Économie Dollar à 2 250, « stabilité » annoncée : pourquoi le panier du Kinois ne baisse pas
BCC

Dollar à 2 250, « stabilité » annoncée : pourquoi le panier du Kinois ne baisse pas

Le franc tient à 2 250 pour un dollar, la Banque centrale salue la stabilité, mais l'huile, la braise et le manioc restent chers. Pourquoi les prix ne redescendent pas quand la monnaie se stabilise : décryptage en chiffres.

Une liasse de dollars sur un marché de Kinshasa. JUNIOR KANNAH / AFP
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 22 JUILLET 2026 - 15:39 WAT · 4 min de lecture

Au marché, le bidon d’huile de palme de vingt-cinq litres se vend toujours autour de cinquante-deux mille francs, le sac de braise trente-deux mille, et les cossettes de manioc ont doublé pour atteindre cent vingt mille francs les cinquante kilos. Pendant ce temps, la Banque centrale du Congo répète que la monnaie est stable, à deux mille deux cent cinquante francs pour un dollar. Entre le tableau de la Banque et l’étal du marché, il y a un fossé que chaque ménage éprouve à la fin du mois. La question que tout Kinois se pose est simple : si le franc tient, pourquoi les prix, eux, ne redescendent-ils jamais ?

La stabilité, d’abord, est réelle. Au 21 juillet, le taux officiel s’établissait exactement à deux mille deux cent cinquante francs pour un dollar, et le comité de politique monétaire de la Banque centrale anticipe une stabilisation autour de cette moyenne. Après avoir glissé jusqu’à deux mille trois cent treize francs en avril, la monnaie est revenue dans une bande étroite. L’inflation, elle aussi, a nettement ralenti : en glissement annuel, elle tourne autour de deux et demi pour cent, contre plus de dix pour cent un an plus tôt. La Banque en tire une fierté légitime et promet de préserver la « stabilité des prix intérieurs ». Sur ses chiffres, elle a raison.

Une stabilité qui ne rembourse rien

Le problème est qu’une monnaie stable n’est pas une monnaie qui baisse. Quand le franc cesse de chuter, il fige les prix là où ils sont montés, il ne les rembobine pas. Les commerçants ont répercuté sans attendre chaque dépréciation des derniers mois ; ils n’ont aucune raison de répercuter la détente quand la monnaie se redresse. C’est la loi des prix rigides à la baisse, brutale ici : l’étiquette grimpe vite avec le dollar, elle ne redescend presque jamais avec lui. La stabilité, dans ce cadre, ne soulage pas le portefeuille, elle stoppe seulement l’hémorragie.

À cela s’ajoute un écart que les communiqués passent sous silence. Le taux de la Banque n’est pas celui du marché. En début d’année, quand l’indicatif affichait deux mille deux cents francs, le marché parallèle en réclamait déjà plus de deux mille trois cents, un écart de l’ordre de cinq pour cent qui persiste. Or c’est au cours de la rue, pas à celui de la Banque, que le boutiquier convertit son prix d’achat. Le fameux deux mille deux cent cinquante reste, pour la ménagère, un chiffre théorique qu’elle ne voit jamais à sa table de change.

Le dollar de la Banque, les francs de la cuisine

La dollarisation achève d’expliquer le malaise. Le loyer, l’écolage, les gros achats se libellent en dollars. La stabilité du franc ne réconforte donc que ceux qui gagnent en dollars, une minorité, tandis que l’écrasante majorité perçoit ses revenus en francs. Pour eux, les prix affichés « stables » en devise restent lourds en monnaie locale, et le sentiment que tout renchérit n’est pas une illusion, c’est l’arithmétique de deux monnaies qui ne se valent pas dans la même poche.

Reste le poids des choses elles-mêmes. Une part de ce que mange Kinshasa est importée, et le reste voyage sur des routes chères, sous des taxes et des tracasseries qui gonflent chaque prix bien après le passage du camion. L’huile passée de quarante-cinq à cinquante-deux mille francs, la braise de vingt-trois à trente-deux mille, le manioc qui double, tiennent autant à la logistique et aux marges qu’au cours du dollar. Le taux de change n’est qu’un des étages de l’addition, et ce n’est pas le seul qui a monté. Kinshasa reste, dans les comparaisons régionales, l’une des capitales les plus chères du continent, pendant que les revenus, malgré une hausse des salaires présentée comme historique, ne suivent pas la cadence.

Voilà pourquoi la Banque centrale peut gagner la bataille du taux sans gagner celle du panier. Tant que les prix restent collés à leur sommet, que le marché parallèle mène la danse, que la dépense se pense en dollars et que les salaires traînent, la « stabilité » demeurera un mot d’économiste, pas une réalité de cuisine. La vraie mesure d’une monnaie ne se lit pas dans le tableau du comité de politique monétaire, mais dans ce que dix mille francs rapportent au marché, ce matin, une fois posés sur l’étal.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…