Kinshasa : le gouverneur Bumba refuse aussi la marche de la majorité présidentielle prévue le 22 juillet
Le gouverneur Daniel Bumba avec son micro, s'adressant aux sinistrés des inondations d'avril au stade Tata Raphaël.
AFP
Cette fois, c’est une marche de soutien au pouvoir que l’interdiction sanitaire vient bloquer. Le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, n’a pas pris acte de la marche que la Majorité extraparlementaire de l’Union sacrée de la Nation, plateforme de la majorité présidentielle, comptait organiser le mercredi 22 juillet pour soutenir les institutions et les Forces armées. La décision a été communiquée le lundi 20 juillet à une délégation conduite par Sylvain Mutombo, membre du présidium de ce regroupement, reçue à l’hôtel de ville.
Le motif invoqué est le même que celui opposé jusqu’ici à l’opposition. Par un message daté du 27 juin, le vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a suspendu les rassemblements de masse dans quatre provinces, Kinshasa, la Tshopo, le Haut-Uele et le Bas-Uele, afin de prévenir la propagation de la maladie à virus Ebola. Le gouverneur a présenté sa décision comme exclusivement préventive, destinée à protéger la population, et a invité tous les acteurs politiques à respecter les mesures d’urgence sanitaire en vigueur.
Ce refus referme une séquence où le traitement des deux camps a fini par converger. Depuis fin juin, l’opposition dénonçait une application à géométrie variable de l’interdiction, estimant que la mesure sanitaire servait à empêcher ses propres manifestations pendant que la majorité, elle, se réunissait. Le député Delly Sesanga, de l’Envol, avait accusé le pouvoir d’user des restrictions « à des fins politiques », un grief que les autorités ont toujours réfuté en assurant que leurs décisions « répondent exclusivement à des considérations de santé publique ». Le blocage d’une marche pro-pouvoir vient nuancer l’accusation de deux poids, deux mesures.
Car au 20 juillet, aucune des deux marches annoncées pour le 22 juillet n’était maintenue à Kinshasa. La Coalition Article 64, à l’origine de l’appel de l’opposition, a elle-même reporté sa manifestation ce même lundi, après l’appel au dialogue lancé le 18 juillet par la Conférence épiscopale nationale du Congo et l’Église du Christ au Congo, tout en posant un ultimatum au 15 août. Du côté de la majorité, l’initiative n’était d’ailleurs pas unanime. Alors que le secrétaire général permanent de l’Union sacrée, André Mbata, appelait à une mobilisation nationale, l’UDPS, le parti présidentiel, avait annoncé par la voix de son secrétaire général Augustin Kabuya qu’elle n’organiserait aucune marche, invitant ses militants à vaquer normalement à leurs occupations pour éviter le bras de fer.
Reste la question qui traverse tout l’épisode. En suspendant les rassemblements dans la capitale, la mesure anti-Ebola protège la santé publique et, dans le même mouvement, prive la rue de toute expression politique, quel qu’en soit le camp. Le pouvoir y voit une précaution imposée par une épidémie qui a déjà fait près de neuf cents morts dans l’est du pays. Une partie de l’opposition y lit un instrument commode. En refusant sa propre marche à la majorité, le gouverneur Bumba retire à ce second procès une part de ses arguments, sans l’éteindre tout à fait.