Sécurité & Défense Dans l’Est, la guerre se joue désormais entre coalitions
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Dans l’Est, la guerre se joue désormais entre coalitions

Hauts-Plateaux de Fizi et Mwenga depuis le 1er juillet, Masisi et Kalehe, bataille pour Rubaya le 24 : ce que la séquence de juillet révèle de la cohésion des deux coalitions qui s'affrontent dans l'Est, données ACLED et déclarations de l'état-major à l'appui.

Dans l’Est, la guerre se joue désormais entre coalitions
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 27 JUILLET 2026 - 15:04 WAT · 7 min de lecture

Juillet aura été un mois de fronts simultanés. Depuis le 1er juillet, les Hauts-Plateaux de Fizi, Mwenga et Uvira sont le théâtre d’affrontements entre l’AFC/M23 et les forces armées congolaises appuyées par les wazalendo. Au Nord-Kivu, les combats se sont enchaînés à Masisi, à Kalehe puis aux confins de Walikale, avec une accalmie le 13 juillet avant une reprise le 24 autour du site minier de Rubaya et du centre commercial de Ngungu. Derrière ces mouvements de lignes, une donnée moins visible commande la suite : ce ne sont plus deux armées qui s’affrontent, mais deux coalitions, dont la cohésion interne pèse autant que les effectifs.

La séquence de juillet

  • 1er juillet : début des affrontements dans les Hauts-Plateaux de Fizi, Mwenga et Uvira.
  • 6 juillet : Point Zéro, dans le massif d’Itombwe, revendiqué par la coalition AFC/M23-Twirwaneho.
  • 7 juillet : l’armée annonce avoir repris Kimete, Wihene et Kashamata.
  • 13 juillet : accalmie à Masisi et Kalehe après trois jours de combats.
  • 24 juillet : reprise des affrontements dans le sud de Masisi, autour de Rubaya et Ngungu.

Point Zéro, ou pourquoi une colline vaut une province

Le premier acte s’est joué dans le massif d’Itombwe. Le 6 juillet, la coalition formée par l’AFC/M23 et le groupe armé Twirwaneho a revendiqué la chute de Point Zéro, position située sur la route RP527, ainsi que de Rugezi, près de Minembwe. La base est décrite comme l’un des points militaires les plus sensibles des Hauts-Plateaux du Sud-Kivu, parce qu’elle commande les axes reliant Minembwe, Mikenge, Mwenga et Fizi. Ces revendications émanent des groupes armés et n’ont pas été confirmées par l’état-major congolais.

La réponse est venue le lendemain. Le lieutenant Reagan Mbuyi Kalonji, porte-parole de l’opération Sukola 2 Sud-Kivu, a indiqué que « les positions stratégiques de Kimete, Wihene et Kashamata ont été reprises par l’armée loyaliste », les assaillants ayant été contraints de se replier vers Rugezi et Bigaragara, au sud de Minembwe. Dans la même déclaration, l’état-major identifie la composition de la coalition adverse : AFC/M23, Twirwaneho, forces rwandaises et Red Tabara.

Cette énumération n’est pas anodine. Elle décrit une architecture, pas un groupe. C’est précisément ce que documente le rapport publié le 27 mars 2026 par ACLED sur les alliances armées au Sud-Kivu, qui prolonge les constats des experts des Nations unies.

Deux coalitions, deux modes d’assemblage

L’Alliance Fleuve Congo a été formée le 15 décembre 2023. Le M23 y fournit le plus gros contingent de combattants et en occupe les postes de direction, mais la structure a été conçue pour agréger d’autres acteurs : plusieurs groupes banyamulenge, dont le Twirwaneho, ainsi que des mouvements rebelles burundais comme le Red Tabara et les FNL. Cet élargissement a une fonction militaire directe, relève ACLED : il permet de porter une présence armée dans des zones géographiquement éloignées, parfois derrière les lignes congolaises, là où les forces principales ne pourraient se déployer sans moyens aériens.

L’organisation impose aussi une discipline. Le mouvement a suspendu le 20 mars 2026 son directeur de cabinet chargé de la coordination politique, ce qu’ACLED lit comme une capacité à écarter ceux qu’il juge déloyaux ou inefficaces. Le constat de l’organisation est net : « Unlike the Wazalendo, infighting among AFC allies has been limited since the coalition was formalized ». Ces équilibres internes recoupent les trois fractures déjà documentées entre Nangaa, Makenga et Kigali.

Face à cet ensemble, Kinshasa s’appuie sur une constellation de groupes réunis sous la bannière wazalendo. Leur composition est plurielle, ancrée dans des territoires et des communautés précises, et leur mobilisation a permis de tenir des lignes que l’armée seule n’aurait pas tenues. ACLED rappelle que cette architecture décentralisée procède aussi d’un choix ancien de l’État congolais : s’allier à des groupes multiples plutôt qu’à une force unifiée, dans un pays où l’histoire des coups d’État a laissé des traces.

Le revers est opérationnel. Chaque groupe répond à son propre chef, sans chaîne de commandement commune. ACLED a recensé plus d’une dizaine d’épisodes d’affrontements entre alliés wazalendo au Sud-Kivu durant les deux mois qui ont précédé l’offensive de novembre 2025 : à Fizi, deux factions du Mayi Mayi Biloze Bishambuke se sont combattues le 17 octobre, un commandant y a été tué ; à Kavimvira, près d’Uvira, des groupes s’étaient déjà affrontés le 12 octobre autour de l’érection d’un camp. En janvier 2026, de nouveaux combats internes ont opposé le Biloze Bishambuke à la Coalition nationale du peuple pour la souveraineté du Congo, près de Fizi.

La difficulté d’identification aggrave le problème, comme le résume un combattant interrogé en 2024 et cité par ACLED : « Anyone who takes up arms to fight the enemy is a Muzalendo. That’s where the problem lies now. The enemy is creating its own Wazalendo, and confusion is spreading on the ground ». Autrement dit, le camp adverse peut fabriquer ses propres wazalendo.

Ce que l’État a changé de son côté

La séquence de juillet ne se lit pas seulement en pertes de terrain. Sur la même période, l’armée congolaise a fait évoluer ses moyens. ACLED relève qu’au Sud-Kivu, elle a mené davantage de frappes aériennes et de drones au cours du premier trimestre 2026 que sur l’ensemble de l’année précédente, et que les groupes alliés bénéficient désormais d’un appui aérien lors des opérations conjointes. Le mouvement adverse en a mesuré l’effet : son porte-parole Willy Ngoma a été tué le 24 février 2026 dans une frappe de drone près de Rubaya.

Le levier diplomatique a également produit des résultats vérifiables. Après le retrait de l’AFC sous pression américaine, les forces congolaises et les wazalendo ont repris Uvira le 18 janvier 2026. Le 2 mars, Washington a sanctionné des dirigeants rwandais après la poursuite des avancées dans le Sud-Kivu. Ces deux faits établissent que la pression extérieure fonctionne quand elle vise la source du soutien militaire, ce que les médiations réunies à Gaborone cherchent à consolider.

Reste une inconnue de taille dans l’équation régionale : le contingent burundais, environ dix mille hommes déployés dans l’est du pays en appui aux forces congolaises, dont les lignes de ravitaillement ont été perturbées par la coupure du corridor Bujumbura-Uvira.

Ce que la séquence ne dit pas

Trois précisions s’imposent, parce qu’elles séparent ce qui est établi de ce qui circule.

Les affrontements entre factions rivales existent bien, et ils sont documentés. Mais ils concernent la coalition wazalendo, pas l’AFC/M23. Aucune source consultée n’établit de combat armé entre unités du mouvement adverse. Ses fractures, réelles, sont politiques : rivalité entre la branche militaire et la direction politique, tensions avec Kigali, épisodes symboliques comme le désarmement d’un chef militaire lors d’une visite officielle à Goma. Elles n’ont pas, à ce stade, dégénéré en confrontation armée interne.

Aucun bilan humain consolidé n’a été publié pour la séquence de juillet, ni du côté des forces engagées, ni du côté des civils, alors que les déplacements de population accompagnent chaque déplacement de ligne.

Enfin, la question que pose ce mois de combats n’est pas celle du courage des combattants, elle est celle de l’organisation. Une coalition qui dispose d’une chaîne de commandement unique déplace ses forces plus vite qu’un assemblage de groupes autonomes, même nombreux, même déterminés. C’est ce constat, et non un jugement sur les hommes, que les données d’ACLED mettent en évidence. Il désigne un chantier précis pour Kinshasa : la structuration du commandement des forces auxiliaires, dossier ouvert depuis les réunions de Pinga en mai 2022 et jamais refermé.

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B
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