« Pas de récupération grossière » : Fayulu recadre Tshisekedi sur les Léopards
Après le discours de Tshisekedi à Houston, Martin Fayulu dénonce une « récupération populiste grossière » de l'exploit des Léopards et appelle à juger le patriotisme à l'aune de la gouvernance.
Martin Fayulu, lors de la réunion des membres de l'opposition politique avec le Secrétaire Général Adjoint des Nations Unies Jean-Pierre Lacroix lors de son séjour de travail à Kinshasa. Le 17 septembre 2024
Radio Okapi/Ph. Jonathan Fuanani
AFP
« Que personne ne récupère les exploits des Léopards pour masquer les échecs de la gouvernance. » C’est par ce message, publié sur X au lendemain du nul historique des Léopards face au Portugal (1-1), que Martin Fayulu est sorti du bois. Pour le président de l’ECiDé, l’euphorie sportive ne doit pas servir d’écran de fumée. « Le reste n’est que diversion », tranche-t-il.
L’opposant a accompagné ce message d’un communiqué au titre sans ambiguïté : « Pas de récupération grossière ». Il y oppose d’emblée le terrain et le pouvoir. « Quand les Léopards excellent, c’est le Congo qui gagne. Quand une partie de notre territoire est occupée, qu’Ebola sévit et que l’ordre constitutionnel est menacé, c’est le Congo qui perd », écrit-il.
Fayulu y livre sa définition du patriotisme, qui ne se mesure pas, selon lui, aux buts marqués mais aux devoirs de l’État : « protéger la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale », « assurer la sécurité des personnes et des biens », « renforcer nos institutions » et « améliorer les conditions de vie de nos concitoyens ». Puis vient la pointe, adressée à ceux qui gouvernent : « Nos joueurs honorent le drapeau sur le terrain. Malheureusement, certains le déshonorent dans l’exercice du pouvoir. »
La cible se devine sans peine. La veille, à Houston, le président Félix Tshisekedi avait fêté le résultat devant la diaspora, reliant l’exploit des Léopards au « processus de libération » de l’Est et lançant une charge contre son prédécesseur, accusé d’avoir été « leur chien qu’ils pouvaient manipuler » (le compte rendu de BETO). C’est cette mise en scène que Fayulu entend déconstruire.
Sa sortie prolonge une séquence politique tendue. La Coalition Article 64, qui réunit Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga et Augustin Matata, conteste le projet de révision constitutionnelle et a annoncé une marche le 8 juillet pour exiger la démission du chef de l’État, après un sit-in durement réprimé le 12 juin. Les trois maux qu’il cite, le territoire occupé à l’Est, l’épidémie d’Ebola en Ituri, l’ordre constitutionnel menacé, résument l’acte d’accusation que l’opposition adresse au pouvoir.
Le communiqué se referme comme un avertissement. « Nous avons besoin d’unité et de cohésion nationale, de responsabilité et de sérieux dans la gestion des affaires publiques, écrit Fayulu. Pas de faux-fuyants. Pas de récupération populiste grossière. » Et cette formule en guise de signature : « À bon entendeur, salut. » Trois jours après avoir rassemblé le pays, le but de Yoane Wissa est devenu un terrain d’affrontement entre le pouvoir et l’opposition.