RDC : Kinshasa retire la moitié de ses panneaux publicitaires, dix-huit mois après avoir gelé le secteur
Daniel Bumba annonce le retrait d'au moins 50 % des structures publicitaires non conformes et un moratoire de six mois. Le secteur est gelé depuis février 2025, et l'édit sur les modalités de démantèlement n'existe toujours pas.
Boulevard Lumumba à Kinshasa
AFP
Le retrait d’au moins la moitié des structures publicitaires non conformes est prévu dans les tout prochains jours à Kinshasa. L’annonce figure dans un communiqué de l’Hôtel de ville consulté le mardi 25 août 2026 par l’Agence congolaise de presse. « Le gouverneur Daniel Bumba a annoncé le retrait d’au moins 50 % des structures publicitaires non conformes aux normes en vigueur. Il a également rappelé l’interdiction de l’affichage dans certains espaces sensibles, notamment les écoles, les cimetières et les camps militaires. Un moratoire de six mois est accordé aux opérateurs avant l’application des sanctions », indique le document.
La mesure accompagne la présentation d’un Plan cadastral publicitaire par l’Autorité de régulation et de gestion de la publicité de Kinshasa, l’ARGPK, qui a succédé à la Direction générale de la publicité extérieure. « Ce dispositif vise à organiser, réglementer et moderniser l’implantation des supports publicitaires », précise le communiqué de l’Hôtel de ville. Le texte annonce aussi une mutation technique : « Les bâches devront progressivement céder la place à des supports plus modernes, notamment les écrans LED, tandis que tout affichage devra désormais passer par les services compétents. » L’Hôtel de ville met par la même occasion en garde contre les affichages d’églises et de musiciens sur les murs des sauts-de-mouton.
Le secteur est gelé depuis février 2025
L’annonce du 25 août n’ouvre pas la séquence, elle en constitue le quatrième acte.
Le 12 février 2025, le ministère provincial du Plan, du budget, de l’emploi et du tourisme publiait, sur instruction du gouverneur, un communiqué sans ambiguïté : « L’implantation de tout nouveau dispositif publicitaire sur toute l’étendue de la ville de Kinshasa est formellement interdite jusqu’à nouvel ordre. Toutes les autorisations antérieures à ce présent communiqué sont suspendues. » Le même texte annonçait une commission mixte d’experts chargée d’un état des lieux et l’élaboration d’un nouveau cadastre publicitaire. Le comité de gestion de la DGPEK était suspendu le même jour.
Le 5 mars 2025, la DGPEK lançait le démantèlement des dispositifs anarchiques. Un an plus tard, le 20 février 2026, le ministre provincial de la Culture et des Arts Bob Amisso confirmait que rien n’avait bougé : « L’interdiction de nouvelles implantations des dispositifs publicitaires, est maintenue et intégralement en vigueur. A ce jour, aucune levée de suspension ni modification de cette mesure n’a été décidée par l’autorité compétente. » Le 9 juillet 2026, le gouverneur recevait le cadastre publicitaire des mains du même ministre, et annonçait que les boulevards du 30 Juin puis Lumumba ne recevraient plus que des panneaux numériques.
Dix-huit mois se sont écoulés entre le gel et le retrait annoncé. Sur cette période, aucune source publique ne donne le nombre de structures effectivement démantelées à Kinshasa, ni le nombre de panneaux recensés dans la ville. Le pourcentage de 50 % s’applique donc à un total que personne n’a rendu public. À titre de comparaison, le district d’Abidjan a lancé le 10 mars 2025 le démantèlement d’environ 5 000 panneaux non autorisés dans ses treize communes, chiffre annoncé avant l’opération.
L’interdiction près des écoles date de 1955, l’édit sur le démantèlement n’existe pas
L’interdiction d’afficher près des écoles n’est pas une décision nouvelle. Elle figure à l’article 5 de l’ordonnance n° 97-327 du 15 octobre 1955 sur la publicité extérieure, toujours présente dans le corpus légal congolais, publiée sur leganet.cd, qui dispose que « Les réclames publicitaires sont interdites sur les monuments, les bâtiments publics et tous immeubles publics ou privés d’utilité publique », en citant nommément les écoles, les hôpitaux et les marchés. Les cimetières et les camps militaires, en revanche, ne sont nommés dans aucun texte identifié à ce jour.
Cette ordonnance de 1955 est aussi, à ce jour, le seul texte qui fixe des normes chiffrées applicables : hauteur maximale de 3,40 mètres pour les panneaux sur clôtures provisoires, largeur comprise entre 4 et 6 mètres, recul d’au moins 8 mètres sur l’alignement pour les terrains non bâtis, autorisation valable deux ans au plus. Elle organise aussi la procédure que l’Hôtel de ville s’apprête à employer. Son article 15 permet au gouverneur de province de retirer en tout temps une permission d’afficher, et fixe la suite : « Dans le délai de trois mois suivant cette notification, les objets doivent être enlevés. » Son article 16 avait accordé aux panneaux existants un délai d’un an pour se mettre en conformité, prolongeable sur demande expresse. Le moratoire de six mois annoncé en 2026 est donc plus court que celui de 1955.
Le texte provincial de référence, l’édit n° 0004/2007 du 28 décembre 2007 portant réglementation de l’implantation des structures de publicité et de l’affichage publicitaire, n’est pas accessible en ligne. Une proposition d’édit déposée en mars 2026 par le député provincial Jared Phanzu vise précisément à le moderniser, en introduisant un cadastre publicitaire numérique et une redevance d’occupation du domaine public.
Reste un point que l’Assemblée provinciale de Kinshasa a soulevé elle-même. Le 28 novembre 2025, elle réclamait au gouvernement provincial deux textes qui n’existaient pas : « l’Édit fixant les procédures applicables en matière de recouvrement des droits, taxes et redevances du secteur de la publicité extérieure revenant à la ville de Kinshasa », selon son rapporteur André Kongolo, et celui fixant les modalités de contrôle, de poursuite et de démantèlement des panneaux non en règle. Neuf mois plus tard, aucun de ces deux édits n’a été publié. Le retrait de la moitié des structures est donc annoncé sans texte provincial qui en fixe la procédure.
Ce que la ville sait chiffrer, ce sont ses taxes. L’arrêté conjoint du 2 décembre 2019, publié au Journal officiel du 1er mars 2020, fixe l’implantation d’un panneau à 3 dollars par mètre carré et par mois sur les boulevards du 30 Juin, Lumumba, Triomphal et Sendwe, à 2 dollars sur les autres artères, l’affichage sur passerelle à 2 500 dollars par mois et l’écran géant diffusant de la publicité à 15 dollars par mètre carré. Les taux sont libellés en dollars et acquittés en francs congolais au taux du jour. Kinshasa a donc un barème fiscal précis depuis sept ans, mais aucune distance minimale entre panneaux fixée par un texte provincial, là où le décret ivoirien impose 75 mètres et la politique de Nairobi 250 mètres le long des corridors routiers.
Le directeur général de l’ARGPK, Graciel Lobo, nommé le 18 avril 2025, résumait en juillet la double nature de l’enjeu : « La publicité n’est pas qu’une source de recettes. Elle participe également à l’embellissement de la ville. »
L’opération s’inscrit dans le programme « Kinshasa ezo bonga », chiffré à 10,9 milliards de dollars sur cinq ans, du gouverneur élu le 29 avril 2024 avec 37 voix. Elle intervient six mois après la démolition des constructions anarchiques de Pakadjuma, le 11 février 2026, que le gouverneur avait justifiée par un préavis comparable et qui s’était soldée par des échauffourées.
Trois points restent à établir. La date de départ du moratoire, que le communiqué ne fixe pas, et donc celle de son échéance. Le nombre de structures recensées à Kinshasa et le nombre de celles jugées non conformes, sans lesquels la proportion de 50 % ne se vérifie pas. Et la nature des sanctions annoncées, que le communiqué ne nomme pas. Aucune concertation préalable avec une association professionnelle des afficheurs n’est documentée, et aucune structure de ce type n’a été identifiée comme interlocuteur.
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