Muyaya réclame des sanctions « plus robustes » contre Kagame et de la redevabilité sur les fonds Ebola
Sur TV5 Monde, le porte-parole du gouvernement demande des sanctions internationales plus fermes pour obtenir le retrait rwandais, écarte l’idée d’un boycott du dialogue national, et réclame aux partenaires de la riposte Ebola la redevabilité sur 2,9 milliards de dollars qui ne passent pas par le Trésor public.
Muyaya réclame des sanctions « plus robustes » contre Kagame et de la redevabilité sur les fonds Ebola
AFP
Le ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a réclamé des sanctions internationales « plus robustes » contre le président rwandais Paul Kagame et demandé aux partenaires de la riposte contre Ebola de rendre compte de 2,9 milliards de dollars qui ne transitent pas par le Trésor public congolais. Il s’exprimait sur le Journal télévisé Afrique de TV5 Monde, et a résumé ses positions sur son compte X.
« Libérer nos populations de la gouvernance par crimes »
Le porte-parole a d’abord fixé ce que Kinshasa attend des deux cadres de négociation. « Notre objectif principal dans les processus de Washington et de Doha est de libérer nos populations de la gouvernance par crimes et répondre aux urgences humanitaires qu’elles connaissent », déclare-t-il.
La formule désigne l’administration que l’AFC/M23 a installée sur les territoires qu’elle occupe. Cette structure nomme des responsables et perçoit des taxes, et sa fiscalité pèse jusque sur les creuseurs et les cultivateurs.
Le ministre place ensuite la responsabilité du côté des institutions multilatérales. « Pour la crédibilité et le prestige des institutions internationales notamment l’ONU, il faut prendre des sanctions plus robustes qui contraignent le président Kagame, ses troupes et ses fils de quitter la RDC. »
La demande suppose que les mesures existantes ne suffisent pas. Des sanctions ont pourtant été prises : le conseiller du président américain pour l’Afrique a attribué celles qui visent les Forces de défense rwandaises à la prise d’Uvira, en décembre 2025.
Du côté onusien, la résolution 2773 exige depuis dix-neuf mois le retrait rwandais, et le Conseil de sécurité a réitéré cette exigence le 2 octobre. L’écart entre la demande répétée et le résultat sur le terrain est précisément ce que le porte-parole pointe.
Le ministre ne détaille pas le contenu des sanctions réclamées. La gamme possible va de l’extension des listes individuelles à un embargo sectoriel sur les minerais, en passant par des restrictions financières visant les institutions rwandaises.
Dialogue : « il n’existe pas de boycott »
Sur le dialogue national, le porte-parole gouvernement écarte l’idée d’un blocage. « Il n’existe pas de boycott du dialogue national. L’opposition n’a pas de raison d’aller dans la rue », affirme-t-il.
Il cite comme preuve les démarches engagées en amont. « Des contacts préalables notamment la visite d’Anthony Nkinzo, directeur de cabinet du président de la République, auprès de Mgr Muteba, président de la CENCO, ont commencé pour baliser la voie à tenue de ce grand rendez-vous national qui partira de la base au sommet. »
Cette visite a eu lieu le samedi 3 octobre à Lubumbashi, le directeur de cabinet étant accompagné du conseiller Fortunat Biselele.
Des contestations ont toutefois été formulées, et elles ne portent pas toutes sur le même objet. La Coalition Article 64 et l’ASADHO ont mis en cause la procédure suivie par l’ordonnance du 13 septembre. L’UDPS a manifesté le 22 septembre. La note stratégique de Denis Mukwege conteste non le principe du dialogue mais l’ordre dans lequel les questions seraient abordées.
Ebola : deux principes revendiqués
Sur l’épidémie, le ministre énonce une doctrine en deux points. « Il y a deux principes qui nous guident dans la riposte contre Ebola : la transparence et le lead de la riposte par le gouvernement. »
Il se dit optimiste. « Notre optimisme se fonde sur les progrès que nous réalisons sur le terrain notamment en Ituri. Nous restons vigilants et en alerte pour ce qui concerne le Nord-Kivu et quelques poches de contamination. »
L’Ituri a pourtant perdu un maillon de sa riposte au début du mois. Un centre de transit pour patients, installé sur le site de déplacés de Kigonze à la périphérie de Bunia, a été détruit par un incendie survenu au cours d’une opération de militaires qui recherchaient des armes, selon l’Associated Press. Dix-neuf mille personnes ont été évacuées du site. Au 2 octobre, les données gouvernementales portaient le bilan national à 4 018 décès.
Les 2,9 milliards qui ne passent pas par le Trésor
C’est sur l’argent que le porte-parole est le plus précis. « Nous saluons la solidarité internationale pour les 2,9 milliards de dollars mobilisés à New York. Nous attendons de nos partenaires, la transparence et la redevabilité sur la gestion de ces fonds qui ne sont pas versés au trésor public. »
La précision est importante, car elle décrit le mécanisme réel. Ces montants sont engagés par des bailleurs et exécutés par des agences des Nations unies et des organisations non gouvernementales. L’État congolais ne les décaisse pas, ne les inscrit pas à son budget et n’en répond pas devant sa Cour des comptes.
Ce point met en tension les deux principes énoncés juste avant. Diriger une riposte dont on ne tient pas les cordons suppose un dispositif de coordination et de reddition de comptes qui ne découle pas automatiquement du statut d’État hôte.
Le chiffre lui-même mérite d’être situé. La Première ministre avait annoncé à New York 2,9 milliards mobilisés pour 1,4 milliard demandé, et trois montants différents circulent selon que l’on interroge les Nations unies ou le gouvernement.
Sur le terrain, le financement n’a pas supprimé les ruptures. Une grève a interrompu des activités de riposte, dans un contexte de rupture de vaccin et de centres de traitement saturés, et les agents de surveillance n’avaient pas été payés pour août et septembre, selon l’Associated Press.
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