Bourse de Kinshasa : ce que la première place financière de la RDC pourrait changer, et ce qui la freine
Le Sénat a adopté la loi créant la Kinshasa Stock Exchange et le gouvernement s'est associé à la SFI. Décryptage : la faisabilité du projet, ses gains potentiels pour l'économie et pour les Congolais, et les obstacles (dollarisation, marché étroit, crises).
Bourse de Kinshasa : ce que la première place financière de la RDC pourrait changer, et ce qui la freine
AFP
La République démocratique du Congo veut se doter de sa première Bourse. Le projet, longtemps resté à l’état d’intention, a franchi deux étapes en juin : le Sénat a adopté le projet de loi sur les marchés financiers instituant la Kinshasa Stock Exchange, et le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, a signé le 18 juin un partenariat avec la Société financière internationale (SFI), branche du Groupe de la Banque mondiale dédiée au secteur privé. Reste une inconnue de taille : la faisabilité d’une telle place dans le contexte congolais, et son bénéfice réel pour l’économie comme pour les habitants.
Sur le papier, l’ambition est claire. La future Bourse cotera des titres libellés à la fois en francs congolais et en dollars. Le gouvernement compte y financer l’économie autrement que par les banques, l’eurobond ou les obligations du Trésor, en ouvrant aux entreprises une nouvelle source de capitaux. Les sociétés minières sont visées en priorité pour les premières introductions. Un projet de bourse des matières premières, destinée aux produits agricoles, miniers et industriels, accompagne le dispositif.
Le calendrier reste toutefois suspendu à plusieurs préalables. Le cadre réglementaire est en cours d’écriture avec la SFI, un décret doit créer un régulateur indépendant chargé d’agréer l’opérateur de marché, et le projet de loi doit encore être promulgué. Le Fonds monétaire international, qui juge les réformes congolaises bien engagées, a prévenu cette semaine qu’un « rythme accéléré est nécessaire ». Les précédents africains invitent à la patience : l’Éthiopie et la Somalie n’ont lancé leurs Bourses qu’en 2025, le Zimbabwe une place en dollars en 2020, et ces marchés naissants mettent des années à réunir des sociétés cotées et des investisseurs.
L’obstacle le plus lourd tient à la structure même de l’économie. Le ministre le reconnaît sans détour. « La réalité de notre économie, c’est qu’elle est fortement dollarisée », a-t-il déclaré, rappelant que plus de 95 % des dépôts bancaires et plus de 80 % des titres publics sont détenus en dollars. « Nous ne pouvons pas concevoir une Bourse qui ignore cette réalité », a-t-il ajouté, ce qui explique le choix d’une cotation en deux monnaies. Le pari implicite est d’encourager peu à peu l’usage du franc congolais, dans un pays où la confiance dans la monnaie nationale reste fragile.
Pour le pays, les gains attendus sont réels si l’exécution suit. Une Bourse peut mobiliser l’épargne intérieure, offrir aux entreprises et à l’État un financement de long terme moins coûteux que la dette extérieure, et capter une partie de l’intérêt étranger que suscite le sous-sol congolais, premier producteur africain de cuivre et fournisseur clé de cobalt et de lithium, minerais recherchés pour l’essor de l’intelligence artificielle. Le FMI projette que la RDC deviendra cette année la cinquième économie d’Afrique subsaharienne. Une place locale permettrait aussi de formaliser des entreprises et de transformer les sociétés d’État en acteurs commerciaux, une réforme déjà engagée.
Pour les populations, la promesse est plus incertaine. Le ministre affiche l’objectif d’un actionnariat populaire : « Nous voulons que les Congolais puissent posséder une part des entreprises qui font tourner l’économie du pays. » Dans les faits, une participation large suppose une inclusion financière encore faible, un pouvoir d’épargne limité par la pauvreté et une culture boursière à construire. À court terme, les premiers bénéficiaires seront les grandes entreprises, les sociétés minières et les investisseurs institutionnels, avant que les ménages n’y trouvent, éventuellement, des produits d’épargne. Reste enfin le décor : une guerre dans l’Est, une épidémie d’Ebola et une monnaie sous pression, autant de facteurs qui pèseront sur la confiance que toute Bourse exige pour exister.
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