Riposte Ebola : Africa CDC dit rechercher 700 millions de dollars, pas 200
Le directeur général d’Africa CDC, Jean Kaseya, affirme disposer d’un tableau établissant 962 millions de dollars déboursés par les donateurs vers les partenaires de mise en œuvre de la riposte Ebola. Une réunion n’a permis d’en retracer que 200 millions, faute de participation.
Le ministre de la Santé Publique, Hygiène et Prévoyance Sociale, le Dr. Samuel Roger Kamba devant la donation d’Africa CDC. Crédit photo ministère de la santé.
AFP
Le directeur général d’Africa CDC, Jean Kaseya, a corrigé un chiffre qui circule depuis plusieurs jours sur le financement de la riposte contre Ebola en République démocratique du Congo. « On ne retrace pas 200 millions, on est en train de rechercher plus de 700 millions, pas 200 millions », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, le jeudi 15 octobre 2026.
Trois niveaux à ne pas confondre
Le responsable a commencé par poser un vocabulaire. « Il y a 3 concepts : donateur, montant dit par le donateur qui a été déboursé ; partenaires de mise en œuvre, ça signifie ceux qui reçoivent l’argent des donateurs, les ONG et autres ; et après, bien sûr, le gouvernement qui est responsable de la réponse », a-t-il expliqué.
La distinction commande la lecture du dossier. L’argent dont il parle n’a pas transité par le Trésor congolais : il est allé des bailleurs vers des organisations qui exécutent la riposte sur le terrain.
962 millions de dollars déboursés
Jean Kaseya dit disposer d’un document. « Oui, j’ai un tableau, puisque je parle avec tous les donateurs au monde, je sais même celui qui a donné 200 000 », affirme-t-il. Ce tableau établit, selon lui, « 962 millions de dollars déboursés des donateurs vers les partenaires de mise en œuvre ».
Il en revendique la traçabilité. « Nous avons notre voie de communication avec les donateurs. Il y a des notes verbales, et tout ça. Et nous, tout ce que nous donnons comme chiffres, nous avons des soubassements sur ça », poursuit-il. « Donc ce ne sont pas des chiffres qu’on a pris au hasard. » Il renvoie aussi à une réunion du G20 à laquelle il a participé : « Les recordings de cette réunion existent, où chaque donateur disait : voici ce que je donne. »
Moins de 30 % des partenaires à la réunion
C’est ici que les 200 millions apparaissent, et le directeur général explique d’où ils viennent. Le docteur Kalambayi et les responsables de l’Institut national de santé publique ont convoqué les partenaires de mise en œuvre. « Malheureusement, moins de 30 % de ces partenaires avaient participé à cette réunion », indique-t-il.
« Et sur les moins de 30 % des partenaires qui avaient participé, on a pu retracer 200 millions », ajoute-t-il. Le chiffre ne mesure donc pas ce qui a été dépensé, mais ce qu’une minorité d’organisations a bien voulu déclarer.
Un second élément ressort de cette même réunion. « Sur les 200 millions, il a été dit que à peu près 100 millions existent et n’ont jamais été utilisés », rapporte Jean Kaseya. « Donc ça signifie que cet argent existe aujourd’hui avec ces partenaires. »
La soustraction donne le chiffre qu’il met en avant. « Ça fait 700 millions de dollars à rechercher, et qui existent », dit-il. « Ce n’est pas 200 millions que nous suivons, c’est 700 millions, par rapport à ce qui est déjà déboursé. »
Ce que le chiffre dit, et ce qu’il ne dit pas
Les 700 millions ne sont pas, en l’état, un montant manquant. Ils sont la part des déboursements annoncés par les bailleurs dont les partenaires n’ont pas rendu compte lors de cette réunion. La différence entre les deux formulations est tout l’enjeu des semaines qui viennent.
Quatre éléments restent à établir pour que le lecteur puisse juger. La liste des partenaires de mise en œuvre et de ceux qui ne se sont pas présentés. La publication du tableau des déboursements qu’Africa CDC dit détenir. Le calendrier et le cadre juridique de la reddition de comptes exigée. Et la position du gouvernement congolais, « responsable de la réponse » selon la définition donnée par Jean Kaseya lui-même.
La question de la redevabilité sur ces fonds n’est pas nouvelle. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, l’avait déjà soulevée. Elle se pose au moment où 43 zones de santé déclarent encore des cas et où l’épidémie reste la plus importante jamais enregistrée dans le pays.
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