Droits humains Affamer pour régner : dans le Rutshuru, l’AFC/M23 prive les civils de leurs champs

Affamer pour régner : dans le Rutshuru, l’AFC/M23 prive les civils de leurs champs

Chasser les habitants, verrouiller les champs, réquisitionner les récoltes : dans le Rutshuru, l'AFC/M23 fait de la faim une arme, selon l'ONU.

Combattants du M23 à Goma, équipés d'armement dont une part est de fabrication chinoise selon les experts

Members of the M23 rebel group gather at their position amid fighting between them and the Armed Forces of the Democratic Republic of the Congo (FARDC), in Goma, eastern Democratic Republic of the Congo, January 29, 2025. REUTERS/Stringer REFILE - QUALITY REPEAT
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 4 JUILLET 2026 - 23:38 WAT · 4 min de lecture

Dans les collines du Rutshuru, la guerre se mène aussi contre les récoltes. Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, décrit une pratique méthodique de l’AFC/M23 : chasser les habitants, puis leur interdire de revenir cultiver. Les enquêteurs relaient les dénonciations d’acteurs humanitaires et de dirigeants locaux visant « la pratique de l’AFC/M23 consistant à expulser les civils et à leur refuser ensuite l’accès à leurs terres dans ces régions, ce qui a entraîné la perte des moyens de subsistance et une famine imminente ».

Le premier acte est l’expulsion. Lors des opérations conjointes de la Force de défense rwandaise et de l’AFC/M23 contre les zones à population majoritairement hutue, la rébellion a multiplié les ordres d’évacuation forcée. Le rapport précise l’avertissement adressé aux habitants : « toute personne restant dans la zone serait considérée comme une cible ». Le 30 mai, plus de deux cent quarante familles de cinq villages ont été chassées en une seule journée.

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Le second acte est le verrouillage des terres. Une fois les habitants partis, l’accès aux champs est barré, et la nourriture qui pousse encore sert à l’occupant. Selon l’annexe consacrée à ce volet, l’AFC/M23 a ordonné à des civils de livrer leurs récoltes pour nourrir ses troupes. La faim cesse d’être un dommage collatéral pour devenir un instrument de contrôle.

Le résultat frappe une région agricole. Beaucoup des victimes des tueries de l’été étaient des agriculteurs et leurs familles qui campaient dans leurs champs pendant la saison des cultures. Priver ces populations de leurs terres, c’est les condamner à partir ou à dépendre entièrement de la rébellion. Le bureau du Haut-Commissariat pour les réfugiés en Ouganda a d’ailleurs enregistré une forte hausse des arrivées depuis le territoire de Rutshuru, coïncidant avec le début des opérations.

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Cette stratégie s’articule avec le remodelage du peuplement. Vider les villages, interdire les champs, détruire les moyens de subsistance : la mécanique produit des départs durables et libère des terres. Le rapport relie ces expulsions à des inquiétudes déjà formulées sur une tentative de modifier la démographie de l’Est.

La qualification reste prudente sous la plume des experts, mais les faits sont précis. Ordres d’évacuation assortis de menaces de mort, interdiction d’accès aux champs, réquisition des récoltes : chaque maillon est attribué à une source et souvent daté. Le Groupe rappelle qu’il n’a pas toujours pu vérifier de façon indépendante l’ampleur des chiffres, sans que cela n’entame la matérialité des pratiques décrites.

Pour Kinshasa, ce chapitre ajoute une dimension à la dénonciation de l’occupation. Il ne s’agit pas seulement de territoires perdus, mais d’une population que l’on prive du droit élémentaire de se nourrir de sa propre terre. Le Groupe d’experts ne prononce pas de verdict. Il documente les mécanismes d’une famine que le rapport qualifie d’imminente, et en remet l’examen au Conseil de sécurité.

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B
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