Cobalt : les quotas ont fait leur prix, la transformation locale attend toujours
Dix-huit mois après la suspension des exportations, l'hydroxyde de cobalt a quadruplé. Le second objectif, la transformation locale, se compte en protocoles et en premières pierres : Buenassa a reçu 3,5 millions de dollars publics sur 700, et l'EGC fera raffiner son cobalt en Arizona.
Cobalt : les quotas ont fait leur prix, la transformation locale attend toujours
AFP
Le 22 février 2025, l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques suspendait les exportations congolaises de cobalt. Dix-huit mois plus tard, le régime de quotas qui a suivi a produit ce qu’on en attendait sur les prix : l’hydroxyde de cobalt à 30 % coté par Fastmarkets est passé de 5,50 à 5,75 dollars la livre la veille de la suspension à 22 à 23 dollars le 11 août 2026, avec un pic à 26 dollars en avril. Le second objectif affiché, la transformation locale, se mesure autrement.
La RDC ne figure dans aucun tableau du cobalt raffiné
Le monde a raffiné 222 000 tonnes de cobalt en 2024 et environ 240 000 en 2025. La Chine en concentre 131 000 tonnes en 2024, soit près de 79 % du total l’année suivante. Suivent la Finlande, le Canada, le Japon, Madagascar et l’Indonésie, devenue troisième producteur mondial de raffiné. La République démocratique du Congo, qui fournit environ les trois quarts du minerai, n’apparaît dans aucune de ces listes.
La formulation exacte compte. Le pays transforme, mais il s’arrête à un étage précis. Les usines hydrométallurgiques du Lualaba et du Haut-Katanga produisent de l’hydroxyde de cobalt et des cathodes de cuivre. L’étage suivant, celui du sulfate de cobalt, du cobalt métal et des précurseurs de batteries, n’existe pas sur le sol congolais. Le seul actif de transformation avancée en service est la Société pour le traitement du terril de Lubumbashi, filiale à 100 % de la Gécamines, qui extrait cuivre, cobalt, zinc et germanium du terril.
Une contrainte physique borne l’ambition. Raffiner sur place la totalité du cobalt congolais exigerait de l’ordre de 34 térawattheures. La production électrique nationale a été de 13,6 térawattheures en 2024, et le seul secteur minier appelle 2 300 mégawatts pour 730 fournis.
Buenassa : 3,5 millions décaissés sur 700
Le projet le plus documenté est aussi celui qui porte le pavillon congolais. Buenassa, fondée par Eddy Kioni, annonce depuis septembre 2023 une raffinerie au Lualaba. La phase 1 vise 30 000 tonnes par an de cathodes de cuivre et 5 000 tonnes de sulfate de cobalt, pour un coût passé de 350 à 700 millions de dollars, avec une cible finale de 120 000 tonnes de cuivre et 20 000 de cobalt pour environ 2 milliards.
L’État est entré au capital le 25 juin 2025 par un protocole signé par le ministre du Portefeuille Jean-Lucien Bussa : 10 % en action spécifique assortie d’un droit de veto, et une subvention de 3,5 millions de dollars du Fonds de promotion de l’industrie. En juillet 2026, l’agence américaine USTDA a accordé une subvention non remboursable de 3,385 millions de dollars, première aide directe du gouvernement américain à un projet minier majeur en RDC. Une demande de 5 millions est déposée auprès de la DFC, dont les financements restent en structuration.
L’échéance de mise en service, d’abord fixée à fin 2027, a été repoussée à 2029 en juillet 2025 et n’a pas été actualisée depuis. Aucune construction n’a commencé. Rapporté au coût de la seule phase 1, le décaissement public congolais représente un demi pour cent.
Musompo, quatre ans d’accord avec la Zambie, et une raffinerie en Arizona
La zone économique spéciale de Musompo, à Kolwezi, doit accueillir la production de poudres précurseurs nickel-manganèse-cobalt sur 900 hectares, pour plus de 200 millions de dollars d’aménagement et environ 2 milliards d’investissements privés attendus. La première pierre a été posée en mars 2025, le Conseil des ministres l’a classée projet prioritaire le 20 février 2026 et le financement d’Afreximbank a été déclaré sécurisé sans que le montant soit divulgué. Aucune date de mise en service n’est annoncée. Le directeur général d’Arise IIP, Romain Deniel, a indiqué que le projet a paru ralentir après un changement ministériel et que ce type de zone mobilise quatre à six ministères. Le procédé retenu suppose par ailleurs du carbonate ou de l’hydroxyde de lithium, absent de la chaîne locale.
Le volet régional est plus ancien encore. L’accord RDC-Zambie sur la fabrication de batteries date du 29 avril 2022 et l’accord-cadre avec Afreximbank du 27 mars 2023. En août 2026, l’usine conjointe de précurseurs reste bloquée par un désaccord sur sa localisation.
Le partenariat phare du bras public du cobalt artisanal, lui, part à l’étranger. Le 13 mai 2026 à Madrid, l’Entreprise générale du cobalt a signé avec EVelution Energy et Trafigura un protocole portant sur une raffinerie de cobalt métal et de sulfate de cobalt. Elle sera construite dans le comté de Yuma, en Arizona, alimentée à l’énergie solaire, pour un début de chantier attendu début 2027 et un achèvement fin 2029.
L’EGC remplit son quota, la Gécamines ne produit pas de cobalt
Le quota 2026 est de 96 600 tonnes de cobalt métal contenu, dont 87 000 tonnes réparties au prorata des exportations historiques et 9 600 tonnes de quota stratégique laissé à la discrétion du régulateur et présenté comme destiné aux projets de transformation locale. L’ARECOMS a confirmé le 12 août maintenir ces volumes pour 2027, tout en n’excluant pas une réduction. Le taux national d’utilisation des quotas au premier semestre 2026 s’établit autour de 60 %.
Les grands opérateurs se sont adaptés en réorientant leur production. Glencore, qui a réduit sa production de cobalt de 39 % au début de 2026, indique dans un communiqué que « nos actifs en RDC donnent désormais la priorité à la production de cuivre, les stocks de cobalt fini existants suffisant à satisfaire intégralement les niveaux de quotas à court terme ». CMOC, de son côté, maintient un plan de production de 120 000 tonnes pour 31 200 tonnes exportables et stocke la différence.
L’Entreprise générale du cobalt fait exception : elle a utilisé la totalité de ses allocations, avec environ 3 000 tonnes expédiées au premier semestre par le corridor de Lobito, et 3 995 tonnes de cobalt contenu au 28 août, pour un objectif annuel de 5 000 tonnes. Le corridor ramène le transit de plus de 28 jours à environ 5.
« Cet accord démontre qu’une progression vers un approvisionnement éthique, traçable et transparent en cobalt et en cuivre artisanaux, à grande échelle, est réalisable », déclarait Eric Kalala, directeur général de l’EGC, dans le communiqué de Trafigura du 9 février 2026 annonçant les premières expéditions par Lobito. La formalisation de l’artisanat progresse donc, mais elle se mesure en tonnes expédiées, pas en tonnes transformées.
La Gécamines, actionnaire de référence de l’État dans le secteur, annonce depuis novembre 2025 un basculement de l’extraction vers la chimie et trois projets pour environ 40 000 tonnes de capacité cumulée, dont les caractéristiques ne sont pas publiques. Son rapport d’activité 2024 fait état de zéro tonne de cobalt produite en propre en 2023 et 2024, et de 8 065 tonnes de cuivre.
Les quotas ont donc rempli leur premier office. Le second reste à l’état de protocoles, de premières pierres et d’études de faisabilité, et le pays qui produit 230 000 tonnes de cobalt par an n’en raffine toujours aucune.
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