Choléra : six morts en un jour à Kasongo, dans une province classée hors foyers
La létalité d’une journée à Kasongo approche 17 %, contre 2,94 % au niveau national. Le Maniema ne figure pas parmi les cinq foyers 2026 nommés par le dernier bulletin de l’OMS.
Photo d'illustration. Tente de traitement du choléra en RDC. © BETO
AFP
Six personnes sont mortes du choléra en vingt-quatre heures dans la zone de santé de Kasongo, au Maniema, pour trente-cinq à trente-six cas notifiés. Le médecin chef de zone, le docteur Mubwana Zamuda Byza, a rendu ces chiffres publics le samedi 5 septembre 2026.
Rapportée à la notification, cette journée donne une létalité de l’ordre de 17 %. La létalité nationale du choléra en République démocratique du Congo, sur l’ensemble de l’année 2026, est de 2,94 %.
Une province absente de la carte des foyers 2026
Le dernier bulletin national disponible est le rapport de situation épidémiologique de l’Organisation mondiale de la santé pour la semaine 33, arrêté au 17 août 2026. Il nomme cinq foyers persistants pour 2026 : le Sud-Ubangi, le Maï-Ndombe, le Kongo Central, le Sud-Kivu et le Tanganyika.
Le Maniema n’y figure pas. Il figure en revanche dans la liste des foyers de 2025, dressée par le même document. La flambée de Kasongo intervient donc dans une province que le dernier tableau national avait classée hors des zones actives de l’année.
Six aires de santé riveraines sont touchées, selon le médecin chef de zone : Kachura, Kauta Demufala, Kabeya, Kiyogo, Kankumba et Lubaya.
Les malades soignés hors des structures
Le médecin chef de zone désigne un mécanisme précis derrière le chiffre des décès. « Beaucoup de cas sont gérés dans la communauté, et c’est ce qui est grave encore », déclare le docteur Mubwana Zamuda Byza. Elle rapporte l’absence de kits de protection et de kits de prise en charge dans les structures locales, et appelle le Gouvernement et les partenaires sanitaires à intervenir.
Le choléra est une maladie dont la mortalité dépend presque entièrement de la vitesse de réhydratation. Traité à temps, il tue rarement. Géré à domicile, sans solution de réhydratation orale ni perfusion, il tue en quelques heures. La létalité d’une flambée mesure donc moins la virulence du germe que la distance entre le malade et un point de traitement.
Où l’on meurt quatre fois plus
Le rapport de l’Organisation mondiale de la santé documente cette distance à l’échelle du pays, en distinguant les provinces endémiques, où le choléra circule depuis des décennies et où les équipes savent le traiter, et les provinces non endémiques, où il arrive.
Sur les quatre semaines allant du 20 juillet au 16 août 2026, les provinces endémiques ont notifié 3 702 cas et 52 décès, soit une létalité de 1,40 %. Les provinces non endémiques ont notifié 2 157 cas et 114 décès, soit 5,29 %. Le document qualifie cet écart de létalité « près de 4 fois plus élevée ».
Les létalités les plus fortes de la période se trouvent toutes dans des provinces non endémiques : Kinshasa 23,1 %, Mongala 4,5 %, Équateur 4,0 %, Sud-Ubangi 3,7 %. Le Maniema appartient à ce second groupe.
Quarante et un mille cas depuis janvier
Le tableau national de l’année, arrêté au 17 août, donne 41 279 cas suspects et 1 214 décès pour 2026, soit une létalité cumulée de 2,94 %. Sur la même période de 2025, le pays comptait 48 383 cas et 1 479 décès, pour une létalité de 3,06 %. La notification recule donc de 14,68 % sur un an.
Ce recul ne fait pas une accalmie. À la semaine 33, le pays a notifié 1 669 cas suspects et 36 décès, dans 64 zones de santé sur 519 et dans 14 provinces sur 26. Le seuil d’alerte retenu est de 500 cas par semaine. Le rapport écrit : « À la 33ème semaine épidémiologique, le nombre de cas suspects notifiés reste largement supérieur au seuil de 1000 cas suspects de choléra, comme depuis plusieurs semaines. Ce niveau d’incidence élevé est alarmant à l’approche de la saison des pluies. »
Depuis le 1er janvier 2025, le cumul atteint 112 216 cas suspects et 3 287 décès dans 21 provinces. Nous avions décrit en août une flambée de 756 cas et 27 décès à Popokabaka, dans le Kwango, autre province non endémique. Le Nord-Kivu et le Sud-Kivu concentrent à eux seuls 52 % des notifications de la semaine 33.
Ruptures de tests et objectif zéro
Le document de l’Organisation mondiale de la santé liste les contraintes de la riposte. Il cite l’« insuffisance des ressources financières pour la riposte juste aux flambées de cholera dans les DPS endémiques et non-endémiques », des « ruptures de stock en TDR dans plusieurs provinces endémiques et non endémiques », une faible couverture du réseau téléphonique qui limite la remontée des données, et les difficultés d’acheminement des intrants vers les zones enclavées.
L’objectif opérationnel affiché reste « atteindre zéro cas confirmé d’ici le 31 décembre 2026 ». Des campagnes de vaccination anticholérique orale sont annoncées à la mi-septembre dans les zones de santé de Mulungu et de Shabunda, au Sud-Kivu, et un plan conjoint de vaccination transfrontalière est prévu avec la République du Congo sur les îlots du corridor du fleuve.
Kasongo n’est dans aucun de ces deux périmètres.