Économie Cobalt : le quota tient à 87 000 tonnes, les cargaisons ne suivent pas

Cobalt : le quota tient à 87 000 tonnes, les cargaisons ne suivent pas

Sur l'allocation d'ouverture de 18 125 tonnes, moins de la moitié a été dédouanée. Le taux national d'utilisation tourne autour de 60 %. Un plafond que les exportations n'atteignent pas ne contraint plus le marché, il contraint les recettes de l'État.

Visuel BETO sur les quotas cobalt en RDC et les recettes que nulle régie financière n’a publiées

Les quotas cobalt ont quadruplé les prix depuis février 2025, mais aucune régie financière n’a publié les recettes perçues.
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 4 SEPTEMBRE 2026 - 11:44 WAT · 4 min de lecture

L’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques maintient le quota d’exportation de cobalt à 87 000 tonnes pour 2026 et 2027, tout en n’excluant pas de le réduire. « Si le déséquilibre entre l’offre et la demande devait persister ou se dégrader, une réduction des quotas d’exportation pourrait être envisagée », a déclaré Patrick Mpoyi Luabeya, président de l’ARECOMS. Le chiffre qui manque à cette équation est celui des tonnes réellement sorties.

Sur l’allocation d’ouverture, moins de la moitié a été dédouanée

Le régime de quotas est entré en vigueur le 16 octobre 2025, après huit mois de suspension totale des exportations. La première allocation, celle du quatrième trimestre 2025, portait sur 18 125 tonnes de cobalt métal contenu, utilisables jusqu’à la fin du premier trimestre 2026.

Entre décembre 2025 et février 2026, environ 7 800 tonnes seulement ont été dédouanées sur cette allocation, soit moins de la moitié, et selon certains décomptes de marché environ un tiers. Les causes avancées sont administratives et logistiques : formalités douanières, capacité de camionnage, et l’effondrement d’un pont sur un corridor d’évacuation.

Le taux national d’utilisation des quotas au premier semestre 2026 s’établit autour de 60 %. L’Entreprise générale du cobalt fait exception, avec la totalité de ses allocations utilisées.

Un plafond qui ne plafonne rien

La conséquence est arithmétique. Un quota de 87 000 tonnes, soit 7 250 tonnes par mois, ne contraint l’offre que si les opérateurs sont capables de l’atteindre. Si le pays n’exporte que 60 % de ce qu’il est autorisé à exporter, la contrainte réelle n’est plus la décision du régulateur mais la capacité physique de la chaîne d’évacuation.

Cette distinction change la lecture de la hausse des prix. L’hydroxyde de cobalt à 30 % coté par Fastmarkets est passé de 5,50 à 5,75 dollars la livre la veille de la suspension de février 2025 à un pic de 26 dollars en avril 2026, avant de refluer à 22 à 23 dollars à la mi-août. Une part de cette flambée tient à la politique de quotas. Une autre tient à ce que le pays n’arrive pas à livrer même ce qu’il s’autorise.

Elle change aussi la portée d’une éventuelle réduction. Abaisser un plafond que les exportations n’atteignent pas n’agit pas sur le marché mondial. Cela agit sur les recettes de l’État, qui perçoit une redevance minière de 10 % payable par anticipation et délivre un certificat de vérification de quota pour chaque cargaison.

Les opérateurs se sont adaptés, chacun à sa façon

Glencore a réduit sa production de cobalt de 39 % au début de 2026 et a réorienté ses actifs congolais vers le cuivre, ses stocks de cobalt fini suffisant, indique le groupe, à couvrir les niveaux de quotas à court terme. CMOC maintient au contraire un plan de production de 120 000 tonnes pour un quota de 31 200 tonnes exportables, et stocke la différence. ERG avait comprimé sa production de 70 % en 2025, ce qui lui permet de remonter depuis une base basse dans la limite de ses 12 325 tonnes.

Jinchuan et MMG ont demandé des allocations supérieures. L’ARECOMS ne commente pas ces demandes, qu’elle couvre par la confidentialité commerciale.

Les tonnages mensuels existent, personne ne les publie

Le chiffre qui permettrait de trancher est détenu par deux administrations congolaises. L’ARECOMS délivre les certificats de vérification de quota. L’Office congolais de contrôle vise les cargaisons. Les tonnages dédouanés mois par mois de mars à août 2026 sont donc connus de l’État. Ils ne sont pas publics.

Ils ne sont pas seuls dans ce cas. Le site du ministère des Mines renvoie une erreur sur sa page d’accueil au 4 septembre. Le texte de la décision fixant le quota 2027 n’a pas été publié. Et aucune régie financière n’a publié le montant des recettes tirées du régime de quotas depuis son entrée en vigueur, un constat que nous avions déjà établi en août.

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B
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