Politique Dans l’Est de la RDC occupé : entre pillage, répression et effondrement total de l’État
Politique

Dans l’Est de la RDC occupé : entre pillage, répression et effondrement total de l’État

Dans l’Est de la RDC occupé : entre pillage, répression et effondrement total de l’État
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 6 MARS 2025 - 18:36 WAT · 6 min de lecture

Goma, jadis centre économique et administratif du Nord-Kivu, est aujourd’hui une ville fantôme où l’État congolais a disparu, remplacé par une machine de pillage organisée par le Rwanda et ses supplétifs du M23/AFC. Les témoignages recueillis sur place dressent le tableau d’une occupation brutale, où les habitants subissent privations, expropriations et terreur.

L’un des signes les plus marquants de l’effondrement de l’autorité de l’État congolais est la paralysie totale du système bancaire dans les zones occupées. À Goma, plus aucune banque ne fonctionne. Les habitants sont forcés d’utiliser le franc rwandais, une imposition qui leur rappelle chaque jour que leur ville est administrée par l’occupant.

« On ne peut même plus retirer nos propres francs congolais ici. Je dois traverser au Rwanda pour aller chercher mon argent avec ma carte Visa congolaise, puis revenir acheter à Goma en francs rwandais. C’est humiliant, on nous traite comme des étrangers dans notre propre pays », témoigne Aimé, un commerçant de Birere.

Le même schéma se répète à Bukavu, où les habitants doivent également passer la frontière pour effectuer des retraits. Cette situation asphyxie les fonctionnaires et agents de l’État congolais, qui ne sont ni payés, ni pris en charge, abandonnés à leur sort.

L’administration pillée, les biens publics transférés au Rwanda

Les agents de l’État ne sont pas seulement privés de salaires : leurs outils de travail ont été méthodiquement confisqués et transférés au Rwanda. Les véhicules administratifs, les équipements des services publics, tout a été saisi par les hommes de Corneille Nangaa, leader du M23-AFC, et redistribué à l’occupant.
« Ils ont pris toutes les voitures de la mairie, les camions de l’Office des Routes, même les ambulances des hôpitaux publics. Tout est passé de l’autre côté de la frontière. Ils ne veulent rien laisser aux Congolais », confie sous anonymat un ancien fonctionnaire du gouvernorat, désormais en fuite.

Les familles considérées comme favorables au gouvernement congolais sont directement ciblées. Leurs maisons sont confisquées et occupées par les forces du M23/AFC et leurs alliés, sans la moindre procédure légale.

« Ils sont venus chez moi avec des armes et m’ont dit que cette maison appartient maintenant au M23. Je n’ai eu que quelques minutes pour prendre mes affaires. Depuis, elle est occupée par un colonel rwandais », raconte, la voix tremblante, Jean-Luc, un habitant du quartier Himbi qui a trouvé refuge à Sake.
Le pillage ne s’arrête pas là : tout ce qui a de la valeur est saisi et acheminé au Rwanda. Meubles, appareils électroniques, stocks de marchandises des magasins, véhicules privés, les convois de camions vers la frontière sont incessants.

« Ils ne sont pas venus ici pour gouverner, ils sont venus pour vider notre ville. Chaque jour, des camions pleins d’objets volés passent vers Gisenyi. Même les portes et les fenêtres des maisons abandonnées sont démontées et emportées », déplore Marie, une vendeuse de Katindo.

Pillage systématique des minerais

À Goma comme dans les autres zones occupées, les frontières sont désormais entre les mains exclusives de l’armée rwandaise. L’État congolais n’y a plus aucun contrôle. Plus grave encore, les activités douanières ne sont plus qu’un prétexte pour l’exportation massive des ressources minières congolaises vers le Rwanda.

« Les soldats rwandais supervisent eux-mêmes le passage des camions de minerais. Ils ne cachent même plus rien. Il n’y a pas d’administration, pas de contrôle, juste une organisation militaire qui fait partir notre richesse vers Kigali », affirme un employé du port de Goma, forcé de travailler sous la supervision des occupants.

Cette situation renforce le sentiment d’un plan d’occupation et de pillage organisé, où le Rwanda ne se contente pas d’installer une administration parallèle, mais détruit toute possibilité pour l’État congolais de reprendre pied dans ces territoires.

Pendant que le pillage bat son plein, les habitants vivent dans la peur permanente. Les arrestations arbitraires sont courantes, les jeunes sont enrôlés de force pour grossir les rangs des milices du M23-AFC, et les exécutions sommaires se multiplient. « Mon frère a été enlevé par des soldats rwandais parce qu’ils disaient qu’il pourrait travailler pour les FARDC. Nous n’avons jamais revu son corps », confie en larmes Chantal, une jeune femme de Majengo.

À Nyiragongo, une réunion tenue par les chefs militaires rwandais a imposé une nouvelle mesure brutale : chaque ménage doit donner trois enfants sur cinq pour le recrutement militaire. « On nous a dit que si nous ne donnions pas trois enfants, notre famille serait expulsée et notre maison confisquée. Ils veulent faire de nos enfants des soldats contre leur propre pays », confie, angoissé, un père de famille qui cherche à fuir vers Minova.

« Le monde regarde »

Malgré l’ampleur des exactions, la Communauté internationale reste muette face à ce qui s’apparente à une colonisation brutale et un nettoyage systématique des populations congolaises dans les territoires occupés. « Nous sommes abandonnés. Le monde regarde, mais personne ne fait rien. Pendant ce temps, nous sommes tués, chassés de nos maisons et notre pays est volé sous nos yeux », s’indigne un activiste local.

Ce qui se passe à Goma dépasse le simple conflit armé. Il s’agit d’une prise de contrôle organisée, où l’État congolais est démantelé, ses ressources volées et sa population soumise à un régime de terreur.
Face à cette catastrophe humanitaire et géopolitique, la RDC doit urgemment trouver une réponse militaire, diplomatique et stratégique pour stopper cette occupation qui risque de s’ancrer définitivement si rien n’est fait.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…