la conservation de la nature, épisode suivi de 52 cas humains suspects et d’aucun cas confirmé, selon l’évaluation de l’OMS. En octobre 2023, le service national d’épidémiosurveillance a notifié 68 cas suspects et 9 décès, dont un confirmé et huit probables, toujours selon l’OMS. De l’autre côté de la frontière, sur le même lac, une étude publiée en 2018 dans la revue PLOS ONE par Margaret Driciru et ses coauteurs a établi que 437 hippopotames avaient été tués par le charbon dans l’aire protégée ougandaise Queen Elizabeth lors des flambées de 2004-2005 et de 2010.
Le bétail n’est plus vacciné contre le charbon depuis plus de dix ans, selon l’OMS
Sur ce qu’il faudrait faire, les documents institutionnels ne varient pas : vacciner le bétail, éliminer les carcasses, notifier vite. Sur ce qui est fait, l’évaluation de l’OMS de mai 2025, qui porte sur le risque national en RDC et en Ouganda, tient en une phrase : « No routine livestock vaccination against anthrax has been conducted for more than a decade, increasing animal and human vulnerability. » Le document ne décrit pas la situation du seul cheptel de Vitshumbi.
Le même document désigne les expositions à risque et nomme la pêche illicite dans le lac Édouard : « Community members remain at risk through activities including the handling of animals or animal products, consumption of contaminated meat (including bushmeat), and illegal fishing in Lake Edward, where contact with contaminated water, infected carcasses and animals is possible. » Le risque documenté pour les pêcheurs tient au contact avec de l’eau contaminée, des carcasses et des animaux infectés. Aucune source institutionnelle n’établit de transmission par la consommation de poisson.
L’OMS nomme aussi ce qui empêche d’agir : « Ongoing armed conflict in affected areas has severely restricted access for health interventions. Persistent insecurity, food shortages, and deepening poverty increase the likelihood of communities handling or consuming sick or dead animals, further elevating the risk. » Vitshumbi est situé dans le territoire de Rutshuru, dans une zone passée sous le contrôle de l’AFC/M23, une agression rwandaise déguisée en insurrection congolaise. La zone de santé de Kibirizi, qui a lancé l’alerte, gérait fin juillet 2026 au moins trois cas de choléra à son hôpital général de référence, sur fond de pénurie d’eau potable depuis mai 2026.
Un éditorial publié en août 2025 dans la revue Annals of Medicine and Surgery par Joshua Ekouo et ses coauteurs chiffre l’état des moyens : 34 % des structures sanitaires du Nord-Kivu disposent des capacités diagnostiques essentielles, la couverture vaccinale animale reste inférieure à 30 % dans les zones enzootiques, et l’impact économique annuel du charbon dans l’est de la RDC est estimé à 2,3 millions de dollars. En 2025, l’OMS indique avoir livré plus de quatre tonnes de médicaments à douze structures sanitaires de la province. Son gestionnaire des urgences pour le Nord et le Sud-Kivu, le docteur Leopold Ouedraogo, rappelait le principe thérapeutique dans un reportage du bureau régional de l’OMS pour l’Afrique publié le 2 juillet 2025 : « Notre appui s’est effectué à plusieurs niveaux et nous tenons particulièrement aux soins appropriés à l’endroit des personnes touchées. Dans la majorité des cas, la maladie peut être guérie par des antibiotiques, qui doivent être prescrits par un professionnel de santé. »
Un lac qui fait vivre deux millions de personnes, une loi de 1937
Ce que la bactérie rencontre à Vitshumbi, c’est une économie de subsistance. Le coordonnateur de l’ONG Badilika, à Rutshuru, Patrick Nguka, situait l’enjeu devant Radio Okapi le 24 juin 2025 : « Plus de 2 millions de personnes, dépendent des recettes du lac Édouard. » La pêche y reste régie par un décret de 1937 ; une proposition de loi déposée en octobre 2023 n’a pas été examinée, relevait le 20 janvier 2026, sur la même antenne, le secrétaire général de la Fédération des comités des pêcheurs du lac Édouard, Josué Mukura, qui pointait aussi l’asymétrie des sanctions avec l’Ouganda : « Nos pêcheurs sont condamnés en Ouganda, mais aucun pêcheur ougandais arrêté pour pêche illicite au Congo n’est sanctionné. Notre loi reste muette et ils sont libérés. »
La population d’hippopotames, elle, remonte. Le parc des Virunga a estimé en février 2026, après ajustement scientifique, à plus de 2 700 individus la population d’hippopotames du parc, dont la plus forte concentration se situe au sud du lac Édouard, répartie en 171 groupes avec 153 petits, contre moins d’un millier en 2005 et environ 29 000 en 1974. Le porte-parole de l’Institut congolais pour la conservation de la nature au Nord-Kivu, Bienvenu Bwende, indiquait en avril 2026 à l’Agence congolaise de presse « il y’a une augmentation de la population de près de 130% par rapport au dernier inventaire de 2022 », et attribuait cette reprise aux patrouilles et au retrait de certains groupes armés, qui ont favorisé selon lui une recolonisation des zones sûres au sud du lac Édouard.
La bactérie du charbon forme des spores qui survivent des décennies dans le sol. La ministre provinciale de la Santé du Nord-Kivu, Prisca Luanda, l’avait rappelé en alertant sa province en avril 2025, dans des propos rapportés par l’Agence congolaise de presse : « L’anthrax est une maladie aiguë et infectieuse causée par une bactérie qu’on peut trouver dans le sol. Cette maladie affecte particulièrement les animaux, mais elle touche et tue également les humains. »
Au 18 août, ni la zone de santé de Kibirizi, ni la direction provinciale de l’Institut congolais pour la conservation de la nature, ni le service provincial de la pêche et de l’élevage n’avaient rendu public le nombre de personnes exposées à Vitshumbi ou l’état de la vaccination du cheptel autour du lac.
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