Grand angle Constant Mutamba, l’homme qui a « volé », trop près du soleil!

Constant Mutamba, l’homme qui a « volé », trop près du soleil!

Accusé d’avoir détourné 19 millions de dollars, l’ex-ministre de la Justice Constant Mutamba tombe de haut. Mais sa chute ne dit pas tout. Était-il un réformateur imprudent ou un ambitieux rattrapé par ses propres contradictions ? Entre vérité judiciaire et tragédie politique, portrait d’un Icare congolais brûlé en plein vol.

Constant Mutamba, l’homme qui a « volé », trop près du soleil!
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 16 JUIN 2025 - 08:43 WAT · 4 min de lecture
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Il volait. Oui, il volait. Non pas comme ces vautours anonymes qui tournent autour des marchés publics, fondent sur les budgets orphelins, et disparaissent entre deux parapheurs. Non. Il volait comme Icare – tête levée, ailes dressées, propulsé par l’orgueil et la conviction, par une foi presque juvénile en la rupture. Il voulait purifier la justice. Rien que ça. D’un geste ample, presque naïf, il a désigné les mafias en robe noire, les pactes tacites entre parquet et pouvoir, les justiciers en carton et les juges en service commandé. Et il a parlé fort. Trop fort, peut-être. Il a marché sur les plates-bandes des puissants, à visage découvert, sans armure.

Mutamba n’avait que trente-sept ans. Trop jeune, sans doute, pour comprendre que dans cette République, on ne réforme pas la justice sans affronter la vengeance des justiciers. Qu’on ne crache pas dans le bénitier du Conseil supérieur de la magistrature sans réveiller les vieux dieux du silence. Qu’on ne prononce pas “impunité” dans l’enceinte d’un ministère sans signer soi-même une assignation à comparaître.

Aujourd’hui, c’est lui qu’on accuse. D’avoir volé – non plus au sens figuré, mais au sens pénal. Détournement de 19 millions de dollars. Une société fictive. Un chantier fantôme. Un virement vers un compte privé. Le Parquet a dégainé. L’Assemblée a suivi. Et lui, il clame la cabale. Il accuse ceux qu’il avait autrefois voulu démasquer. Il parle de vengeance. Il parle de piège. Et peut-être n’a-t-il pas tout à fait tort.

Mais ce “peut-être” n’est pas une absolution. Car si Mutamba n’est pas le voleur qu’on décrit, il n’est pas non plus le héros immaculé qu’il prétend être. Il n’est pas tombé par simple malchance. Il a glissé, aussi, sur ses propres certitudes. Il a confondu vitesse et stratégie, insubordination et courage, fougue et autorité. Il a agi avec précipitation, parfois avec désinvolture, souvent en solitaire. Il a brandi la loi comme une épée, mais oublié les règles du duel. Il a voulu assainir la maison justice, mais en contournant les fondations.

Il s’est voulu l’exception. Et l’exception, en politique congolaise, ne dure jamais très longtemps. Il a aussi cédé à l’ivresse de la verticalité. Un pouvoir qui ne consulte plus, qui ne justifie pas, qui décrète. Il a court-circuité les formes. Il a agi seul, dans un système qui ne pardonne ni les initiatives, ni les éclats solitaires. Et c’est là, peut-être, que son éthique s’est brouillée : dans le télescopage entre ambition sincère et méthode cavalière.

Alors sa chute n’est pas qu’un complot. Elle est aussi une leçon. Le pouvoir ne protège pas ceux qui le dérangent. La réforme ne sauve pas ceux qui l’improvisent. La transparence ne suffit pas quand la lumière devient incandescente.

Reste un goût amer. Car si Mutamba a peut-être volé, il a aussi voulu voler. S’élever au-dessus du marécage des petites corruptions quotidiennes. Refuser la connivence. Secouer le confort moral de ceux qui se taisent depuis trop longtemps. Et dans un pays où des dizaines de ministres flottent au-dessus des lois comme des nuages impunis, il est légitime de s’interroger : pourquoi lui ? Pourquoi si vite ? Pourquoi si brutalement ?

La justice, si elle veut rester crédible, devra répondre à toutes les questions – et pas seulement celles que pose le Parquet. La vérité ne peut être une mise en scène. Elle doit être une démonstration. L’histoire, cruelle et cyclique, ne dira peut-être jamais si le ministre Mutamba a effectivement volé. Dans ce pays aux mémoires courtes et aux procès longs, la vérité est souvent un fantôme sans adresse.

Mais on retiendra ceci : il a volé contre le vent. Contre les rites. Contre les mafias. Contre les silences officiels. Et c’est précisément cela que l’on ne pardonne pas. Il est tombé, comme tous les Icares. Pas pour avoir trahi, mais pour avoir dérangé. Pas pour avoir sali, mais pour avoir éclairé ce qui devait rester dans l’ombre. Et dans sa chute, c’est aussi un avertissement que le ciel congolais lance à ceux qui croient, encore, qu’on peut voler droit, voler haut, voler juste. Car dans ce ciel, le soleil ne réchauffe pas. Il brûle. Et il ne pardonne ni l’imprudence… ni la lucidité.

Litsani Choukran,
Le Fondé.

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B
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