Sécurité & Défense Les rébellions de 1964 : Mulele et les Simba
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Série Congo 66 Partie 1 sur 1
Épisodes
Partie 1 — Sécurité & Défense

Les rébellions de 1964 : Mulele et les Simba

On a beaucoup raconté la chute de Lumumba et l'ascension de Mobutu. Entre les deux, il y a un épisode que la mémoire nationale a longtemps laissé dans l'ombre.

La Rédaction 30 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 22:01 WAT · 4 min de lecture

On a beaucoup raconté la chute de Lumumba et l’ascension de Mobutu. Entre les deux, il y a un épisode que la mémoire nationale a longtemps laissé dans l’ombre, et qui explique pourtant pourquoi le pouvoir congolais est devenu militaire : les rébellions de 1964. Cette année-là, une grande partie du territoire échappe au gouvernement central. Ce ne sont pas des émeutes. C’est une insurrection.

Tout commence à l’Ouest, dans le Kwilu, où Pierre Mulele, ancien ministre lumumbiste formé à une lecture révolutionnaire de la politique, organise dès 1963 une guérilla paysanne. Il forme des jeunes, structure des maquis, prêche la rupture avec un ordre jugé néocolonial. À l’Est, une autre insurrection, plus vaste, se lève au nom de l’héritage de Lumumba. Ses combattants sont appelés les Simba, les lions. Animés par des chefs comme Gaston Soumialot et Christophe Gbenye, soutenus par des cadres du Conseil national de libération, ils prennent ville après ville et s’emparent, à l’été 1964, de Stanleyville, l’actuelle Kisangani, où ils proclament un pouvoir révolutionnaire.

La rébellion s’appuie sur une colère réelle. Quatre ans après l’indépendance, la promesse de 1960 n’a rien donné aux campagnes. Le pouvoir change de mains à Léopoldville sans que la vie des paysans s’améliore. Les Simba mêlent à cette révolte sociale une dimension mystique, avec des rites censés rendre les combattants invulnérables, qui frappent les esprits autant que les armes. Mais l’insurrection bascule vite dans la violence, y compris contre des civils et des otages, et le pouvoir central, incapable d’y faire face seul, fait appel à des renforts extérieurs.

C’est là que 1964 marque durablement le pays. Pour reconquérir l’Est, le gouvernement recourt à des mercenaires étrangers et reçoit l’appui logistique occidental. En novembre 1964, une opération aéroportée belgo-américaine, menée sur Stanleyville, libère des centaines d’otages européens au prix d’un épisode dramatique dont les récits divergent encore sur le nombre de victimes congolaises. Les rébellions sont écrasées dans le sang au cours des mois suivants. Mulele, lui, réfugié à l’étranger, sera attiré au retour en 1968 sous promesse d’amnistie, puis exécuté. Sa fin, par sa cruauté, est restée un symbole de la manière dont le nouveau régime traitait ses ennemis.

Que reste-t-il de cette année oubliée ? D’abord une leçon politique amère. La répression des rébellions a justifié la montée en puissance de l’armée et des hommes forts, et préparé le terrain au coup d’État de Mobutu en 1965. La militarisation du pouvoir congolais ne date pas de Mobutu seul : elle se nourrit de la peur installée par 1964. Ensuite une matrice géographique qui n’a jamais disparu. L’Est insurgé de 1964, ses maquis, ses violences, ses interventions étrangères, annoncent étrangement les guerres qui ravageront les Kivus à partir des années 1990. Le pays a déjà connu, là, l’enchaînement d’une révolte enracinée dans la misère, d’une violence de masse et d’une internationalisation du conflit.

Soixante-six ans après l’indépendance, les noms de Mulele et des Simba reviennent dans les débats sur la mémoire, entre ceux qui voient des combattants de la justice sociale et ceux qui retiennent la violence des maquis. La vérité honnête refuse de choisir un seul visage. 1964 fut à la fois une révolte légitime contre une indépendance confisquée et une tragédie qui a coûté très cher aux populations. C’est ce double caractère qui en fait le pont indispensable entre la mort de Lumumba et le règne de Mobutu, et l’une des clés pour comprendre pourquoi, au Congo, le pouvoir et le fusil ont si souvent marché ensemble.

Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.

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