Société Que deviennent les 15 000 de diplômés qui sortent chaque année des universités en RDC
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Que deviennent les 15 000 de diplômés qui sortent chaque année des universités en RDC

Le ministère ne publie pas de statistiques d'insertion, mais les enquêtes convergent : décrocher un premier emploi digne reste l'exception. Chiffres honnêtes, quatre trajectoires et rares filières qui tiennent, sur ce que deviennent les diplômés des universités congolaises.

Que deviennent les 15 000 de diplômés qui sortent chaque année des universités en RDC
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 24 JUILLET 2026 - 10:46 WAT · 7 min de lecture

Chaque fin d’année académique, les amphithéâtres de l’Université de Kinshasa, de l’UNILU ou de dizaines d’établissements se remplissent de toges, de familles fières et de téléphones brandis. On crie, on chante, on jette les coiffes en l’air. Puis vient le silence des mois qui suivent, celui des candidatures sans réponse, des stages sans salaire et des journées à la maison. En République démocratique du Congo, obtenir un diplôme universitaire n’est plus un sésame. C’est, le plus souvent, le début d’une longue attente. Que deviennent, une fois la fête finie, ces cohortes de jeunes que le pays forme et n’emploie pas ? La réponse commence par un aveu inconfortable : personne ne le sait précisément.

Les vrais chiffres, à commencer par ceux qui manquent

La première donnée honnête est une absence. Le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire ne publie pas de statistiques annuelles fiables sur le nombre de diplômés, encore moins sur leur insertion professionnelle. Faute de chiffres officiels, on avance par estimations, et il faut le dire sans détour pour ne pas gonfler le trait. Le nombre d’étudiants dans le supérieur est estimé entre cinq cent mille et six cent cinquante mille. Le flux de nouveaux diplômés qui arrivent chaque année sur le marché se situe plus vraisemblablement entre soixante mille et cent vingt mille selon les années, loin des trois cent mille parfois cités sans source.

Le chiffre que les autorités mettent en avant est trompeur. Le taux de chômage officiel des 15-24 ans tourne autour de 15,85 %, contre environ 9,37 % pour les adultes. En apparence, rien de catastrophique. Mais ce taux ne veut presque rien dire dans un pays où près de 88,6 % de la population active survit dans l’informel. Un diplômé qui vend des cartes de recharge au coin de la rue est compté comme « occupé », donc pas au chômage. La vraie mesure n’est pas le chômage déclaré, c’est le sous-emploi et le déclassement, et là, les enquêtes universitaires menées ces dernières années dans plusieurs villes convergent : décrocher un premier emploi digne reste l’exception, pas la règle. Plusieurs de ces travaux situent le taux de chômage et de sous-emploi des jeunes diplômés entre 70 % et 85 %.

Un diplômé, deux ans après la sortie (estimations, à défaut de données officielles)

  • Emploi formel stable : 10 à 15 %.
  • Emploi informel, débrouille, petit commerce : 40 à 50 %.
  • Chômage total ou dépendance familiale : 35 à 45 %.

Ordres de grandeur issus d’enquêtes universitaires locales, à manier avec prudence tant que l’État ne publie pas de suivi national.

Derrière ces pourcentages, il y a une équation démographique implacable. Des estimations relayées par des organisations internationales évoquent la nécessité de créer autour de cent mille emplois formels par an rien que pour empêcher le chômage des jeunes de s’aggraver. Or l’économie congolaise, portée par les mines mais peu diversifiée, en crée une fraction. Chaque promotion vient donc s’ajouter à un stock de diplômés en attente, et l’écart se creuse.

Que deviennent-ils, concrètement

Sur le terrain, quatre trajectoires reviennent, que les études et l’observation du marché dessinent nettement. La première est celle du diplômé déclassé, devenu chauffeur, motard-taxi ou vendeur de crédit téléphonique, un bac+5 en poche et un revenu de survie. La deuxième est celle du stagiaire permanent, enchaînant des stages de six mois, un an, parfois deux, souvent non rémunérés, dans l’espoir d’une embauche qui ne vient pas et sert surtout de main-d’œuvre gratuite à l’employeur. La troisième est l’exode, vers l’Angola, l’Afrique du Sud, le Golfe ou l’Europe, par des filières légales quand c’est possible, risquées quand ça ne l’est pas. La quatrième est le retour au village ou l’attente à la maison, cette oisiveté subie qui pèse sur les familles et ronge la confiance. Ces portraits méritent d’être incarnés par de vraies voix, un travail de terrain que cette enquête appelle et que les chiffres seuls ne remplacent pas.

Pourquoi ce gâchis

Les causes sont structurelles, et il ne sert à rien de les enrober. La première est l’inadéquation entre la formation et le marché. Le pays produit beaucoup de juristes, de politologues et d’économistes généralistes, et trop peu d’ingénieurs, de profils du numérique, d’agronomes de terrain et de techniciens qualifiés. La deuxième est le poids du piston : à diplôme égal, le réseau, l’appartenance et la relation l’emportent souvent sur la compétence, ce qui décourage le mérite. La troisième est la faiblesse du secteur privé formel, trop étroit et trop concentré autour de quelques secteurs et de la capitale, incapable d’absorber le flux. La quatrième est démographique : la population jeune croît plus vite que les emplois créés, si bien que même une économie en croissance laisse chaque année des dizaines de milliers de diplômés sur le bord de la route.

Les rares filières qui tiennent en 2026

Tout n’est pas noir, mais les débouchés réels sont concentrés. Les mines et les industries extractives restent le premier employeur qualifié, pour la géologie, la métallurgie, la logistique et les métiers de la sécurité et de l’environnement. Les télécoms, la fintech et le numérique ouvrent des portes au développement, à la donnée et à la cybersécurité, portés par des opérateurs qui cherchent ces profils. L’agro-industrie et la transformation agricole offrent un potentiel encore sous-exploité mais réel. Le BTP et l’énergie recrutent au gré des chantiers. Les organisations internationales et les projets de développement embauchent, mais la concurrence y est féroce. Reste l’entrepreneuriat, érigé en solution par défaut, avec quelques dispositifs d’appui et incubateurs à la clé. Les jeunes qui s’en sortent sont ceux qui ont visé ces niches, complété leur diplôme par une compétence technique ou numérique, et accepté de commencer bas. Leurs salaires de départ, dans le formel, se comptent généralement en centaines de dollars, quand la débrouille informelle, elle, ne garantit rien.

Ce que font, ou ne font pas, les autorités

Des dispositifs existent. L’Office national de l’emploi pilote des programmes d’insertion, un fonds de promotion de l’entrepreneuriat des jeunes a été mis en place, et des forums comme la Kazi Job Conférence, relayée en 2026, tentent de rapprocher offre et demande. Le problème n’est pas l’absence d’initiatives, c’est leur volume. Rapportés au flux annuel de diplômés, ces programmes touchent une minorité, et ne changent pas l’échelle du problème. Tant qu’ils resteront des rustines face à un déficit structurel d’emplois, ils soulageront des individus sans inverser une tendance.

Le diplôme congolais n’a pas perdu de sa valeur intellectuelle. Il a perdu de sa valeur économique. Tant que le système de formation restera déconnecté du marché, et tant que le secteur productif ne créera pas massivement d’emplois, chaque nouvelle promotion continuera de grossir les rangs d’une jeunesse formée pour un pays qui ne l’attend pas. C’est peut-être là le vrai chiffre, celui qu’aucune statistique ne donne : celui d’une génération que l’on diplôme sans lui offrir de quoi bâtir.

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B
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