Ebola en RDC : ce que le bateau immobilisé à 65 kilomètres de Kinshasa dit du contrôle sur le fleuve
Ebola en RDC : ce que le bateau immobilisé à 65 kilomètres de Kinshasa dit du contrôle sur le fleuve
AFP
Le bateau vient de la Tshopo et il n’ira pas plus loin. Il est retenu à environ 65 kilomètres en amont de Kinshasa depuis que le système de surveillance épidémiologique de la capitale a lancé son alerte, le 5 août. Un laboratoire mobile a été acheminé jusqu’à lui pour tester ceux qui sont à bord. Les équipes de l’Institut national de recherche biomédicale ont été mobilisées pour le dépistage et la recherche des contacts. Tout ce dispositif a été déclenché pour un seul décès, survenu à plus de 1 200 kilomètres de là, et sur lequel les autorités refusent pour l’instant de mettre un nom.
« Nous n’avons pas dit que c’était Ebola. Nous avons dit qu’il y a eu un cas suspect pour lequel nous sommes prudents », a déclaré le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Roger Kamba, lors de la conférence de presse du 5 août. Le ministre a situé les faits : « Pimu est dans la province de la Mongala, et c’est là que l’incident s’est produit. » La Mongala ne figure pas parmi les cinq provinces où l’épidémie est déclarée, et ni elle ni Pimu n’apparaissent dans les rapports quotidiens du COUSP. Le ministre a ajouté qu’« il n’y a pas eu d’autres morts sur ce bateau ». Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, a rappelé de son côté qu’« il ne faut pas oublier qu’il existe d’autres maladies pouvant présenter des symptômes similaires ». Aucun résultat de laboratoire n’a été rendu public à ce jour.
Le nombre de personnes à bord n’a pas été communiqué par les autorités.
La prudence des autorités porte sur la nature du décès. Elle ne porte pas sur la route empruntée, et c’est cette route qui explique l’ampleur de la riposte déployée en aval.
Le Centre d’opérations d’urgence de santé publique, qui publie chaque jour le rapport de situation de l’épidémie, range parmi les trois recommandations « à exécution immédiate » adressées à la Tshopo dans son rapport arrêté au 3 août « la traçabilité d’un décès MVE survenu sur un bateau parti de Kisangani entre le 19 et le 21 juillet ». Le rapport du lendemain indique que « la liste des contacts du décès survenu sur un bateau parti de Kisangani entre le 19 et le 21 juillet a été partagée ». Les deux rapports qualifient ce décès de « décès MVE », là où le ministre de la Santé s’en tient, pour le passager de Pimu, à un cas suspect. Les documents publiés ne permettent pas d’établir qu’il s’agit de la même embarcation que celle immobilisée en aval, ni de dire s’il s’agit de deux séquences distinctes. Ils établissent en revanche que la voie d’eau est entrée dans les préoccupations du COUSP avant le 5 août.
Une ligne fluviale où les points de contrôle manquent
La 17e épidémie de maladie à virus Ebola, déclarée le 15 mai et due au Bundibugyo ebolavirus, touche 51 zones de santé sur 140, réparties dans cinq provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Haut-Uélé, la Tshopo et le Sud-Kivu. Au 4 août, elle totalise 3 973 cas confirmés, 1 801 décès et 776 guéris, pour une létalité de 45,3 %. L’Ituri en concentre 87,1 % des cas. La Tshopo en compte 7, dont 5 décès, avec cinq zones de santé atteintes : Kabondo, Lubunga, Makiso-Kisangani, Mangobo et Wanie-Rukula. Peu de cas, donc. Mais Kisangani commande le trafic fluvial vers l’aval, et c’est sur ce segment que la couverture est la plus mince.
Le tableau de suivi des points d’entrée et des points de contrôle du rapport arrêté au 4 août donne, pour la Tshopo, une proportion de points activés et renforcés de 21,1 %, soit 4 sur 19. C’est le taux le plus bas des cinq provinces touchées, devant le Haut-Uélé et ses 30,3 % (10 sur 33). L’Ituri affiche 100 % (60 sur 60), le Nord-Kivu 100 % (18 sur 18), le Sud-Kivu 100 % (9 sur 9). La moyenne nationale s’établit à 72,7 %.
Le même jour, 108 150 voyageurs sont passés par ces points à l’échelle du pays, dont 97 733 pour la seule Ituri et 10 417 pour le Haut-Uélé, où 100 % des voyageurs ont été screenés, sur la foi de huit des dix points activés, les deux autres n’ayant pas transmis leurs données de la matinée. Pour la Tshopo, la case est vide. Le pilier n’a pas présenté de données datées du 4 août et les indicateurs de la province sont portés en « ND ». Le rapport signale la même absence sur les alertes épidémiologiques, sur le suivi des contacts et sur les résultats de laboratoire de la journée. Dix alertes ont été notifiées aux points de passage du pays ce jour-là, neuf en Ituri et une au Nord-Kivu.
Cette mince couverture n’est pas ignorée du dispositif. Les rapports arrêtés au 2, au 3 et au 4 août reprennent à l’identique, dans leur tableau de risques, la mention d’un risque de diffusion urbaine, fluviale et transfrontalière, assortie d’une recommandation d’activation des points prioritaires du Haut-Uélé, que le rapport chiffre à 23 dans son tableau de risques et à 33 dans son tableau de suivi. Trois éditions successives, la même ligne, sans variation.
Ce qui se construit à Kisangani
La riposte s’installe sur le fleuve par le seul canal dont elle dispose, celui des professionnels du transport. Le rapport arrêté au 3 août fait état d’une « formation intégrée de 85 armateurs fluviaux » à Kisangani, conduite dans le cadre d’un projet baptisé « Fleuve sans Ebola » (OMS), portée par son pilier prévention et contrôle des infections. Le même rapport mentionne, au pilier communication, une formation des « acteurs du commissariat fluvial et des armateurs » pour ce même effectif de 85 participants. Le rapport du 4 août reprend la mention du pilier communication à l’identique, en y ajoutant le nom du projet. Reconduction d’une édition à l’autre, non élargissement.
Le reste de l’appareil provincial se met en ordre au même rythme. Les rapports arrêtés au 3 et au 4 août portent tous deux la réception et le déballage de 12 échantillons de suspects venus du Bas-Uélé ; celui du 4 août y ajoute le briefing des biologistes sur le diagnostic de la maladie et la formation de membres de la Croix-Rouge à la biosécurité, au prélèvement par écouvillon et au transport des échantillons. Sur les 81 établissements de soins de la province, 32 ont été évalués pour la prévention et le contrôle des infections, un seul obtient un score supérieur à 80 %, 19 ont reçu des kits et 5 disposent d’un circuit de triage. Les états de besoins en équipements de protection et en intrants de laboratoire, signés, n’avaient pas encore été transmis aux partenaires au 4 août.
Le rapport arrêté au 3 août verse une autre donnée au dossier de la province. L’évaluation du site de déplacés de Kongakonga, qui abrite 5 853 personnes réparties en 1 342 ménages, y relève 16 latrines, 11 douches, aucun dispositif de lavage des mains dans les 46 tentes et 39 tentes déchirées. L’incinérateur de l’hôpital général de référence de Makiso-Kisangani est en panne.
À l’échelle nationale, le suivi des contacts est retombé à 75,3 % le 4 août, soit 13 393 personnes vues sur 17 781, contre 78,4 % la veille et pour un seuil opérationnel fixé à 95 %. Dans ces cinq provinces, 37 des 52 décès confirmés du 4 août étaient des décès communautaires, établis par prélèvement post-mortem. Le rapport ne relève aucune nouvelle zone de santé atteinte en 24 heures.
En aval, les passagers attendent leurs résultats. En amont, sur les 19 points d’entrée et de contrôle recensés en Tshopo, quinze restent à ouvrir.