Mandataires publics : quinze entreprises annoncées, cinq en compétition, et un arrêté fondateur jamais publié
L'avis annonce quinze entreprises, Radio Okapi près de 140 postes, le portail du ministère du Portefeuille en ouvre quinze dans cinq entreprises. Le dépôt se ferme le 14 août. L'arrêté qui fonde le processus n'a jamais été publié.
La ministre du Portefeuille Julie Shiku. Son ministère a lancé le 30 juillet 2026 la sélection compétitive des mandataires publics.
AFP
L’avis s’intitule « Sélection compétitive des mandataires publics dans 15 entreprises du Portefeuille de l’État ». Radio Okapi a annoncé près de 140 postes. Le portail du ministère du Portefeuille, lui, n’en ouvre que quinze, dans cinq entreprises. Le dépôt se ferme vendredi 14 août à 23 h 59. Les trois chiffres sont officiels, et ils ne disent pas la même chose.
Le processus est présenté comme une rupture. Le gouvernement Suminwa entend en finir avec « la répartition des mandataires publiques par quotas politiques, privilégiant désormais le mérite, la compétence et la transparence dans la gestion des entreprises publiques », écrit Radio Okapi le 12 août. Le communiqué de lancement promet « une gouvernance des entreprises publiques plus performante, plus responsable et davantage orientée vers la création des valeurs au bénéfice de l’intérêt général et du développement de la RDC ». Julie Shiku, ministre d’État en charge du Portefeuille depuis le 8 août 2025, a appelé les femmes à concourir : « Le talent n’a pas de genre. L’État a besoin des meilleures compétences. »
Ce que recouvre l’annonce est plus étroit. L’avis prévoit trois étapes successives, chacune portant sur cinq entreprises. La première concerne la SNEL, la REGIDESO, la SNCC, la RVA et l’ONATRA. Sur le portail, l’ONATRA, la SNCC et la RVA mettent chacune quatre mandats en jeu : président du conseil d’administration, directeur général, directeur général adjoint et administrateur non dirigeant. La SNEL n’en ouvre que deux, et pas celui de directeur général. La REGIDESO en ouvre un seul, administrateur non dirigeant. Total, quinze postes. Les quinze entreprises annoncées ne sont donc pas toutes en lice, et les dix qui restent n’ont été ni nommées ni datées.
L’acte qui fonde le processus n’a jamais été publié
Le lancement se réclame de l’arrêté ministériel n° 001/CAB/MIN.PF/JS/2026 du 11 avril 2026, que l’ACP décrit comme « tel que complété et modifié à ce jour ». Ce texte fondateur et ses actes modificatifs n’ont jamais été mis en ligne. La rubrique des textes et lois du site du ministère renvoie une erreur 404. L’avis lui-même est un fichier hébergé sur un service de partage de documents, atteint par un lien raccourci, et il s’achève sur la mention « Fait à Kinshasa, le 30 juillet 2026 », sans nom, sans qualité, sans numéro d’enregistrement.
La loi n° 08/010 du 7 juillet 2008, elle, est accessible. Son article 13 dispose que « le Président de la République nomme, relève de leur fonctions et, le cas échéant, révoque, sur proposition du Gouvernement délibérée en Conseil des Ministres, les mandataires publics dans les entreprises du portefeuille de l’Etat ». Or le mot « mandataire » n’apparaît qu’une fois dans les comptes rendus du Conseil des ministres publiés en 2026, et sans rapport avec cette procédure. La Primature n’a plus rien mis en ligne depuis la 91e réunion du 29 mai. Le mois où l’arrêté a été pris et celui où l’appel a été lancé ne sont couverts par aucun compte rendu public.
Deux autres écarts avec le texte de 2008 se mesurent. L’article 11 fixe un âge minimum de 25 ans et ne prévoit aucun plafond ; les fiches de poste en imposent un, 70 ans au 31 décembre 2026. La même loi n’exige aucun diplôme ; le barème officiel demande « 5 ans d’expérience pertinente pour un diplôme de maîtrise, DEA ou doctorat ; 7 ans pour une licence ; 10 ans pour un graduat ; 15 ans en cas d’autoformation ».
Une chaîne technique étrangère et un cabinet sans nom
L’avis confie la conduite du dispositif au « Comité de recrutement des mandataires publics (CRMP), placé sous l’autorité du Ministre du Portefeuille avec l’appui technique d’un cabinet de consultants spécialisé ». La composition de ce comité n’a pas été publiée. Le cabinet n’est nommé nulle part dans la communication officielle. Son identité ressort des pièces techniques : le pied de page des fiches de poste porte Lawson Human Resources, et la plateforme de dépôt est un sous-domaine d’un serveur ivoirien. C’est là que les candidats congolais téléversent casier judiciaire, pièce d’identité, certificat de résidence et copies certifiées de leurs diplômes. Sept pièces, à réunir en quinze jours calendaires, au mois d’août. Les fiches de poste, elles, sont datées de juin.
L’accusé de dépôt « ne vaut pas décision de recevabilité », prévient l’avis. Suivront quatre étapes éliminatoires : éligibilité, examen du dossier, épreuve écrite, entretien devant un panel d’experts. Les trois meilleurs profils par mandat seront proposés au chef de l’État, qui nomme par ordonnance. Le classement oriente, il ne tranche pas. Aucune date n’a été publiée pour les épreuves ni pour les nominations.
Reste le précédent immédiat. Le 23 février 2026, des ordonnances ont donné à la RVA un directeur général et un directeur général adjoint, et reconduit son président du conseil d’administration. Ces trois mandats figurent aujourd’hui parmi les quinze remis en compétition. Radio Okapi écrit pourtant que « les responsables déjà désignés à l’issue d’un précédent processus compétitif ne sont toutefois pas concernés par cette nouvelle procédure ». Ce que deviennent les titulaires de février n’est expliqué nulle part.
Ce que le pays met en jeu, en revanche, se chiffre. Le ministère recense cent entreprises au portefeuille, trente publiques et soixante-dix para-étatiques. Dans son mémorandum au Fonds monétaire international, le gouvernement congolais écrit lui-même que la plupart d’entre elles accumulent les pertes depuis trois ans, « placing a heavy burden on the state budget ». Les dividendes versés à l’État tombent de 264 milliards de francs congolais en 2024 à 41 milliards projetés pour 2025 et 59 pour 2026, quand les recettes totales attendues atteignent 37 916 milliards. Les entreprises publiques portent environ 30 % de la dette extérieure publique et publiquement garantie du pays. Cinq des sept sociétés que le FMI désigne comme prioritaires figurent dans la première vague.
Les lignes directrices de l’OCDE, que le dispositif suit en recourant à un comité et à un cabinet, posent deux exigences qu’il ne satisfait pas : la publicité préalable des candidatures retenues avec le parcours des intéressés, et une sélection que l’organisation veut « decoupled from electoral, partisan or any other potential conflict of interest ». Sur le genre, l’engagement tient en une phrase de l’avis, « les candidatures féminines sont vivement encouragées », et aucun quota ne l’accompagne. En juin, sur trente-neuf mandats pourvus par ordonnance, dix sont allés à des femmes, aucune à une direction générale. « Les femmes congolaises disposent aujourd’hui des compétences, de l’expertise et de l’expérience nécessaires pour assumer les plus hautes responsabilités de gestion publique », relevait alors Miriane Kizimini, coordinatrice du Réseau international des jeunes pour le développement durable.
Vendredi soir, la fenêtre se referme. Le nombre de dossiers reçus, le calendrier des épreuves et la composition du comité diront si l’appel aura produit autre chose que son annonce.
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