Diplomatie RDC-Tanzanie : ce qu’il faut retenir de la tripartite de Lubumbashi sur 87 000 réfugiés congolais

RDC-Tanzanie : ce qu’il faut retenir de la tripartite de Lubumbashi sur 87 000 réfugiés congolais

87 553 réfugiés congolais en Tanzanie, un accord signé à Lubumbashi en 2005, et aucun retour enregistré par le HCR depuis 2020 quand 96 446 Burundais sont rentrés en six mois.

RDC-Tanzanie : ce qu’il faut retenir de la tripartite de Lubumbashi sur 87 000 réfugiés congolais
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 26 AOÛT 2026 - 20:14 WAT · 6 min de lecture

La huitième réunion tripartite entre la République démocratique du Congo, la Tanzanie et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés s’est ouverte le mardi 25 août 2026 à Lubumbashi, pour trois jours de travaux consacrés au rapatriement volontaire des réfugiés congolais établis en Tanzanie. Le gouverneur intérimaire du Haut-Katanga, Martin Kazembe, qui a présidé la cérémonie, a fixé l’objectif : « Cette rencontre traduit notre volonté commune de créer les conditions nécessaires à un retour volontaire, digne et sécurisé de nos compatriotes. »

Combien ils sont, et où

Au 31 juillet 2026, le HCR recense 87 553 réfugiés originaires de la RDC en Tanzanie. Ils forment 66,9 % des 130 924 réfugiés et demandeurs d’asile du pays, devant 42 586 Burundais. Le chiffre de 87 000 avancé à Lubumbashi correspond à cette donnée.

La quasi-totalité se trouve au camp de Nyarugusu, dans la région de Kigoma, qui héberge 89 658 personnes toutes nationalités confondues. Le HCR décompte aussi des réfugiés dans les villages de Kigoma, à Katumba, Ulyankulu, Mishamo, Chogo et Dar es Salaam. Nyarugusu a été ouvert en novembre 1996 pour accueillir des personnes fuyant les conflits congolais : certaines familles y vivent depuis trente ans. Depuis la reprise des violences dans l’Est en janvier 2025, 4 566 personnes s’y sont ajoutées.

Le chiffre qui manque dans les discours

Le HCR tient une série des retours. Entre 2005 et 2025, 90 059 réfugiés congolais sont rentrés de Tanzanie, mais l’essentiel de ce volume est concentré sur les quatre premières années, de 2005 à 2008. Le dernier volume à quatre chiffres remonte à 2019, avec 1 482 personnes. En 2020, cinq personnes. Pour les années 2021 à 2025, la base du HCR n’enregistre aucun retour.

Le rapprochement s’impose de lui-même, puisqu’il s’agit du même pays d’asile et du même mécanisme tripartite. Sur les six premiers mois de 2026, 96 446 réfugiés burundais sont rentrés de Tanzanie au Burundi, portant le total à 282 863 depuis 2017. Le camp de Nduta, qui accueillait des Burundais, a d’ailleurs été fermé le 30 avril 2026, ses derniers occupants relogés à Nyarugusu.

Ce que la réunion prépare

Les délégations travaillent à une feuille de route couvrant l’information des réfugiés, l’identification des zones de retour, l’organisation du transport et de l’accueil. Elles évaluent aussi les engagements pris à Dar es Salaam en décembre 2025, où, selon le rapport annuel du HCR sur la Tanzanie, « pour les réfugiés congolais, la Commission tripartite a réaffirmé le droit au retour volontaire fondé sur l’accès à une information exacte ».

Un élément décisif manque encore. Du 6 au 31 juillet 2026, le HCR et le ministère tanzanien de l’Intérieur ont mené un exercice de vérification à Nyarugusu. Le HCR en décrit ainsi l’objet : « L’objectif principal était d’évaluer la volonté des réfugiés de rentrer volontairement dans des zones sûres de la République démocratique du Congo. Au total, 19 194 ménages, soit 85 876 personnes, ont été évalués. Les résultats de l’exercice de vérification sont en cours de finalisation. » Ces résultats n’étaient pas publiés à l’ouverture de la tripartite.

Ce qu’engage la formule « volontaire, digne et sécurisé »

Les trois mots employés par le gouverneur recouvrent trois obligations distinctes, inscrites à l’article 5 de la convention de l’Organisation de l’unité africaine du 10 septembre 1969, que la RDC et la Tanzanie ont ratifiée. Son premier alinéa dispose : « Le caractère essentiellement volontaire du rapatriement doit être respecté dans tous les cas et aucun réfugié ne peut être rapatrié contre son gré. »

Le deuxième alinéa met à la charge du pays d’asile « les mesures appropriées pour le retour sain et sauf ». Le troisième met à la charge du pays d’origine, donc de la RDC, l’obligation de « faciliter leur réinstallation » et de leur accorder les mêmes droits qu’à ses autres ressortissants. La partie la plus lourde du contrat pèse sur Kinshasa.

Les obstacles que la feuille de route devra franchir

Le premier est financier, des deux côtés. Le HCR demande 81,1 millions de dollars pour son opération en Tanzanie en 2026, contre 113,98 millions en 2025, année où il n’avait obtenu que 28,1 % de son budget. En juillet 2026, les réfugiés de Nyarugusu ont reçu 51 % de leurs rations alimentaires sèches. Côté congolais, le plan de réponse humanitaire était financé à 47 % au 19 août 2026, selon Radio Okapi.

Le second est sécuritaire. Le représentant adjoint du HCR en RDC, Kirya Mark Patrick, a cité à Lubumbashi le programme de restauration de l’autorité de l’État au Sud-Kivu et les processus de Washington et de Doha, en pesant ses mots : « Ces efforts, ainsi que les processus de paix de Washington et de Doha, peuvent contribuer à créer des conditions favorables à des solutions durables pour les réfugiés. » Le Sud-Kivu, zone d’origine de nombreux réfugiés, et le Tanganyika, zone de transit, figurent l’un et l’autre parmi les foyers de violence recensés par les Nations unies en janvier 2026.

Le pays qui accueille plus qu’il n’exile

Le dernier chiffre remet la réunion à l’échelle. La RDC comptait fin 2025 sur son sol 603 844 réfugiés et demandeurs d’asile, dont 266 404 Centrafricains et 198 265 Rwandais, et le HCR y recensait 6 102 288 déplacés internes au 30 juin 2026. Ses propres ressortissants réfugiés dans la région sont 1 238 409, dont 657 223 en Ouganda. La Tanzanie en accueille 6,2 %.

Il reste une coïncidence de lieu. L’accord tripartite qui organise ce rapatriement a été signé à Lubumbashi le 10 août 2005, selon la Commission nationale pour les réfugiés. Vingt et un ans plus tard, presque jour pour jour, c’est dans la même ville que les trois parties se réunissent pour tenter de le faire produire ses effets.

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