Politique Constitution : pourquoi et comment des Églises de réveil soutiennent le pouvoir face aux Catholiques
Politique

Constitution : pourquoi et comment des Églises de réveil soutiennent le pouvoir face aux Catholiques

Un culte dans une Église de réveil en RDC.

Constitution : pourquoi et comment des Églises de réveil soutiennent le pouvoir face aux Catholiques
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 16 JUILLET 2026 - 12:21 WAT · 5 min de lecture

On présente souvent le débat religieux sur la Constitution comme un duel entre catholiques opposés à la révision et Églises de réveil favorables au pouvoir. La réalité est plus enchevêtrée. Si la Conférence épiscopale nationale du Congo dénonce le projet, une partie des Églises de réveil le soutient ouvertement, tandis que d’autres figures de ce même courant le combattent avec vigueur. Le clivage ne sépare pas proprement les confessions, il les traverse.

Du côté catholique, la position est nette. Dans son message du 20 juin, intitulé « La Nation est en péril », la CENCO a jugé qu’il n’y avait « ni nécessité, ni urgence, ni opportunité » de toucher à la loi fondamentale, défendant l’article 220 comme un « rempart contre la dictature et la privatisation de l’État » et avertissant que « tout passage en force comporte des risques énormes dont la balkanisation du pays ». Fait souvent oublié, l’Église du Christ au Congo, principale famille protestante historique, se range du même côté, la CENCO et l’ECC formant un tandem qui porte ensemble une initiative de médiation baptisée Pacte social pour la paix.

Face à ce tandem, une partie des Églises de réveil a choisi le camp inverse. Le 29 avril, des leaders de ce courant, conduits par l’archevêque Ejiba Yamapia, président de l’Église du réveil du Congo, ont plaidé non pour une simple révision, mais pour un changement complet de la Constitution. « Cette Constitution doit être changée, parce que l’origine, c’étaient les belligérants, et parce que le peuple, en ce temps-là, n’a pas été consulté pour se prononcer sur sa propre Constitution », a déclaré l’archevêque, avertissant les opposants qu’ils « subiraient la loi de la majorité ». Dès novembre 2024, des responsables religieux du Haut-Katanga, dont des Églises de réveil, avaient tenu un discours voisin. « Nous encourageons cette démarche. Il y a certains articles qu’on doit revoir pour avoir une constitution adaptée aux réalités », plaidait leur porte-parole, l’évêque François Mutombo.

Mais réduire les Églises de réveil à un bloc pro-pouvoir serait une erreur. L’une de leurs figures les plus suivies, le pasteur Moïse Mbiye, a publiquement fustigé les prédicateurs engagés pour le changement, dénonçant des rassemblements de pasteurs obsédés par un seul sujet, la Constitution, avant de nuancer son propos et d’appeler à un débat sérieux. En août 2025, huit confessions religieuses, dont une Église de réveil, avaient par ailleurs reproché au Pacte social de la CENCO et de l’ECC de ne pas reconnaître l’agression rwandaise, preuve que les lignes de fracture ne se superposent pas aux étiquettes confessionnelles.

Ce courant n’en pèse pas moins lourd dans la bataille. Les Églises de réveil, issues du pentecôtisme importé des États-Unis dans les années 1990, rassemblent des millions de fidèles et disposent d’une capacité de mobilisation devenue redoutable, au point de concurrencer l’Église catholique dans un pays majoritairement chrétien. À cette rivalité ancienne s’ajoute un soupçon récurrent, celui d’une proximité politique et financière entre certaines megachurches et le pouvoir. Ce soupçon nourrit le débat public, mais aucune preuve établie d’un financement direct n’existe, et il serait injuste de qualifier ces Églises de vendues comme il serait faux de dire la CENCO simplement politisée.

Ce clivage religieux se déroule sur fond d’offensive contre les évêques. La majorité présidentielle a accusé la CENCO d’un « acte de subversion » contre les institutions, et des jeunes ont manifesté fin juin devant son siège à Kinshasa, aux cris hostiles au haut clergé catholique, une mobilisation dont la nature même, spontanée ou orchestrée, fait débat. Dans ce climat, la parole religieuse est devenue un enjeu politique de premier plan, chaque camp cherchant à s’adjoindre l’autorité morale des chaires.

Au fond, la ligne de partage n’oppose pas les croyances mais les lectures d’un même texte. Les uns, catholiques et protestants historiques, voient dans la Constitution de 2006 un verrou contre le pouvoir personnel qu’il faut préserver. Les autres, dans une frange du réveil, y voient un héritage imposé par la guerre, qu’un peuple souverain aurait le droit de refonder. Entre ces deux visions, ce ne sont pas seulement des Églises qui s’affrontent, mais deux idées de ce que doit être la démocratie congolaise.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…