Économie Le franc tient, la vie chère reste : les deux Congo de Daniel Mukoko

Le franc tient, la vie chère reste : les deux Congo de Daniel Mukoko

Le comité de conjoncture salue un franc raffermi et une inflation maîtrisée. À Lodja, le panier explose. Pourquoi la stabilité ne se voit pas partout.

Le franc tient, la vie chère reste : les deux Congo de Daniel Mukoko
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 21 JUIN 2026 - 22:05 WAT · 3 min de lecture

Le 10 juin, à la Primature de Kinshasa, le gouvernement s’est félicité d’une monnaie qui tient et d’une inflation domptée. Cinq jours plus tard, à Lodja, le même ministre constatait qu’une bouteille de Coca y coûte trois fois le prix de Kinshasa. Entre les deux scènes, tout l’écart du pays.

À la réunion du Comité de conjoncture économique, présidée par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, le vice-Premier ministre chargé de l’Économie, Daniel Mukoko Samba, a dressé un bilan rassurant. « L’économie congolaise est demeurée résiliente », a-t-il déclaré. « Vous avez pu constater la stabilité générale des prix, mais également la stabilité observée sur le plan monétaire. Le taux de change est resté relativement stable. »

Les chiffres lui donnent raison sur le papier. Selon la Banque mondiale, le franc congolais s’est apprécié d’environ 5 % en moyenne sur 2025, tandis que l’inflation a reculé à 7,5 %, contre 17,7 % un an plus tôt. La croissance devrait avoisiner 5 % par an jusqu’en 2028. La politique monétaire restrictive de la Banque centrale, couplée à un resserrement budgétaire, a stoppé la glissade du franc.

Puis il y a l’autre Congo. Cinq jours après la Primature, Mukoko Samba était en mission à Lodja, chef-lieu du Sankuru. Là, une bouteille de Coca vendue 2 500 francs à Kinshasa atteint 8 000 francs. Une bière dépasse les 11 000. Un sac de ciment frôle les 50 dollars. « Le principal problème dans cette province, c’est son enclavement », a reconnu le ministre. « C’est ce problème fondamental qu’il faut régler. »

L’enclavement, pas le taux de change. C’est là que les deux discours se rejoignent sans se contredire. Un franc plus solide face au dollar ne fait pas baisser un prix dont le coût est dominé par le transport. Quand chaque intermédiaire répercute le fret fluvial et l’état des routes, la stabilité monétaire vantée à Kinshasa ne descend pas jusqu’au marché de Lodja.

Le contraste éclaire une limite de la statistique nationale. Une moyenne de prix maîtrisée additionne des réalités qui n’ont rien de commun. Dans les grandes villes connectées, la stabilité se ressent. Dans les provinces enclavées, le panier reste hors de portée, et le pouvoir d’achat ne suit pas la courbe du franc.

La pauvreté reste la toile de fond. Selon la Banque mondiale, plus de 80 % des Congolais vivaient encore sous le seuil de pauvreté en 2025. Une monnaie raffermie est un acquis réel ; elle ne suffit pas à nourrir une famille de Lodja. C’est tout l’objet du chantier que le gouvernement dit vouloir ouvrir : faire en sorte que la résilience macroéconomique finisse par se lire dans les prix de l’intérieur.

D’ici là, le pays continuera de vivre à deux vitesses. Un franc qui tient à Kinshasa. Une vie qui reste chère à Lodja. Et un même ministre pour incarner, à cinq jours d’intervalle, les deux bouts du fil.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…